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  • 5.3 Achille Emperaire : l'homme et son oeuvre

    Emperaire11.jpgCertainement aigri par les déceptions de la vie, Achille Emperaire est qualifié d'original par ses proches. Son caractère révolté et son tempérament bouillant font penser à Cézanne. Les deux hommes poursuivront d'ailleurs une même quête artistique sans en partager toutefois les mêmes théories. Cette similitude de caractères conduira à une amitié très suivie, secouée par de chaudes incartades. Dans une lettre du 27 mars 1872, Achille est le premier à révèler la mésentente mais aussi les premiers symptomes des premières brouilles entre Cézanne et Zola :

    "Je sors de chez Cézanne. Il le faut. En celà, je ne pouvais échapper au sort d'autrui. Je l'ai trouvé délaissé de tous. Il n'a plus un seul ami intelligent ou affectueux. Les Zola, les Solari et autres, et autres il n'en est plus question. C'est le plus étonnant produit qu'on puisse rêver..."

    C'est par ce texte que l'on doit à Achille Emperaire de révèler le malaise de Paul Cézanne qui, après la naissance de son fils en janvier 1872, va progressivement s'enfermer dans la bulle qui va peu à peu l'isoler de Zola. Emperaire, lui, à l'âme ardente, au corps difforme, va se replier sur sa Provence natale. Il avait, rapporte Nicollas, "traçé à la craie sur le plancher du grenier qui lui servait en ville d'atelier, des lignes blanches qui le divisaient en pièces imaginaires. ... Et ses voisins ont affirmé que, hanté par l'obsession de sa petite taille, il ne cessa jusqu'à sa mort de s'étirer en se suspendant à un trapèze".

    Cézanne1.jpgUne grand partie de ses oeuvres à disparu. Il reste cependant un grand nombre de dessins au crayon, au fusain et à la sanguine. Quelques uns de ceux-ci sont rassemblés dans l'album ci-contre. On les doit à Victor Nicollas qui les a réunis dans sa plaquette. Son domaine d'inspiration sera surtout le nu féminin. Peut-être une obsession sexuelle trouvant sa source dans sa disgrace physique ? Il représentera la femme au plus fort de son opulence plantureuse. Victor Nicollas ajoute :

     "Les psychologues se demanderont sans doute par quel étrange paradoxe un petit être disgracieux, sans prestance, célibataire, un tantinet ridicule, et bossu par surcroît, a pu créer tant de formes délectables".

    Pour le reste ont trouvera dans ses baigneuses des rapports avec Cézanne. La proximité entre les deux hommes explique celà, sans pouvoir dire qui a inspiré qui. On retrouvera aussi chez Emperaire une version de l'Enlèvement dont on notera l'inspiration chez Cézanne qui peindra son célèbre tableau en 1867 (Détails ci contre en haut : Emperaire. En bas : Cézanne).

  • 5.2 Emperaire : un peintre inconnu

    Emperaire2.jpgDix ans de plus que Paul Cézanne, Achille Emperaire quitta l'école des beaux-arts d'Aix, chez M. Gibert, en 1858 au moment où Cézanne y faisait son entrée. Il est peu probable qu'il s'y soient connus. Monté à Paris, tout imprégné de l'enthousiasme por la recherche d'une reconnaissance que lui faisait espèrer la capitale, il va, sans le savoir, parcourir les mêmes chemins que Paul Cézanne empruntera. Leurs chemins se rejoindrons en 1872 quand Cézanne l'acceuillera le 18 janvier dans son "réduit" de la rue de Jussieu où il était descendu "pour se réconforter". Mais Achille n'y est pas bien ; il estime que "Paul est assez mal établi. En outre, un vacarme à réveiller les morts", et il cherche un autre logement...  Achille connaissait l'Académie "Suisse" depuis un précédent séjour en 1861. C'est là que les deux amis vont apprendre à se découvrir et partager leur galère. Leur conquête de Paris sera difficile car ils partageront les mêmes visions et conceptions de la peinture. Mais ces conceptions ne sont pas celles du jury du "Salon". Achille sait que sa peinture parait révolutionnaire aux yeux de ceux qu'il appelle "Les Grands de la Terre" et il traite de "farouches" les membres du jury. Ces propos, rapportés par Victor Nicollas, vont plus loin le voir se plaindre "d'avoir à compter avec ce monstre qu'est l'art bourgeois". On croirait s'exprimer Cézanne. Le jour de la présentation de sa toile au jury du salon, il s'aperçoit de la destruction de celle-ci par un verni qu'il n'avait pas eu le temps de tester. Cet accident devait écarter Emperaire de toute participation au salon.

