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  • 13.1 Lettre de Jules Claretie

    jcaretielettre.jpgLa note 11.2 fait référence à une lettre de Jules Claretie et présente une petite biographie de cet homme. La question du destinataire de cette lettre y était posée et je vous invite aujourd'hui à m'aider à son identification. Toute observation, tout commentaire que vous pourriez faire, seront très utile à mes recherches.

    Jules Claretie, comme Administrateur de la Comédie Française, s'y exprime, le 1er mars 1894, en ces termes :

    Monsieur, Je suis tellement pris et repris par des occupations imprévues que je n'ai pu (et je m'en excuse et voudrais m'en excuser) vous remercier encore de l'envoi de vos précieux et curieux ouvrages. Votre lettre me rappelle ma dette et je vous demande l'absolution. Vous pouvez compter, Monsieur, que je ferai tout - et de tout coeur - pour que justice vous soit rendue et je vous prie de croire à mes plus sincères et dévoués sentiments. (signé) Jules Claretie

    Il y a plusieurs points à relever dans cette lettre :

    1) La date : 1er mars 1894

    2) Le destinataire vient d'adresser plusieurs "précieux et curieux ouvrages" à Jules Claretie

    3) Jules Claretie mentionne une "dette" envers son destinataire

    4) Jules Claretie fait part d'une injustice subie par son destinataire et qu'il se propose de réparer.

    Bien évidemment, les possibilités sont nombreuses et il convient d'émettre et vérifier des hypothèses pour cerner la vérité. En attendant vos réponses, je suggére d'examiner la possibilité Emile Zola. A cette date, celui-ci est sur le point de publier "Lourdes" et j'ai vu une édition de cet ouvrage portant un envoi d'Emile Zola à l'attention de Jules Claretie. Toutefois, il faudrait que cet envoi soit antérieur au 1er mars 1894, ce qui est peu probable car les premières publications de l'ouvrage seront faites sous forme de feuilletons dans le Gil Blas de la même année qu'en avril. Pour la dette, pas de traces, sinon que Claretie n'a pu fournir des places à la Comédie Française, plusieurs fois demandées par Zola ... L'injustice serait plus facile à identifier : Zola vient de subir trois cuisants échecs dans ses tentatives d'élection à l'Académie Française. En effet, en février 1894, Zola se présente à la succession de Taine et de Charles de Mazade. Deux fauteuils lui tendront les bras sans succès. S'il rassemble quelques voix pour le fauteuil de Mazade (jusqu'à onze...), il devra s'incliner devant le poète José Maria de Heredia. Pour celui de Taine, pas une voix dans cette élection qui sera ajournée au 31 mai de la même année. Le fauteuil de Maxime du Camp se libère : même sanction... pas une seule voix pour Zola. Ses éléments pourraient bien constituer "l'injustice" relevée par Claretie.... Votre avis ? Il ne tient qu'à votre aide pour qu'il y ait une suite à cette enquête....

  • 12.1 Histoire des haines d'écrivains

    haines.jpgUne fois n'est pas coutume, je ne vous parlerai pas d'un objet récemment chiné et laisse à plus tard mes commentaires promis sur Jules Claretie. Si je déroge un peu à la règle, c'est pour évoquer un livre dont je viens d'achever la lecture et qu'il m'est impossible de ne pas vous recommander. Ce livre, édité chez Flammarion en ce début d'année, est un passage obligé pour tous les passionnés de la littérature du XIXe siècle. Intitulé "Une histoire des haines d'écrivains", les auteurs, Anne Boquel et Etienne Kern, nous donnent une image toute nouvelle du monde de la littérature et de ses travers. Le sous-titre "De Chateaubriand à Proust" montre l'étendue du ravage : les haines, bien sûr, mais aussi les amours et les jalousies qui y sont présentés nous rapprochent quelque peu de ces hommes et de ces femmes trop souvent idéalisés par la rigueur des programmes scolaires.

