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Histoires d'Histoire - Page 5

  • 20.11 Robert C. Krieg : Tout se précise...

    DocKrieg5.jpg

    C'est le 21 Mai 1946, par le document ci-dessus, que l'administration américaine a pris acte du décès de Robert C. Krieg. Par application de la loi américaine du moment, celle-ci exige qu'un an soit écoulé pour que la date du 4 juillet 1944 soit prise en compte pour date officielle de son décès.

    Lors de mes recherches, il y a déjà plus d'un mois, juste après la publication de ma précédente note, j'ai reçu un mail de Jean-Paul Pitou (qu'il soit ici vivement remercié). Ce message allait fortement faire avancer les choses. Cette personne m'écrivait alors les mots qui suivent :

    "Je m'appelle Jean Paul PITOU et je m'intéresse à la Bataille de
    SAINTENY depuis 10 ans.
    Je suis depuis 5 ans membre de l'Association de la 83ème Division d'Infanterie Américaine.
    Mon objectif sur SAINTENY est l'accueil des vétérans ou  de leurs familles. L'association m'a demandé aussi d'oeuvrer aux souvenirs et à la mémoire des soldats de la 83ème ID.
    Concernant "ISLAND BATTLE" j'ai fait parti de l'équipe franco Américaine qui a identifié ces lieux."

    et d'y joindre deux liens très précieux qui allaient nous éclairer sur cette fameuse "Island Battle" que Dan Krieg avait déjà évoquée.

    Le premier lien oriente sur la thèse de Charlotte Sharpe Daly a écrite en 1989 pour l'acquisition du grade de Docteur en Philosophie où elle relate l'histoire de son père Granville A. Sharpe, compagnon d'armes de Robert C. Krieg.

    (Lien vers le rapport Charlotte Sharpe Daly)

    Le deuxième lien renvoie tout simplement sur la description de la bataille que Dave Curry fait sur son site qui est consacré à l'histoire du 329ème Régiment d'Infanterie.

    (Lien vers "Island Battle")

    Mon silence depuis le 29 novembre s'expliquera par le temps qu'il m'est nécessaire à traduire et analyser ces documents et établir les relations qu'ils ont avec les conditions de la disparition de Robert C. Krieg. Nul doute que leur exploitation nous permettra d'avancer...

    [A suivre...]

  • 20.10 Robert C. Krieg: Que s'est-il passé ce 4/07/1944 ?

    C'est le 5 juillet 1945 que l'Administration américaine a pris acte de la disparition de Robert C. Krieg. Il est officiellement rapporté que la date du 4 juillet 1944 est enregistrée comme date de sa mort.  Ellen Krieg, son épouse, Edna et Charles Krieg, ses parents sont avisés par cette simple et briève phrase :

    "Circumstances of disappearance : His company launched an attack in the face of stiff enemy resistance near Carentan in Normandy, France."

    Bien évidement la froideur d'une note administrative n'est pas là pour informer mais pour prendre acte. On en sait toutefois plus grâce au schéma qui l'accompagne et qui devrait permettre de mieux connaitre ce qui s'est passé ce 4 juillet 1944 au sud de Méautis.

    DocKrieg1.jpgSur la route qui quitte Méautis par le sud, il y a un virage à angle droit sur la droite. 400m plus loin, près de ce qui devait être un grand édifice, un chemin prend sur la gauche, direction sud, vers une maison notée "Boyer's house" qui devait être la maison de Marcel Boyer, identifié par Léon Lehaye. La maison se trouvait à environ 2,4 km de l'embranchement et passé une barrière, on accède après 500 m environ à une haie plantée d'arbres. C'est derrière cette haie que Marcel Boyer découvrit, dans un trou d'obus, le corps de Robert aux côtés d'un autre corps non identifié et repèré X-194.

    Que s'est-il passé exactement ce 4 juillet 1944 ?

    Avant de poursuivre l'exploitation des documents que m'a fournis l'armée américaine, je prolonge encore mon appel à témoins et tente de préciser les circonstances de la bataille. Ce cheminement pas à pas devrait nous permettre de savoir encore mieux l'histoire de cet homme qui repose au cimetière d'Omaha Beach, Bloc H Allée 1, rang N°27

     

  • 20.9 Robert C. Krieg : IDPF...

