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  • 18.1 Zola "fin-de-siècle" : L'Oeuvre

    Numériser0001.jpgLa lecture d'un livre trouvé chez ALAPAGE au rayon "Philosophie", a conforté en moi l'opinion que je n'osais avancer devant les avis éclairés habituellement exprimés par beaucoup d'experts. Il s'agit d'un essais admirable que Marie-Claire Bancquart  publia en 1980 et qui fût réédité en 2002 aux Editions de la Différence. Dans ce livre intitulé Paris "fin-de-siècle" , l'auteur déroule un travail remarquable autour d'une analyse poussée de l'oeuvre des écrivains de la fin du XIXe siècle et de leurs personnages. Ils vivent dans ce Paris d'après les grands travaux hausmanniens, celui d'après la guerre de 1870 et de la Commune qui suivra en 1871. On a senti, dans la note précédente, l'impact de ces évènements sur l'écriture des oeuvres homologues de Berthet et Zola : le livre de Marie-Claire Bancquart en apporte l'éclairage nécessaire. J'y ai trouvé l'une des plus pertinentes analyses de L'OEuvre et que je voudrais vous faire partager sur HD'H.

    Je suis décidément très las de lire ou d'entendre que Zola et Cézanne se soient fâchés à la suite de la publication par Zola de son roman L'OEuvre en 1886. Les plus proches de Cézanne ont dit et répété que Cézanne s'était reconnu dans Claude Lantier, le peintre "maudit" de L'OEuvre et que la peine et l'amertume qui en ont découlé ont été à l'origine de la facherie radicale entre les deux hommes. Je suis franchement désolé que l'on ait retenu de l'OEuvre que cet évènement, même si celui-ci est charnière dans la carrière des deux artistes.

    Or la dernière lettre que Cézanne adressa à Zola depuis Gardanne le 4 avril 1886 n'est pas une lettre de rupture même si elle met en lumière la cruelle nostalgie de Cézanne qui se souvient de la jeunesse et de la fraternelle amitié partagées avec Zola :

    Mon cher Emile, Je viens de recevoir L'OEuvre que tu as bien voulu m'adresser. Je remercie l'auteur des Rougon-Macquart de ce bon témoignage de souvenir, et je lui demande de me permettre de lui serrer la main en songeant aux anciennes années. Tout à toi sous l'impulsion des temps écoulés.

    La signature de Paul Cézanne met une point final à leur relation épistolaire. De là à conclure que ce simple accusé de réception soit une fin en soi de leurs relations est un peu rapide. Je pense que le désamour fût chose plus complexe et insidieuse. Je vais m'attacher dans les notes qui vont suivre à combattre cette idée reçue pour démontrer que ce qui sépara les deux hommes est une lente érosion de la vie, un peu comme dans "Les feuilles mortes" de Prévert, oû elle sépare doucement ceux qui s'aiment, tout doucement sans faire de bruit.

    Par la même occasion, je chercherai peut-être à remonter L'OEuvre dans la hiérachie des romans de Zola et que je considère comme un livre majeur. Il est primordial qu'il ait une autre image auprès des élèves ou des étudiant qui n'en retiennent que la seule désolante facherie. Zola "fin-de-siècle", c'est l'étonnant rayonnement de cet homme que je vous proposerai dans mes prochaines notes. (A suivre...)

  • Comme un nuage de cendres ...

    Un nuage de cendres me tient éloigné de mes sources... Aussi, mardi 20 avril, je ne pourrai pas vous parler de ce que j'avais prêvu . Ce n'est que partie remise : attendons la dissipation des cendres et vous prie d'excuser ce silence temporaire...

  • 17.5 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola (2)

    Numériser0003.jpgLe travail d'Henri Marel (Professeur à l'Université de Valenciennes) sur la comparaison des Houilleurs de Polignies (Berthet) et de Germinal (Zola) laisse chez son lecteur un étrange sentiment de déséquilibre. Après un exposé étonnemment minutieux, documenté et finalement très exhaustif, Henri Marel se range sous cette conclusion prudente et sage :

    "Après cette étude, on peut admettre que Les Houilleurs de Polignies ont laissé une trace chez Zola (consciente ? inconsciente ?)"

    Et pourtant, cette étude fourmille d'arguments qui révèlent l'interférence troublante qui vibre entre les deux ouvrages. La conclusion de Marel, qui se limite au minimum requis par l'absence de preuve formelle, laisse toutefois planer le doute du conscient.

    En effet, Zola, qui a lu et commenté le livre de Berthet, n'a pu en écrivant Germinal en 1885 en oublier le cadre, l'intrigue, les personnages, toutes les images que "Les Houilleurs de Polignies" ont, dès 1866, imprimées chez lui. Zola a démontré son extraordinaire capacité à documenter, réunir, transformer, ébaucher et finaliser. Zola a plagié Berthet ? Non bien sûr ! Berthet a-t-il montré à Zola le chemin de Germinal ? Oui, certes !

    Bien sûr, Berthet écrit un roman-feuilleton pour la jeune fille de bonne famille que l'on aurait versé, il n'y a pas si longtemps, dans la catégorie des livres "à l'eau de rose". Les gentils y sont riches, paternalistes et miséricordieux. Les méchants y sont pauvres, ivrognes, meneurs de grèves, et parfois même, assassins. Chez les riches tout est blanc, chez les pauvres, tout est noir. Tout est noir comme la mine et la poussière qui tombe des pages du roman. C'est un conte de fées où le prince arrive au début du roman "déguisé en ouvrier". Il tentera de conquérir le coeur de la fille du patron que son "déguisement" rend inaccéssible malgré ses actes de bravoure et son extraordinaire ingéniosité qui tire le père d'une ruine certaine. Le mur social est infranchissable. Comme dans tous les contes de fées, la fin sera heureuse : le méchant va mourir et l'ouvrier va se transformer en ingénieur : le prince charmant pourra épouser la princesse.