    Hugo, Vigny, Musset, Sainte-Beuve s'y disputent les femmes et les honneurs. On y voit comment leurs plus belles pages ont souvent été inspirées par ces rivalités et ces compétitions. Un seul objectif : atteindre honneurs et gloire ou pour, simplement se maintenir à la une d'une presse qui commence à faire la loi et conditionne le tirage des livres. Flaubert, Lamartine, Balzac, bien d'autres y sont évoqués. C'est parce qu'ils sont de grands manipulateurs de mots qu'ils vont mettre leur talent à l'épreuve pour aiguiser leur phrases en pointes de flèches, et transposer proses ou rimes en duels de fleurets pas toujours mouchetés. La course au fauteuil d'académie, les engagements politiques, les querelles de suprématie littéraire ou tout simplement l'accès à la richesse pour certains ou la simple subsistance pour d'autres seront autant de raisons de discorde. Le résultat obtenu sous les plumes de Anne Boquel et Etienne Kern est un vrai feu d'artifice et je suis prêt à parier que, après avoir lu ce livre, vous aurez une autre vision de ces écrivains, une meilleure connaissance des pratiques littéraires de ce siècle. Quand je vous aurai enfin révèlé que les auteurs de ce livre, qu'ils dédient à leurs parents, n'ont que 25 ans, on a bien envie de veiller, dès à présent, sur leurs prochaines publications...   Attention toutefois : anciens élèves de l'Ecole Normale Supérieure, ils sont agrégés de lettres et enseignent respectivement à Paris IV et à Paris X (Nanterre).

    Comme le dit si bien la 2ème de couverture :

    Ne boudons pas notre plaisir...

    Courrez vite chez votre libraire...

     

     

     

  • 11.9 Balzac et Rodin : L'improbable rencontre

    L'histoire du Balzac de Rodin n'est pas terminée aujourd'hui. La statue qui est aujoud'hui érigée à Vavin, à l'angle du Boulevard Raspail, n'était pas conçue par l'artiste pour être présentée en ce lieu. La commande originale faite à Rodin par la SGDL prévoyait, en 1891, son érection au milieu de la place du Palais-Royal. Ses dimensions ont longuement été étudiées par Rodin lui-même pour qu'elle puisse s'inscrire dans les perpectives de la prestigieuse place. Au lieu de celà, les arbres qui ont grandi à Vavin ont étouffé le "Bronze n°1"...

    maison-balzac.jpgAujourd'hui, j'ai eu la surprise de découvrir l'existence de l'Association Rodin chez Balzac qui milite pour le déplacement de la statue vers un emplacement plus digne d'elle : LA MAISON DE BALZAC. Plus encore : le projet d'un film sur la statue est sur le point d'aboutir. Le film qui devrait sortir au premier trimestre de 2010 s'appellera "L'improbable rencontre". Il racontera, mieux que je n'ai pu le faire ici, l'histoire de la statue. Ma rencontre avec Laurent Canches, co-scénariste et réalisateur du film, n'a fait que me renforcer dans ma conviction : il faut apporter son aide à  ces projets. Vous trouverez, ci-après, extraits du site de l'association Rodin chez Balzac (ci-contre), les détails du film. Mais, dès à présent, si vous souhaitez souscrire pour un minimum de 10 euros pour aider ces projets vous pouvez le faire en vous recommandant d'Histoires d'Histoire et en adressant votre chèque à :

    Association Rodin chez Balzac - 51 Boulevard de la Chapelle - 75010 PARIS

    Ne pas oublier de joindre vos nom, prénom, adresse, email, fonction.

    Pour vous remercier de votre souscription dont le souvenir sera répertorié à la MAISON DE BALZAC, vous serez invité à l'Avant-Première du film et vous en recevrez le DVD.

    Le film

    L’improbable rencontre raconte l’histoire passée et présente d’une statue, le Balzac de Rodin.

    Fiche artistique :

    Le film est incarné par la comédienne NINON BRETECHER

    La voix de Rodin sera dite par le comédien JACQUES BONNAFFE

    La voix de Balzac sera dite par le comédien MARC BARBE

    La musique est composée par JEAN-CHRISTOPHE DESNOUX

    Les costumes de Ninon sont de JUDITH HUSCH

    Images : JEAN-MARC FABRE

    Production : DENIS KRALJ et JEAN-MARC FABRE

    Scénario écrit avec MICHEL ELLENBERGER

    Scénario, Montage et Réalisation : LAURENT CANCHES

     

    Tous les TOURNAGES en FRANCE sont terminés

    balzacrodin.jpgLes images des bronzes de Hakone (JAPON); Melbourne (AUSTRALIE); Paris FRANCE),Anvers (BELGIQUE), Eindhoven (HOLLANDE) New York, Los Angeles (photo ci-contre) , Pasadena (ETATS-UNIS) Prague (TCHEQUIE), et celui de la COLLECTION PRIVEE sont aussi tournées….