    Robert Krieg 3.jpgLa semaine dernière, après la publication de la dernière note relative à Robert C. Krieg, j'ai eu la surprise de recevoir une grande enveloppe jaune du Département de la Défense de l'Armée Américaine. En date du 29 septembre 2010, celui-ci répondait à ma demande faite au mois de mai dernier pour m'informer que l'on avait localisé le dossier dénommé IDPF (Individual Deceaced Personnel File) qui centralise les informations connues sur ce soldat.

    Ma surprise fût encore plus intense quand je pris connaissance des éléments qui le composaient : Des courriers de l'Administration échangés avec Ellen, son épouse, des élements concernant l'identification du corps et son transfert au Cimetière Américain d'Omaha Beach, etc... et, le plus intrigant, un plan. Un plan dessiné à main levée identifiant l'endroit où est tombé Robert C. Krieg. Ces éléments permettent d'identifier un lieu, pas très éloigné des Balleries (Voir note 20.8), et suffisemment précis pour une parfaite localisation.

    Devant ces nouvelles informations, il ne m'était pas possible de les publier sans en vérifier l'exactitude et surtout sans en informer, au préalable, la famille à travers Dan Krieg, son neveu. Ces échanges sont en cours : Léon Lehaye, contacté lui aussi, semble parfaitement reconnaitre les lieux.

    Quand je serais arrivé au bout de ces échanges, après avoir bien identifié et classé l'ordre chronologique de ces divers éléments, quand Dan Krieg en aura été informé et et qu'il m'ai donné son accord pour les diffuser, nous reprendrons le cours de cette publication. Léon Lehaye me propose de déposer tout le travail effectué auprès du Conseil Municipal de Méautis qui le conservera dans ses archives. Ainsi, la mémoire du sacrifice de Robert C. Krieg serait enfin sauvegardée.

    (A suivre...)

  • 20.8 Robert C. Krieg aux Balleries

    IMG_1175_1.JPGLéon Lehay pose devant la barrière métallique qui sépare la ferme des Balleries. Derrière s'étale la zone de marais, théatre des combats et l'on aperçoit, dans le lointain, les bois de Sainteny où les allemands étaient embusqués. Aujourd'hui, c'est la végétation sauvage propre aux tourbières qui a envahi les lieux. En 1944, cette zone avait été partiellement inondée par les allemands, rendant la progression des troupes et des engins blindés casiment impossible. C'est donc ici que le 329e Régiment d'Infanterie de la 83e Division fût engagé dans la bataille du 4 juillet 1944. S'il se confirme que Robert C. Krieg faisait partie du 2ème bataillon, c'est donc près d'ici qu'il perdit la vie.

    Une fois passée la barrière, on imagine encore mieux l'enfer qui vit disparaitre 1500 hommes dans cette méme journée.

     

     

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    Au dessus des bois, à l'horizon, on peut distinguer les habitations de Sainteny. Le bourg était la cible de l'offensive du 4 juillet 1944. Il ne fût atteint par les américains que le 9 juillet : 5 jours de combats difficiles et meurtiers qui vont marquer le pays et ses habitants pour longtemps. Aujourd'hui encore, il en porte les traces : témoins les éclats d'obus ramassés par Léon et que je conserve précieusement ; témoin cette barrière de ferme fabriquée avec des métaux récupérés des pistes de fortune...

    IMG_1180_1.JPGTout est là pour se souvenir encore. Léon l'affirme : les jeunes s'impliquent encore aujourd'hui dans ce devoir de mémoire. C'est le même devoir qui m'anime aujourd'hui : ce n'est pas la dernière note consacrée à Robert C. Krieg : j'ai lancé mon appel à témoins sur Facebook et j'espère que les anciens de la Division Thunderbolt se manifesteront pour me documenter sur ces combats du 4 juillet 1944 qui enflammèrent Méautis et sa région. Surtout si quelqu'un a vêcu l'enfer auprès de Robert C. Krieg...