    Numériser0001.jpgDe ce roman, Zola en fera une "superproduction" : on retrouve chez Zola la même mine, la même poussière, les mêmes riches et "blancs", les mêmes pauvres et "noirs", les mêmes catastrophes, les mêmes "ducasses". Mais Zola n'écrit pas pour le même public. Si les "Houilleurs" de Berthet ont vêcu et sont décrits en 1866, ceux de Zola vivent aussi en 1866 mais sont décrits en 1885. Et même s'ils vivent tous la même époque, l'écriture de "Germinal" a vêcu la Guerre de 1870 et surtout la Commune de 1871. Le cadre, les personnages, l'intrigue se sont épaissis chez Zola pour prendre épaisseur et dimension du chef d'oeuvre que l'on connait.

    Toutefois, reconnaissons ici l'influence d'Elie Berthet sur Emile Zola.

    HD'H à suivre : Zola "Fin-de-Siècle" (Publication prêvue le Mardi 20 avril)

  • 17.4 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola

    Zola.jpgEn janvier 1866, Zola est encore chez Hachette où il assure la promotion des livres que cette grande maison édite. Sa fonction y est celle qu'il a voulue et créée. Il est entré chez Hachette quelques années auparavant comme simple auxiliaire chargé de manutention : il emballe et expédie les ouvrages. Exemple de tenacité, ce fils d'émigré italien va gravir rapidement les échelons pour atteindre le niveau de chef de publicité. Il en profitera pour enrichir son carnet d'adresses et y développer le réseau qui lui permettra d'assoir le rayonnement qui lui sera utile quand il s'agira en 1966 de voler de ses propres ailes et vivre enfin de sa plume. En ce début d'année, il y fait donc la "promo" des "Houilleurs de Polignies" qu'Elie Berthet vient de publier chez Hachette après la sortie en feuilleton dans le Siècle de Louis Desnoyers. Il utilise pour celà le "Bulletin du Libraire et de l'Amateur" qu'il rédige et diffuse dans toute la France pour faire connaitre les dernières sorties. Bien évidemment, son rôle est de faire vendre la production de la librairie et l'on ne va pas y chercher l'expression d'une critique. Zola y écrit :

    "BIBLIOTHEQUE VARIEE

    (Elie) BERTHET. Les Houilleurs de Polignies, 1 Vol.

    M. Elie Berthet sait admirablement dramatiser ses récits et leur donner un intérêt poignant et familier à la fois. Il a le don de la terreur, des larmes et du sourire.

    Jadis, il introduisait ses lecteurs dans les catacombes de Paris et il obtenait un succès qui dure encore. Aujourd'hui, il nous fait descendre dans une mine de houille, et il traite avec un égal talent ces scènes de désespoir et d'angoisse qui se passent dans les entrailles du sol. Les Houilleurs de Polignies, les ouvriers de M. Van Best, se sont révoltés et demandent une augmentation de salaire ; le maître refuse, mais la fille du maître, Amélie, descend dans la mine pour apaiser les ouvriers, et elle y trouverait la mort, sans le dévouement d'un jeune houilleur que son père a engagé depuis peu, et qui au dénouement, se trouve être un jeune ingénieur déguisé, M. Léonard de Beaucourt. Il y a mariage, et l'ingénieur, qui a relevé la fortune de M. Van Best par la découverte d'une mine très riche, devient son associé et son gendre.

    Le livre est plein de très curieux détails sur la vie et les moeurs des houilleurs. C'est là un monde particulier et étrange dont le romancier a tiré parti en conteur pittoresque et intéressant. La partie de description est excellente ; elle fait faire au lecteur un voyage très émouvant dans ces couloirs étroits et troubles que visitent le feu grisou et les inondations. La partie dramatique est habilement mêlée aux détails techniques, et rien n'est plus attachant que les amours d'Amélie et Léonard, se déroulant au milieu des péripéties de la révolte des houilleurs, conduits par un coquin qui finit par expier ses crimes. Depuis "Les Catacombes de Paris", M. Elie Berthet n'a pas conté une histoire plus touchante et d'intérêt plus vif."

    Zola qui, au passage ne se gêne pas pour y dévoiler l'intrigue, la surprise et le final au lecteur, va rédiger, sans peut-être en être conscient, sa première note préparatoire à l'écriture de Germinal.

    Je me préparais à faire ce passionnant travail de comparaison afin de rechercher dans Germinal l'ombre des Houilleurs de Polignies quand je rencontrais le travail réalisé par Henri Marel, professeur à l'Université de Valenciennes. Il publia à la fin de 1980 dans les Cahiers de l'UER FROISSART cette étude comparative qu'il intitula "Germinal et les Houilleurs de Polignies" sur laquelle nous reviendrons amplement dans les notes prochaines. Ces travaux qui m'ont été aimablement communiqués par Mme Plouchart du service de Documentation de l'Université de Valenciennes vont nous aider à évaluer l'influence qu'Elie Berthet - si elle existe - eut sur Zola

    (A suivre...)