    Reste à tourner et à trouver des images des derniers bronzes, dont ceux de Caracas. En cours de réalisation.
    En attente, celui de WASHINGTON…

    RESUME

    Le film se déroule sur les lieux mêmes de cette histoire et montre aussi le rayonnement international de cette œuvre hors du commun (Caracas, Japon, Etats-Unis, Australie, Paris, …).

    Une jeune Française découvre deux bronzes de cette statue à Caracas et au Japon. Elle est étonnée d’apprendre que Rodin a refusé jusqu’à sa mort de livrer sa statue (tirage en bronze), après le scandale provoqué par sa première présentation publique à Paris (1898).

    Émue, curieuse, la jeune femme part dans une véritable enquête sur les traces de cette histoire mouvementée, véritable feuilleton à rebondissements. En fait, tout commence avec la mort de Balzac (1850), qui lance un défi à tous les sculpteurs à venir.

    Après deux tentatives qui ont échoué pour faire une statue de Balzac, c’est alors comme si Balzac (qui n’a jamais rencontré Rodin) poursuivait, le sculpteur comme une mauvaise pensée pendant ses sept années de travail obsessionnel.

    Nous entendons le dialogue imaginaire entre ces deux grands artistes français sur les lieux mêmes où la jeune femme mène l’enquête et où Rodin a « traqué » Balzac.

    Le film donne ainsi un portrait de Rodin au travail et il révèle aussi un portrait contrasté de Balzac.

    Et après avoir découvert tous les obstacles opposés à Rodin et les scandales suscités par cette statue, la jeune femme nous conte l’étrange épilogue des treize bronzes du Balzac dont seulement douze sont visibles. Un épisode digne de l’auteur de la Comédie Humaine, qui écrivit L’Histoire des Treize … (Fin de citation du site).

    Rodin disait - et Laurent Canches termine son film avec cette phrase de Rodin sur son Balzac, texte dit par Ninon Bretecher :

    "Qu'importe, le Balzac se fraiera par force ou par persuasion une voie vers les esprits"

    Votre aide permettra, peut-être, à concrêtiser la prédiction de Rodin.

     

     

  • 11.8 Le Balzac de Rodin : vers une reconnaissance ?

    Rodin Steinchen.jpgL'Histoire nous montre qu'à chaque grande querelle artistique, souvent alimentée par une influence politique - et surtout dans ces circonstances -, l'artiste qui en est la victime en ressort, à la fin, grandi. Un peu comme si les méandres des "affaires" seraient dissipées par la reconnaissance sans frontière de la réalité novatrice de l'artiste. La publication de la note du Comité de la SGDL sera le point de départ de la réaction de nombreuses personnalités qui, dans la foulée de Mathias Morhardt, vont élever une farouche protestation et soutenir Rodin.

    "Les amis et les admirateurs de Rodin, considèrent que l'ordre du jour voté par le Comité de la Société des Gens de Lettres est sans importance au point de vue artistique, encourageant de toute leur sympathie l'artiste à mener à bonne fin son oeuvre sans s'arrêter aux circonstances actuelles et expriment l'espoir que, dans un pays noble et raffiné comme la France, il ne cessera d'être, de la part du public, l'objet des égards et du respect auxquels lui donnent droit sa haute probité et son admirable carrière."

    Cette circulaire de protestation, qui porte les signatures des proches de Rodin, va déclancher, comme le rapporte Judith Cladel (Rodin,  Sa vie glorieuse, sa vie inconnue - Grasset, 1936), un feu d'artifices d'adhésions. Cette liste, non limitative, mérite énumération : Toulouse-Lautrec, Albert Besnard, Vincent d'Indy, Paul Adam, Henry Becque, Paul Signac, Maximilien Luce, Catulle Mendés, Courteline, Paul Fort, Alfred Valette, Aristide Maillol, Bourdelle, Georges Clemenceau, Henry Cros, Lucien Guitry, Claude Debussy, Camille Mauclair, Jules Renard, André Berthelot, Claude Monet, Alfred Bruneau, Mme J.-B. Carpeaux, Lugné-Poë, Georges Rodenbach, J.-E. Blanche, Constantin Meunier, Jules Desbois, J.-P. Toulet, Jean Moréas, Henry de Régnier, Frantz Jourdain, Séverine, Pierre Louys, Anatole France, etc...

