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9 - Henri de Groux

  • 9.4 Une autre lithographie de Henry de Groux

    ZOLA BIS.jpgSuite à mes notes sur la lithographie de Zola par Henry de Groux, HD'H a reçu le commentaire fort intéressant de Raymond Bommerez, qui nous informe qu'il possède une autre lithographie de Zola du même auteur. L'examen de la photographie qu'il nous a transmise montre qu'elle est signée en "rouge" par Henry de Groux qui l'a datée du 30 mars 1898. L'observation du document fait aussi apparaître la mention "Emile Zola" manuscrite et quelques commentaires difficilement lisibles. De Groux réalisa 3 lithographies de Zola selon "La Plume" paru en 1899, p 14, 15 et 87. La lithographie de M. Bommerez en serait l'une d'elles, différente de celle déjà évoquée dans mes notes. La date du 30 mars est probablement la date de l'achèvement des premiers essais, car l'on retrouve, dans le Journal d'Henry de Groux (Kimé - 2007) les références sur ses travaux :

    En date du 22 mars 1898 : " Chercher ce matin chez Nadar des photographies de Zola en vue de mon estampe. Photographies presque toutes très ordinaires. Une seule pourra me servir, celle que j'ai posée moi-même et que Nadar a failli gâter en réclamant "un sourire " (!). Expression altérée et factice, déplorable malheureusement ; je commencerai aujourd'hui le travail sur ma pierre."

    En date du 27 mars 1898 : "Le portrait de Zola ne vient pas comme je voudrais : la pierre est défectueuse, mal grainée et pleine de griffes. Je prévois de forts embêtements au tirage. Les imprimeurs sont tous les mêmes."

    En date du 3 juin 1898 : "J'achève mon second portrait de Zola qui me parait devoir être très supérieur au premier. la pierre est meilleure ; mais le principe du travail au crayon est interminable. Je crois d'ailleurs avoir contracté depuis une timidité dans le travail très désagréable et très inutile."

    En date du 18 juin 1898 : "Je pars aujourd'hui terminer décidément mon Zola chez Mauler, rue de l'Estrapade. Je pense que ce sera la meilleure de mes lithographies."

    En date du 25 juin 1898 : "Je mets la dernière mai à mon grand portrait de Zola chez Mauler, rue de l'Estrapade dans cet atelier, si vaste, et rempli des essais picturaux de limprimeur jadis exposant aux Champs-Elysées. Tout l'attirail du [un mot illisible] peintre y est dispersé également : j'ai derrière moi un immense squelette dans l'attitude d'un soldat au port d'arme. Un grand clairon assujetti par une cordelette lui pend au côté. En face de moi, des ouvriers et des ouvrières (dont une assez jolie vraiment, une petite Israélite) échangent des remarques qui parfois ont l'air de me concerner... Le portrait touche décidément à sa fin."

    Nous apprenons ainsi que les lithographies ont étée tirées chez Mauler et nous tenterons d'en apprendre plus de cette impimeur. J'ai déjà trouvé que l'atalier de ce Mauler était situé au 9, rue de l'Estrapade dans un bel immeuble de XXIIe siècle aujourd'hui protégé. L'imprimerie deviendra au début du XXe siècle, l'imprimerie Joseph Charles. En tout état de cause, il semble que la litho de Raymond Bommerez soit tirée depuis l'exemplaire ayant donné le plus de difficultés à De Groux et en ce sens, elle est fort intéressante.

    Monsieur Bommerez, qui la tient d'un héritage, est vendeur. Si vous êtes intéressé, transmettez-moi vos coordonnées que je lui communiquerai pour une éventuelle transaction...

     

     

  • 9.3 Henry de Groux, Léon Bloy et Emile Zola

    Degsepia.jpgC'est encore un sentiment d'injustice que l'on ressent en explorant la vie terrible d'Henry de Groux. Une vie terrible rapportée dans l'ouvrage de son beau-frère Emile Baumann, paru chez Grasset en 1936, - une vie terrible traduite dans son Journal, édité chez KIMÉ (INHA) en 2007. Son oeuvre méconnue, l'est en partie à cause de lui-même qui fuyait la célébrité et recherchait l'ombre de la discrétion. Il est probable que cette attitude soit destinée à protéger son souci d'indépendance de la libre pensée qui le caractérise et qui caractérise les artistes. Jean-David Jumeau-Lafond , résume parfaitement la perception de ce document dans sa présentation de l'ouvrage :

    Plongée intime dans un univers mental tourmenté, la lecture de ce journal, dont le riche contenu est impossible à résumer ici, ouvre des perspectives infinies non seulement sur l’art de de Groux, si injustement sous-estimé, pour ne pas dire méprisé (et tout particulièrement en France) ; elle permet aussi une intimité inédite avec la pensée de celui qui ne lasse pas d’intriguer encore et encore, et dont l’œuvre comme la « parole » de véritable écrivain, ici restituée, s’affirment comme parmi les plus impressionnantes de son époque.