    Mais son avis sur Paris est fondé : "Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage pour la généralité. Pour quelques uns qui s'en tirent, mais, croyez-le, il ne sont pas de notre bord, tout le monde succombe". Sa vie fût un calvaire. Misère, épuisement, vache enragée : le Père Tanguy, marchand de couleur qui soutenait aussi Cézanne déclarait qu' "Emperaire avait résolu le difficile problème de vivre à Paris à raison de cinquante centimes par jour ?" Emile Zola serait intervenu en lui faisant proposer une place d'inspecteur des égouts de ParisNicollas raconte qu'Emperaire épouvanté se serait enfui, jugeant, en son âme d'artiste, cette fonction deshonorante. Dégoutté, Achille Emperaire retourna à Aix finir sa vie où le silence et le lumineux recueillement d'une nature bienveillante vont le consoler des déconvenues de la vie. Après le reste de sa vie, passée aux cotés de son jeune ami , le poète Joacquin Gasquet, il mourut à l'age de 69 ans le 8 janvier 1898.

     

  • 5.1 Achille Emperaire et Paul Cézanne

    Emperaire3.jpgLe tableau ci-contre est l'une des oeuvres les plus réputées de Paul Cézanne. Il s'agit du portrait de Achille Emperaire, un peintre, ami de Paul Cézanne, qui n'a pas connu la notoriété de celui-ci. Il est vrai que la notoriété de Cézanne fût tardive et l'on peut se demander si elle aurait été la même si Cézanne n'avait pas croisé la route d'Ambroise Vollard qui valorisa son oeuvre. Cézanne et Emperaire connurent les mêmes débuts difficiles, les mêmes galères malgré un acharnement inflexible. Si l'avenir ouvrit les portes de la reconnaissance à Cézanne, il n'en fût pas de même pour Achille Emperaire dont la peinture reste méconnue. Achille Emperaire est aussi un Aixois . Il a aujourd'hui sa rue dans cette ville, pas très loin de celle de Marcel Pagnol ...

    Il y a quelque temps de celà, je suis tombé sur un ouvrage édité dans le format d'une plaquette de 27 pages imprimée chez Moullot à Marseille en 1953. L'auteur, Victor Nicollas, par cet ouvrage, a l'extrème mérite d'éclairer l'oeuvre égarée d'Achille Emperaire pour la tirer de l'oubli ainsi que de retracer la vie obscure que cet homme, déjà peu favorisé par la nature, déroula, comme Cézanne, entre Paris et Aix-en-Provence. Je reproduis ici la conclusion émouvante de l'ouvrage qui permet, à Victor Nicollas, d'honorer sa mémoire :

    "S'il n'appartient pas à ces modestes lignes de créer des renommées et de tresser des couronnes, qu'elles rappellent au moins le vieux maître malchanceux. La gloire, a dit Balzac, est le soleil des morts. Il est temps qu'un rayon de soleil vienne caresser le cyprès de cette tombe abandonnée". (Aix, Avril 1953)

    Plus modeste encore, ce blog, par les notes qui suivront, apportera sa contribution pour entretenir le rayon de soleil allumé par Victor Nicollas

     

  • 4.2 Zola et le Vin Mariani

    Numériser0001.jpgEt si je vous demandais de trouver un point commun entre Emile Zola, la Corse et le Coca Cola ? ...Vous seriez probablement dans l'embarras. Et pourtant, il y en a un. Et un gros...

    Le document ci-contre est une publicité. Et oui, Emile Zola a aussi cédé à la tentation de faire de la publicité ; de la promotion - dirait-on aujourd'hui. Nous sommes en 1895. L'inventeur du Vin Mariani, Angelo Mariani, qui avait le sens de la pub, édite un album qui réunit, sur le Vin Mariani, les avis des plus grandes célébrités du moment. Emile Zola, qui vient de publier "Le Docteur Pascal", deux ans plus tôt, semble tout à fait désigné pour apporter son soutien. Il reçoit, rue de Bruxelles, douze bouteilles de cet élixir. C'est un vin tonique, très à la mode qui - le savait-on ? - contenait 6 à 7 mg de cocaîne. Ces boissons, sortes de drogues légales, faisaient fureur à cette époque. Emile, l'hypochondriaque et Alexandrine, la toujours "patraque" sont des cibles parfaites d'autant plus que Mariani y a joint quatre bouteilles de whisky. En contrepartie, Emile Zola doit renvoyer à Mariani une attestation autographe pour insertion dans l'album. Celà tombe bien, un petit coup de pub pour une réédition du "Docteur Pascal" n'est pas malvenue. Mais Zola ne supporte pas trop le breuvage :

    "Décidément toutes ces préparations pharmaceutiques où il entre de l'alcool ne me valent rien."

    C'est Henri Mitterand ("Zola" Tome 3, Fayard, 2002) qui rapporte la scène d'un Zola qui ironise quelque peu en répondant à Mariani :

    "J'ai à vous adresser mille remerciements, cher monsieur Mariani, pour ce vin de jeunesse qui fait de la vie, conserve la force à ceux qui la dépensent et la rend à ceux qui ne l'on plus."

    A réveiller les morts... quoi.

    Mariani2.jpgAngelo Mariani était originaire de Pero-Casevecchie, un petit village de cette région magique qu'est la Castagniccia au sud-ouest de Bastia. Préparateur en pharmacie, c'est en 1863 qu'il eut l'idée d'inventer cette boisson tonique à partir de vin de Bordeaux et d'extraits de feuilles de coca et vendue sous le nom de Vin Mariani. Ce fût un énorme succès commercial soutenu par toutes les célébrités du moment. Même le Pape Léon XIII lui décerna une médaille officielle. Cette vente fut autorisée jusqu'en 1910. Mais cette boisson allait laisser une descendance qui allait envahir le monde ...