     

  • 20.7 Robert C. Krieg : Meautis - Le Combat

    IMG_1220.JPGLes combats fûrent engagés au sud-ouest de Méautis. C'est le 27 juin au matin que l'église fût atteinte par plusieurs obus qui détruisirent partiellement la nef, le clocher et la toiture. Mais la véritable grande offensive vers Sainteny fût lancée le 4 juillet 1944. L'Etat-major américain avait installé son camp dans le presbytère situé face à l'église et le curé qui connaissait un peu l'anglais fût très utile par les renseignements qu'il apporta. Aujourd'hui, deux plaques témoignent des évènements importants qui agitèrent le bourg. La première, sur un monument placé entre Carentan et Méautis, commémore la construction par le 840e bataillon d' Ingénieurs de l'armée de  l' air de l'aéroport (Landing Group A 17) aprés les combats entre le 16 août et le 15 septembre 1944. La seconde, sur la place du village qui porte désormais son nom, signale l'endroit où décéda Théodore Roosevelt qui commandait la 4ème Division d'Infanterie. C'est au soir du 12 juillet 1944, à l'issue d'une dure journée marquée par une forte offensive des allemands qu'une crise cardiaque le terrassa au milieu de ses hommes.

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    Mais revenons à l'offensive du 4 juillet où Robert C. Krieg fût engagé avec le 329ème Régiment. Selon Léon Lehay et la carte qu'il possède, le front américain se situait au sud de Meautis oû les 329, 330 et 331èmes Régiments de la 83ème Division étaient déployés depuis "Les Balleries" à l'ouest jusqu'à St Quentin à l'est. L'information selon laquelle Robert C. Krieg a perdu la vie près de Méautis laisse supposer qu'il appartenait au 2ème Bataillon du 329ème Régiment engagé aux Balleries.

     

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    La carte ci-contre montre le lieu exact au sud-ouest de Méautis. J'ai pu, grâce à Léon Lehay, me rendre sur les lieux. La Renault 5, bien habituée aux chemins creux, qu'elle emprunte très souvent pour aller à la chasse, cahote entre les haies, puis, après quelque virages s'immobilise devant la barrière de fer des Balleries, une ferme qui est encore aujourd'hui en exploitation. Et là, comme dans un film, la vision s'ouvre sur le théatre des combats : un vallon planté d'arbres et bordé de haies sur la droite, un ruisseau qui serpente au centre du vallon et, en bas de la colline, au sud-est, une vue dégagée vers Sainteny dont on aperçoit au loin les premières maisons. L'espace qui nous sépare de Sainteny est une large étendue plate recouverte par la végétation caractéristique des tourbières qui délimitent cette zone de marais. On imagine l'âpreté des combats sur ce terrain dégagé, difficilement pratiquable, et quadrillé de petits canaux. L'armée allemande, embusquée dans les bois autour de Sainteny, ne sera délogéeé qu'après cinq jours de combats, le 9 juillet, après la percée de Coulot, au sud de Méautis. Ma prochaine note présentera les photographies prises aux Balleries... C'est l'endroit oû Leon Lehay ramassa les débris d'obus allemand qu'il me remit.

     

    (A suivre)

  • 20.6 Robert C. Krieg : Léon Lehay raconte...

    La vieille Renault 5 que Léon Lehay utilise pour aller à la chasse nous emporte vers le sud de Carentan. La petite voiture ne craint pas les chemins défoncés qui serpentent entre les haies. Nous traversons la Départementale 903 au niveau de La Lande-Godard en direction de Méautis Léon résidait pendant le Débarquement :

    "C'est la route des Américains" dit-il en désignant cette voie qui est devenue une départementale et qui fût, après juin 44, la voie de liaison vers La Haye-du-Puits amménagée par les troupes américaines. En cheminant, ses yeux s'illuminent et il ne peut s'empêcher de traduire les images qui se bousculent dans sa tête : fermes et bâtiments incendiés, batteries en place aux carrefours... tout est parfaitement présent dans sa mémoire : Ici la ferme où périt la fille du propriétaire, ici la fontaine où le fermier découvrit, médusé, son premier soldat américain venu s'y désaltérer... Ce même homme ne fût pas moins médusé d'y voir quelques minutes plus tard un soldat allemand. Le paysage de ces prés-à-vaches, plantés de pommiers et bordés de talus de terre sur lesquels pousse une haie touffue permettent d'imaginer cette étrange bataille que se livrèrent ces hommes, souvent désorientés, et que l'on dénomma la "Bataille des Haies". C'est la 83e Division qui débarqua à Omaha Beach du 21 au 24 juin 1944 et rejoignit Carentan et Méautis où l'Etat-Major installa son camp de base, dans la cour même du Presbytère.