    Tout celà dans la tourmente de l'affaire Dreyfus qui ne va pas manquer d'interférer comme elle interfèrera dans tout ce qui agite cette fin de siècle. Il ne faut pas être surpris de n'y pas trouver le nom de Zola qui vient d'être condamné et qui est contraint à l'éxil en Angleterre. Altercations, insultes, duels mêmes, viennent troubler cette période que Rodin se garde bien d'envenimer :

    "Comment voulez vous que j'ajoute encore aux difficultés que j'éprouve ? La lutte pour la sculpture prend tout mon temps et toutes mes forces. Et je n'arrive pas à triompher !..."

    Bien que volontairement en dehors des problèmes, Rodin va s'y trouver mêlé. Tous les souscripteurs sont dreyfusards. Certains comme Francis de Pressencé demandèrent que l'on ajoute à la liste des anti-dreyfusards comme Forain ou Rochefort qui refusèrent. Comme celà opportunait Rodin, on vit, au contraire, des défenseurs de Dreyfus comme Georges Clemenceau se fâcher et déclarer à Morhardt :

    "Mon cher Confrère, M. Rodin ayant exprimé à un des rédacteurs de l'Aurore sa crainte de voir un trop grand nombre d'amis de Zola souscrire pour la statue de Balzac, je vous prie de retirer mon nom de la liste qui est entre vos mains."

    Irrité par tout ce tapage, Rodin prit la décision de conserver sa statue, de ne la livrer à personne : elle allait devoir finir ses jours au fond de son jardin de Meudon.

    Nous devons à un jeune photographe américain, Edward Steichen, la reconnaissance de l'avoir ressortie de l'oubli. Comme le feront plus tard ces jeunes étudiants américains qui sauvèrent l'atelier de Paul Cézanne de la destruction, Edward Steichen, par ses clichés volés à la fantasmagorie de la nuit, prit l'image (ci-dessus) de la statue qui fit le tour du monde avec sa publication dans la prestigieuse revue de l'époque "Camera Work".

    bazfalc.jpgIl fallut attendre le 23 novembre 1902 pour témoigner à Rodin la reconnaissance. Curieusement ce fût lors de l'inauguration du Balzac de Falguière (ci-contre) qui fut choisi comme remplaçant de Rodin par la SGDL. C'est Abel Hermant, alors président de la SGDL qui eut ces paroles :

    "L'oeuvre que vous avez devant les yeux (il parle de celle de Falguière alors décédé) est trop forte pour que je craigne d'évoquer ici des souvenirs concurrents ; le nom de Falguière est trop grand pour que je craigne de lui porter ombrage en prononçant le grand nom de Rodin, c'est mon devoir ; Falguière, s'il m'écoutait, ne me pardonnerait pas d'y manquer. J'aurais beau me taire, votre mémoire serait fidèle et réparerait mon omission ; car, même en regard du Balzac vivant, tangible, qui est ici, le fantôme de l'autre persiste, plane, obsédant et inoubliable."

    Judith Cladel, qui rapporte ces propos, ajoute qu'à cet instant, la foule se leva, se tourna vers Rodin pour "une longue et délirante ovation".

    L'hommage mérité à Rodin me rappelle une scène presque semblable. Celle que vivra Cézanne, au seuil de sa mort en 1906. Il assiste à Aix, assis sur un banc du dernier rang, à l'inauguration d'un buste de Zola réalisé par Solari. Cézanne, seul, pleure son amitié stupidement perdue depuis 1885. Et là, il n'y aura personne pour l'en consoler.

    Le Balzac de Rodin attendra 1936. C'est encore Morhardt, l'ami de toujours, qui, à la tête d'un autre Comité, va réussir à faire installer la statue à Vavin, au carrefour du Bd Raspail et du boulevard Montparnasse, là où elle est encore aujourd'hui. C'est Maillol et Despiau qui dévoilèrent la statue et c'est le sculpteur Wlérick qui prononça ces quelques mots :

    "Quel n'était pas le pouvoir de cet homme qui, déjà avait révolutionné la sculpture et qui, à soixante ans, remis tout en question avec cette statue belle autant que les plus belles !

    On peut penser que l'histoire est terminée. Détrompez-vous, j'ai encore quelque chose à vous dire... (à suivre...)