    Je vous invite à visiter aussi l'album ci-contre où j'ai fait figurer quelques exemples de son oeuvre disséminée de par le monde au rythme de ses errances. Vous le découvrirez dans son âme de peintre symboliste tourmenté, imbibé de romantisme et dont le regard diabolique annonce déjà le déséquilibre d'une démence qui se profile et qui le classera parmi les peintres fous.

    Détracteur de Paul Cézanne qu'il dénigre, il voue une amitié fusionnelle à Léon Bloy, dont on dit même qu'il en était asservi, il va, lors de l'affaire Dreyfus, faire preuve de cette indépendance d'esprit. De Groux écrit le 11 décembre 1898 :

    "Bloy vient me trouver ce matin. Il a certainement lu dans l'Aurore de ce matin l'article de Clémenceau et celui de Leyret où il est question de l'inoubliable lettre de Zola et qui retentit comme  « un coup de tonnerre jusqu'alors inouî» et de «l'immortel pamphlet de Zola» etc. C'en est trop évidemment et il trouve qu'on lui fait vraiment la part trop belle. Pendant une heure il m'agonise d'injures et gueule [de] violentes diatribes contre «Zola et sa bande» qu'il estime incapable d'un acte de générosité quelconque et n'être qu'un imbécile abject dans la main de Clémenceau qui seul a du talent à l'Aurore et n'est qu'un maniaque féroce lui-même capable «de faire scier en deux de petits enfants». Je ne parviens pas à placer le moindre mot et je sens combien c'est d'ailleur inutile !"

    Après cette sombre période où de Groux subira la pression de Léon Bloy , le dégoût du monde qui l'environne, le doute dans sa foi et sa croyance en l'Eglise, il lui conservera malgré tout son amitié.

  • 9.2 De Groux sauve Zola du lynchage

    christgroux.jpgHenry de Groux va se passionner pour l'Affaire Dreyfus. Depuis le 7 février 1898, il suit de près le déroulement du procès d'Emile Zola. Le 9 février, grâce à son ami Chincholle du Figaro, il pénètre dans le Palais de Justice et assiste à la séance très animée. Ce qu'il va rapporter dans son Journal est un témoignage saisi sur le vif dans l'ambiance désordonnée de la fin de séance :

    "... J'attends quai de l'Horloge la sortie de la foule qui s'écoule avec animation. Il y a de l'orage dans l'air mais je vais être bientôt le témoin d'une des scènes les plus ignobles que j'ai vues de ma vie. Zola apparait soudain sur les marches du grand escalier du Palais, entouré d'un groupe d'amis assez compact, et poursuivi par les huées d'une bande énormes de gens de tout les mondes. A ces huées répondent les acclamations des amis de Zola. Les sergots craignent une bagarre et ferment précipitamment la grande grille de la cour du Palais. Il s'en suit une collision entre partisans et adversaires de Zola, ceux-ci en nombre dix fois supérieur. Tout me fait comprendre et pressentir que, manifestement, on en veut à la vie même de Zola et que le but manifeste est de le faire disparaître dans une bagarre de ce genre : c'est honteux ! Zola néanmoins veut gagner la sortie de gauche restée entrouverte. A ce moment, par une sorte de complicité policière, il est poussé seul dans la rue encombrée de la plus vile populace qui se met à hurler à la mort avec frénésie en levant sur lui cannes, gourdins et projectiles de tout genres. Zola (que deux sergots seuls aident à grand-peine à parvenir jusqu'à sa voiture sur la place en face) exténué d'émotion, visiblement se sent perdu et c'est avec une énergie désespérée qu'il lutte contre tous ces forcenés qui s'apprêtent tout simplement à le lyncher. En l'apercevant, un cri sort de ma poitrine qu'il m'eut été, l'eussé-je voulu, impossible de réprimer : "Vive Zola" ! Et je me précipite vers Zola que j'aide de mon mieux à franchir ces ignobles hordes soudoyées très probablement, complices d'une machination certaine. J'attrape pas mal de coups destinés à Zola, qui peut enfin être poussé dans sa voiture qui l'emporte enfin plus mort que vif, poursuivi par une meute d'assassins... Le coeur défaillant moi-même de dégoût et de colère, je suis ces misérables jusqu'au Pont Saint-Michel où, reconnu et arrété par les effrayants drôles qui avaient assailli Zola, je suis à mon tour accablé d'invectives : "Vendu", "Juif", "Prussien" -que sais-je? - et même menacé d'être jeté dans la Seine. Deux sergots viennent et parviennent assez vite à me dégager de cette étreinte abjecte et lâche de la foule. De ma vie, je n'oublierai cette scène."