     

  • 4.1 Vin Mariani, la Corse et le Coca Cola

    mariani.jpgEffets immédiats contre la grippe, les maux d'estomac, l'anémie, la dépression et les faiblesses sexuelles.

    Avec ces indications, le Vin Mariani ne pouvait que mesurer son succès. Angelo Mariani, le chimiste, fera preuve de fantastiques qualités commerciales. Une sorte de Bill Gates corse. Ce fût un album de 14 volumes comprenant des témoignages des grands du siècle qui, gratuitement d'ailleurs, vantaient les mérites de la boisson. Des produits dérivés - déjà - virent le jour : élixir, infusion, pâte tonique et pectorale.

    Mais rendons à la Corse ce qui revient à la Corse. Ces informations, ces images, je les ai trouvées sur le site : Cliquez ICI

     

    Mariani1.jpgIl vous apprendra que le vin Mariani et ses dérivés furent imités à l'insu de Angelo Mariani, dépassé par son succès qui traversa l'atlantique. C'est John Smith Pemberton , pharmacien à Atlanta , qui le désigna comme le "French wine Coca". La prohibition interdit l'alcool et Pemberton remplaça le vin par un soda composé de jus de citron et de boisson gazeuse. Ce site vous apprendra aussi que c'est le comptable de la pharmacie qui trouva le nom de "Coca-Cola" ...

    L'invention du Coca-Cola , semble-t-il, ne doit donc pas être attribuée au pharmacien d'Atlanta mais plutôt à un génial chimiste corse !

     

  • 3.1 Un menu de Mme Veuve Daudet

    Menu3.jpgPeu de chance que ce document, pour charmant qu'il soit, soit attribué a Madame Daudet, l'épouse d' Alphonse Daudet. En effet, c'est un menu relatif à un repas qui s'est tenu le 30 décembre 1900 dans un village dénommé Quissac à 25 km de Nimes. Ce qui pourrait l'associer à Julia Daudet est que le nom du convive qui est mentionné est celui de Madame Vve Daudet. Malheureusement, le patronyme Daudet est très présent autour de Nimes et il faudrait trouver un document attestant de sa présence à Quissac, ce jour-là, pour croire à cette possibilité. Pourtant, vous allez le découvrir, certains détails interpellent.

    Cette incertitude implique des recherches et ce document a déjà le mérite de nous faire découvrir le personnage qui se révèlera fort intéressant. Avant d'en savoir plus, si vous habitez pas très loin de Quissac, allez fouiller pour moi dans l'état civil de la Mairie pour voir si un évènement a pu justifier un repas le 30 décembre 1900, repas qui concernerait une Mme Veuve Daudet.

    LE MENU

    Menu2.jpgIl s'agit d'un petit carton plié en portefeuille, de 12 cm de haut et 9 cm de large, qui porte sur son verso la mention "Madame Vve Daudet". Il est accompagné d'un petit carton rectangulaire où le nom de Madame Daudet est reproduit dans un décor de fleur destiné probablement à la place du convive dans le plan de table.

    Le menu est simple, toutefois, la présence de Champagne laisse à penser à un repas de fête :

    Hors d'Oeuvre - Bouchées truffées - Civet de Lièvre - Veau aux champignons - Petits pois - Poulets rôtis - Desserts variés - Vins : Bordeaux - Champagne

    Ce menu est quelque peu "rustique" et peu conforme aux menus habituellement dispensés chez les Daudet mais il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas chez elle. toutefois, au delà de ces éléments, c'est la partie recto qui interpelle. Elle figure un charmant dessin comme on savait les représenter en 1900 et que nous examinerons dans une autre note.

    menu5.jpgQuand à la présence de Julia Daudet à Nimes, ville natale de son époux, j'y ai bien repèré sa trace en 1900. Veuve depuis 1897, elle y est venu en avril, accompagnée de ses fils, Léon et Lucien, et de sa fille Edmée. Ensemble, ils assistèrent le 7 avril à l'inauguration du Monument Alphonse Daudet, sculpté par Falguière. Cette venue est consignée dans un procès-verbal du Conseil Municipal que je produis ci-contre. Noter que cette inauguration devait causer localement quelques remous dûs à la présence de Léon Daudet, proche de Drumont et de Charles Maurras, sur un fond d'affaire Dreyfus encore présente. Je n'ai pas trouvé d'autres traces de passage de Julia. M. Georges Mathon (Nemausensis) m'a obligeamment aidé dans mes recherches en me spécifiant qu'il avait peu d'informations sur les séjours de Julia dans Nimes et ses environs. Son fils, Lucien, écrira toutefois un petit chapitre sur sa mère (6 pages) dans un livre "Vie d'Alphonse Daudet" édité chez Gallimard en 1941. Il reste évasif, une seule allusion sur un voyage de Julia après la mort d'Alphons, "dans le Midi de la France".