    IMG_1162_1.JPGLéon Lehay nous dépose devant sa maison à la sortie du bourg de Méautis au lieu-dit La Chesnaie sur la route qui se dirige vers Tribehou. Derrière la maison, il y a un petit potager séparé du champs par une de ces haies caractéristiques. Il raconte :

    "Le matin du 6 juin, vers 8 heures, j'étais avec un instituteur et quelques camarades de mon âge (14 ans) pour aller chercher notre jument, lorsque nous découvrimes un container avec un parachute tombé dans notre champs juste derrière la barrière, ce qui empêchait d'entrer. Nous avons alors découvert cinq parachutistes américains qui se cachaient dans une mare asséchée proche d'une chasse derrière la Chesnaie (Dans la région du bocage, on désigne par "chasse" les chemins creux qui dévalent ente les haies). Mon premier contact a été un sacré choc : je me suis baissé pour regarder une balise laissée par terre lorsque j'ai senti et vu une baîonnette me pointer sur le ventre ! En levant les yeux, j'ai aperçu ce grand homme tout bouchonné de noir et j'ai aussitôt levé les bras en l'air. Le chef du groupe a donné l'ordre de baisser les fusils. Il a ensuite sorti une carte de ses poches et il nous a demandé où il était. En fait, ils étaient complètement perdus. Il cherchaient à rejoindre la Barquette qu'ils prononçaient parfaitement en français L'instituteur qui avait quelques notions d'anglais, leur a dit où ils étaient et à quel endroit se trouvait la Barquette. Ils lui ont demandé où se trouvaient les allemands. L'instituteur leur a dit qu'une compagnie se trouvait à Rougeval et une autre à Pommenauque à Carentan, ce qui rendait leur passage très difficile.

    IMG_1163_1.JPGDes copains à moi de La Lande-Godard à Méautis en ont aidé certains à passé en faisant le guêt au passage des routes et ils ont rejoint Donville. Les parachutistes américains de la 101e Airborne organisèrent à Donville une véritable guerilla contre les allemands qui devinrent fous ! ces derniers firent des visites aux domiciles des civils pour fouiller les habitations en prenant à chaque fois une ou deux personnes en otage. Gare à ceux chez lesquels des munitions ou des objets américains étaient trouvés. De rage, il arrivait que les soldats allemands mettent le feu aux habitations pour faire sortir les parachutistes américains cachés.

    Le bourg de Méautis fut libéré provisoirement avant Donville le 15 juin, mais la bataille allait se poursuivre dans le village pendant plus d'un mois, les allemands tentant de contrattaquer sans cesse. Ainsi le 26 juin 1944, les soldats allemand lancèrent une offensive meurtrière sur Méautis, ce qui obligea les rescapés civils à partir de nouveau en exil (Léon Lehay fût évacué en Bretagne et ne revint sur les lieux que le 15 août 1944) !

    IMG_1160_1.JPGLe 27 juin au matin, l'église de Méautis fût atteinte par plusieurs obus qui détruisirent en partie son clocher, sa nef et sa toiture.

    Le 4 juillet 1944 les Américains lancèrent une nouvelle offensive sur le front de Méautis en direction de Sainteny, bien qu'ils fusse en progression vers La-Haye-Du-Puits. Des obus tombèrent sur Carentan et Méautis jusqu'au 18 juillet 1944."

    C'est bien sûr lors de cette offensive du 4 juillet que tomba Robert C. Krieg. Nous avons consulté avec Léon Lehay les plans de la bataille. Le 329e Régiment était engagé à deux endroits : Les 1er et 3e bataillon étaient postés près de Carentan. Le 2eme Bataillon était divisé en deux : une partie sur le flanc "est" de  la bataille vers St Quentin et une partie près de Méautis sur le flanc "Ouest", engagé près d'une ferme au lieu-dit "Les Balleries" (Sur certains plans "Les Balarias"). Selon Léon Lehay, Robert C. Krieg en faisait partie car c'est là que se trouvaient les hommes du 329e Régiment engagé sur Méautis.

    Lors d'une prochaine note, nous nous attarderons un peu sur des images de Méautis. Et puis nous nous rendrons avec Léon Lehay aux Balleries sur les traces du 329e et de Robert C. Krieg.

    (A suivre...)