    Ces propos consignés à chaud par de Groux sont chargés de l'émotion de l'homme convaincu que "la fragile justice condamne". C'est cette même émotion , pressentie dans son oeuvre "Le Christ aux Outrages" (ci-contre*) , qui lui fait comparer Zola au Christ que Ponce Pilate va comdamner sous la pression de la foule. "Encore une fois, il faudra que le Juste périsse. Pauvre Zola !" écrit-il ce même jour.

    (*) Le Christ aux outrages - 1888-1889 - visible en Avignon au Palais du Roure, Fondation Flandreysy-Espérandieu.

    Pauvre France perdue et fractionnée dans cette affaire Dreyfus. Le combat divise en deux une France sans repères. De Groux, lui-même, dut se battre pour sauvegarder son amitié avec Léon Bloy qui, comme beaucoup de personnes sincères dans leur fort intérieur, pensaient alors que la mort de Zola, lapidé ou lynché par la foule ne serait qu'un châtiment mérité depuis toujours. Même le brave Cézanne, dont l'amitié avec Zola a pris froid depuis longtemps s'exclame à propos d'Emile : "Il l'ont mené en bateau..."

    C'est après cet épisode que De Groux fit les lithographies de Zola. Il n'en fût pas toujours remercié. Le 27 juillet 189?, de la main de Marie de Groux, il note :

    " J'apprends que Maurice Leblond (Gendre de Zola et époux de Denise) s'est emparé sans ma permission de mon portrait de Zola pour sa brochure sur Zola et les jeunes qui est une chose, à mon sens, superficielle et idiote. Je lui écris une lettre de protestation."

     

  • 9.1 Zola et Henri de Groux

    degroux1.JPGSur Delcampe, les vieux papiers sont une source infinie de surprises. Il y a quelques années, ma recherche sur Zola me conduisit à un portrait de l'artiste que proposait un vendeur. Celui-ci m'informait qu'il avait trouvé ce portrait dans un lot de vieux papiers déniché quelque part en Belgique. A sa réception, la surprise fut de taille en constatant qu'il s'agissait en fait d'une lithographie originale signée et identifiée par son auteur. L'identification de celui-ci ne fut pas très difficile et son histoire fut à l'origine de la découverte d'un personnage qui, bien que réservé et dissimulé dans sa vie d'artiste, mérite, comme Achille Emperaire, que l'on s'y attarde. La lithographie était l'oeuvre d' Henri de Groux et elle avait une histoire que je vais vous conter à présent.

    Mes contacts avec Pierre Pinchon qui, avec Rodolphe Rapetti, est l'auteur du texte qui accompagne "le Journal d'Henry de Groux" paru aux Editions Kimé (INHA) en 2007, m'ont permis de situer cette oeuvre. Que Pierre Pinchon en soit ici vivement remercié. Cette lithographie est référencée dans le catalogue dressé dans "La Plume" du 30 juin 1899 qui, dans cet exemplaire spécial consacré à Henri de Groux, présente trois lithographies de Zola. Celle-ci porte le N° 69 en page 279. Tirée sur papier de chine (papier ordinaire). Henri de Groux les réalisa en les gravant directement sur la pierre à partir de portaits de l'écrivain réalisés par Nadar. Les conditions et les circonstances de ce travail vous seront rapportées dans deux prochaines notes. Elle seront le témoignage sur un artiste oublié, certes original, paradoxal et visionnaire, mais qui retrouve aujourd'hui la place qu'il méritait d'occuper depuis toujours.