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  • 8.2 Le dessinateur : Gunter Böhmer

    Gbohmer.jpgLe dessinateur de cette carte de Noël ne fût pas difficile à identifier. Ce n'est pas pour autant que la surprise fût moindre. Il s'agit de Gunter Böhmer. Ce dessinateur allemand , après des études de philosophie en Allemagne, va séjourner auprès de son ami, Hermann Hesse, célèbre poète, peintre et  romancier , à Montagnola (Tessin) où il habite la Villa Camuzzi. Puis, de 1934 à 1937, il vivra en Italie où il fera ses classes dans l'imprimerie d'art Bodoni à Vérone. C'est en 1938 qu'il rejoindra la France à Rouen où il travaillera à l'illustration de "Madame Bovary" de Gustave Flaubert. C'est au cours d'un séjour à Paris, comme artiste indépendant, qu'il collaborera avec les Editions Albatros de John Holroyd-Reece pour qui il réalisera cette carte. Elle constitue l'un des premiers dessins connus de l'artiste qui s'y reprèsente plusieurs fois. Il apparait dans la première illustration, sa pallette sous le bras, accompagné d'un petit âne et un cor de chasse en bandouillère. Ce sera aussi la dernière image au verso de la carte où il se représente, donnant la touche finale à son dessin. L'âne et le cor de chasse y figurent encore. Je ne peux, pour le moment, donner un sens à la présence de ces éléments. Le monogramme G. Bhr. pour "Gunter Böhmer" qui apparait sur la première page prend tous son sens.

    Mes contacts avec la Fondation Ursula et Gunter Böhmer dont vous trouverez l'adresse ci-contre, me permis de confirmer ce travail. Le document y est identifié et la fondation possède deux lettres en français le concernant et dont il m'a été communiqué les copies. La première, signée J. O'Meara - probablement un cadre administratif des Editions Albatros - est adressée à Gunter Böhmer, qui réside alors au 84 de la rue du Cherche-Midi. Elle est datée du 14 décembre 1938 et demande au dessinateur d'aviser une demoiselle Schubert de l'achèvement des deux pierres en vue de leur prochain enlèvement. La carte se révèle donc comme l'histoire de ce peintre qui arrive au 12 rue Chanoinesse, qui saisit au vif des croquis de la vie de l'entreprise et des différents collaborateurs. Il y sont montrés dans des scènes de travail, au cours de réceptions mais aussi dans le cadre de l'intimité des appartements de John Holroyd-Reece et de son épouse Jeanne. Le peintre se représente en train d'y saluer le couple une fois le travail de dessin achevé. L'image de son départ, avec son âne et son cor de chasse, est remplie de grande sensibilité sur fond de cathédrale Notre-Dame et dans la tourmente du crépuscule.

    bohmer016.jpg

    Gunter Böhmer connaitra la célébrité de 1960 à 1976 où il fût professeur d'arts graphiques à l'Académie Nationale des Arts Graphiques de Stuttgart. Il y construisit sa réputation d'illustrateur avec pas moins de 140 livres illustrés avec Hermann Hesse et Hermann Lauscher. Il décédera en 1986 à Lugano (Suisse) où ces cendres reposent au cimetère de San Abbondio à Gentilino (Suisse). 

     

  • 8.1 Une curieuse carte de Noêl

    cartenoel.jpgAh les cartes de voeux d'entreprise adressées au moment des fêtes de fin d'année ! Certains font faire ce travail, souvent considéré comme fastidieux, par leur secrétaire; d'autres le font consciencieusement, soucieux d'adresser des voeux sincères à leurs précieux clients. Je ne sais pas à quand remonte la tradition mais l'histoire qui va suivre est celle d'une curieuse carte de Noël qu'une société d'édition va réaliser en 1938 pour célébrer un "paisible" Noël. A mi-chemin entre l'art et la publicité, cet objet n'a pas fini de nous étonner.

    Encore plus curieuses sont les circonstances de l'acquisition de l'objet. Présenté comme un carnet de dessins, je fus séduit par la qualité du graphisme et la sensibilité du dessinateur. Qu'elle ne fût pas ma surprise, lors de sa découverte, de découvrir qu'il sagissait d'une somptueuse série de dessins lithographiés sur une bande de papier large de 16 mm, pliée en accordéon - on dit leporello - sur près de 4 m de longueur. L'ensemble peut prendre, au premier sens de l'expression, la désignation de bande dessinée. Un peu comme une tapisserie de Bayeux du 20ème siècle. Ma surprise fût totale quand je constatais qu'il s'agissait d'une carte de voeux de Noël :

    "The office & our home at 12, rue Chanoinesse, Paris from which Jeanne and John Holroyd-Reece send you their X-mas greetings and wishes for a peaceful New Year".

    Le tout est ponctué par - ce que je pris dans un premier temps pour une colombe - un albatros tenant en son bec une missive. Cette carte a voyagé. Elle porte en plus une mention manuscrite, pour le moment illisible, et dont la reproduction figure dans l'album ci-contre. Amateurs graphologues, vous êtes attendus : faites vos propositions...

    Pour l'histoire, la voici : John Holroyd-Reece (1897-1969), après des études à Cambridge, traverse la Première Guerre Mondiale comme membre de la 5ème Brigade de Cavalerie en Egypte. Après une première expérience à Florence, il fonde en 1930 les éditions Albatros dans les locaux d'un hotel particulier aux murailles médiévales du N°12 de la rue Chanoinesse, à Paris, dans l'Ile de la Cité, derrière la Cathédrale Notre Dame.Cette maison d'édition se spécialise rapidement dans l'édition de livres de langue anglaise à destination du marché continental européen. Le personnage semble controversé. Tantôt considéré comme l'un des plus grands génies de son temps, parfois comme un homme douteux, comme le rapporte les écrits de Graham Watson. Le véritable profil de John Holroyd-Reece reste à définir.

    On ne sait pas, pour le moment, qui a eu l'idée de la carte de Noêl. Mais la première vision de cette carte montre la vie au sein des Editions Albatros. Elle présente les bureaux et leurs occupants que l'on pourra identifier par de monogrammes laissés par le dessinateur. La carte va plus loin car elle pénêtre les appartements privés et présente Jeanne Holroyd-Reece en compagnie de ses animaux dans sa chambre à coucher. L'ambiance semble gaie et bon enfant, familiale.... Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale où les bruits de bottes commencent à se faire entendre...

    La suite nous en apprendra plus sur la Carte et sa réalisation.

     

  • 7.1 Zola, Daudet, Lockroy et la Légion d'Honneur

    Croix.jpgJ'ai retrouvé dans la correspondance d'Emile Zola un autre contact entre l'écrivain et Edouard Lockroy, ce petit-fils de Marc Antoine Jullien de Paris. Nous sommes le 24 décembre 1886 et Zola adresse un courrier à Lockroy alors Ministre du Commerce et de l'Industrie du gouvernement de René Goblet. Il écrit :

    "Je tiens à vous dire combien j'ai été touché d'apprendre que, sans me prévenir, vous aviez demandé pour moi, au ministre de l'Instruction publique, la croix de la Légion d'Honneur. Je vois là une marque d'amitié personnelle et de grande sympathie littéraire, dont je suis très fier. Mais que voulez-vous ? Je ne suis plus d'âge à souhaiter des récompenses. Me voici déjà dans les vétérans, et ce que j'aurais accepté au lendemain de L'Assommoir, me semble inutile après Germinal. Il faut garder ça pour les jeunes écrivains qui ont besoin d'être encouragés. Ce que je n'oublierai pas, cher monsieur Lockroy, c'est votre pensée de m'être agréable, et veuillez croire que je vous en garde une gratitude infinie."

    Deux jours plus tard, dans un courrier adressé à Alphonse Daudet, Zola félicite l'écrivain pour sa prochaine croix d'officier dont on attend la confirmation officielle.

    L'intervention d' Edouard Lockroy ne sera pas sans lendemain. Emile Zola sera décoré de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1888. Ce "vétéran", comme il s'en qualifiait lui-même, n'en est plus un dans sa tête au moment même où il s'engage dans une grande aventure sentimentale avec Jeanne Rozerot "qui lui a rendu ses trente ans" et qui lui donnera une fille, Denise, l'année suivante.

  • 6.1 Zola et les animaux

    Je me souviens...

    zolachien.jpgLa magie d'internet m'a fait rencontrer André Paillé. Il vit là-bas, au nord de Québec, dans son paysage de sapins enneigés et où ses pensées volent vers Emile Zola. Si aujourd'hui, je vous parle de lui, c'est parce qu'il mérite que l'on s'attarde quelques instants sur le travail de mémoire qu'il effectue pour que, tous, nous puissions mieux connaître et aimer Emile Zola. L'objet du jour est un signet, un marque-page parmi ceux que cet homme m'a offert en témoignage d'amitié. Parce que, outre le soin d'animer le site des Cahiers Naturalistes, l'un des moyens qu'il a trouvé pour perpètuer l'image et la mémoire de l'écrivain est de reprendre ses citations sous la forme de signets plastifiés. J'ai tenu aussitôt a y associer Claire, ma petite fille âgée de 8 ans, pensant fort justement, que c'était là un bon premier contact avec Emile Zola. Son choix s'est porté sur un signet qui rapporte un discours d'Emile Zola prononcé à Paris, le 25 mai 1896 lors de la séance annuelle de la socièté protectrice des animaux. Zola qui y est délégué par le Ministre de l'Instruction Publique, se demande ce qu'il pourra y dire. Et c'est le plus simplement du monde que, parlant des animaux et de sa présence dans cette assemblée, il déclare :

    "Je n'ai pas d'autre raison pour prendre ici la parole, si ce n'est que je les aime, et j'imagine que cela ne peut qu'honorer tout le monde, même le gouvernement d'un grand pays, que de dire publiquement qu'on les aime."

    C'est vrai qu'Emile et Alexandrine les aimeront avec tout l'amour qu'ils auraient pu donner aux enfants qu'ils n'ont pû avoir. Les allées de Médan ont étés sillonnées par des "Raton", "Pinpin" et bien d'autres qui peuplèrent la vie du couple. Raton qui, un jour de mai 1877, s'échappe avant le départ pour l'Estaque et provoque la désolation d'Alexandrine et pour lequel Emile, avec l'aide d'Henri Escoffier, le fera retrouver par une petite annonce parue dans le Petit Journal.... Pinpin, dont, très attristé,  il apprendra la mort pendant son exil à Londres.

    J'ai demandé à Claire d'extraire une phrase de ce discours. Elle a choisi celle-ci :

    "Vous imaginez-vous la nature sans bête, une prairie sans insectes, un bois sans oiseaux, des monts et des plaines sans êtres vivants ? [...] Que tous les peuples commencent donc par s'unir pour qu'il ne soit plus permis de martyriser un cheval ou un chien, et les pauvres hommes honteux et las d'aggraver eux-mêmes leur misère, en arriveront peut-être à ne plus se dévorer entre eux !"