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3 - Menu Mme Veuve Daudet

  • 25.3 Arthur Jacques Le Duc et les Daudet

    Buste Daudet2.JPGCe sont mes recherches sur les Daudet qui m'ont mené sur la voie d'Arthur Jacques Le Duc. Elles m'ont révélé l'existence de deux sculptures réalisées en terre cuite probablement dans les années 1882 à 1884. Sur les deux oeuvres, il m'a été possible d'autentifier la signature d'Arthur Jacques Le Duc, montrant ainsi un proche rapport de leur auteur avec la famille Daudet dans ces années là.

    La première est un buste d'Alphonse Daudet: d'une dimension voisine de 30 cm, il représente l'auteur au sommet de sa carrière littéraire. La qualité du travail de Le Duc confère à cette oeuvre, outre sa valeur artistique, une valeur documentaire certaine sur l'apparence d'Alphonse Daudet à cette période. Offert aux Daudet, ce buste resta la propriété de Julia, l'épouse d'Alphonse, qui le conserva près d'elle jusqu'à sa mort en 1841. Mais, comme on le verra plus loin, ce buste devait me réserver une autre énigme.

    Zeze3.jpgLa deuxième sculpture est un médaillon. Réalisé lui aussi dans la même matière (terre-cuite), il représente Lucien Daudet enfant. Né en 1879, 11 ans après Léon, ce deuxième fils des Daudet, fût surnommé "Tardiveau" pour son arrivée tardive. C'est probablement une oeuvre contemporaine au buste et ce portrait en médaillon de l'enfant date probablement lui-aussi de 1882 à 1884. Outre sa signature apparante, Arthur Jacques Le Duc y fait apparaitre l'autre surnom attribué par ses parents à Lucien : "Zézé" ainsi que la mention "A mon petit Ami". Curieuse analogie : C'est la même expression qu'utilisera, bien plus tard, Marcel Proust dans ses nombreuses correspondances avec Lucien Daudet dont la relation avec Proust est restée célèbre autant qu'elle fût intensément passionnelle. Ce médaillon révèle, par sa tonalité, encore une fois la proximité de A. J. Le Duc avec les Daudet. La finesse du travail et la sensibilité du sculpteur font le reste.

    J'ai communiqué ces images, avec l'accord du propriétaire des oeuvres, au Musée de l'artiste à Torigni sur Vire. Mais pour le moment, il ne m'a pas été possible d'obtenir plus amples informations sur leurs relations. Puisse cette note me permettre les contacts pour approfondir cette recherche.


    (... à suivre)

  • 3.1 Un menu de Mme Veuve Daudet

    Menu3.jpgPeu de chance que ce document, pour charmant qu'il soit, soit attribué a Madame Daudet, l'épouse d' Alphonse Daudet. En effet, c'est un menu relatif à un repas qui s'est tenu le 30 décembre 1900 dans un village dénommé Quissac à 25 km de Nimes. Ce qui pourrait l'associer à Julia Daudet est que le nom du convive qui est mentionné est celui de Madame Vve Daudet. Malheureusement, le patronyme Daudet est très présent autour de Nimes et il faudrait trouver un document attestant de sa présence à Quissac, ce jour-là, pour croire à cette possibilité. Pourtant, vous allez le découvrir, certains détails interpellent.

    Cette incertitude implique des recherches et ce document a déjà le mérite de nous faire découvrir le personnage qui se révèlera fort intéressant. Avant d'en savoir plus, si vous habitez pas très loin de Quissac, allez fouiller pour moi dans l'état civil de la Mairie pour voir si un évènement a pu justifier un repas le 30 décembre 1900, repas qui concernerait une Mme Veuve Daudet.

    LE MENU

    Menu2.jpgIl s'agit d'un petit carton plié en portefeuille, de 12 cm de haut et 9 cm de large, qui porte sur son verso la mention "Madame Vve Daudet". Il est accompagné d'un petit carton rectangulaire où le nom de Madame Daudet est reproduit dans un décor de fleur destiné probablement à la place du convive dans le plan de table.

    Le menu est simple, toutefois, la présence de Champagne laisse à penser à un repas de fête :

    Hors d'Oeuvre - Bouchées truffées - Civet de Lièvre - Veau aux champignons - Petits pois - Poulets rôtis - Desserts variés - Vins : Bordeaux - Champagne

    Ce menu est quelque peu "rustique" et peu conforme aux menus habituellement dispensés chez les Daudet mais il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas chez elle. toutefois, au delà de ces éléments, c'est la partie recto qui interpelle. Elle figure un charmant dessin comme on savait les représenter en 1900 et que nous examinerons dans une autre note.

    menu5.jpgQuand à la présence de Julia Daudet à Nimes, ville natale de son époux, j'y ai bien repèré sa trace en 1900. Veuve depuis 1897, elle y est venu en avril, accompagnée de ses fils, Léon et Lucien, et de sa fille Edmée. Ensemble, ils assistèrent le 7 avril à l'inauguration du Monument Alphonse Daudet, sculpté par Falguière. Cette venue est consignée dans un procès-verbal du Conseil Municipal que je produis ci-contre. Noter que cette inauguration devait causer localement quelques remous dûs à la présence de Léon Daudet, proche de Drumont et de Charles Maurras, sur un fond d'affaire Dreyfus encore présente. Je n'ai pas trouvé d'autres traces de passage de Julia. M. Georges Mathon (Nemausensis) m'a obligeamment aidé dans mes recherches en me spécifiant qu'il avait peu d'informations sur les séjours de Julia dans Nimes et ses environs. Son fils, Lucien, écrira toutefois un petit chapitre sur sa mère (6 pages) dans un livre "Vie d'Alphonse Daudet" édité chez Gallimard en 1941. Il reste évasif, une seule allusion sur un voyage de Julia après la mort d'Alphons, "dans le Midi de la France".

     

     

  • 3.2 Julia Daudet et les fleurs

    Menu1.jpgLe recto du menu représente une femme occupée à arroser ses rosiers. Or Julia Daudet était réputée pour sa passion des jardins et des fleurs et en particulier, celle des roses. Les écrits sur Julia Daudet rapportent qu'elle les cultivait elle-même, qu'elle en décorait ses demeures, qu'elle en offrait à ses hôtes... qu'elle allait jusqu'à illustrer ses menus en train de cultiver son jardin. Le fait qu'une jeune et belle jeune femme orne ce menu (Julia a quand même 56 ans en 1900...) n'est pas une preuve en soit. Mais on a envie d'y croire...

    Peu importe les incertitudes, mes recherches m'auront permis de découvrir sa vision des fleurs et cette passion qu'elle partage avec Edmond de Goncourt et Octave Mirbeau. Je ne résiste pas à faire figurer ici ces quelques lignes extraites de "Souvenirs autour d'un groupe litteraire" édité à Paris (Bibliothèque Charpentier, 1910). Julia quitte Edmond de Goncourt et traverse son jardin d'Auteuil :

    "Il faut partir ; nous traversons le jardin abîmé par cet abominable hiver, découronné de ses arbustes les plus précieux et des rosiers grimpants, qui du pied de l'escalier, garni de lierre, montaient jusqu'à l'étage avec une profusion de fleurs jaunes, rose-thé, aurore, que Pélagie coupait avec un grand sécateur à manche, les jours de visite ; un magnolia grandiflore à parfum de citron complétait le bouquet. Celui que j'emporte est tout rose : chèvrefeuille, pivoines en boutons, acacia double ; et c'est pendant qu'il s'effeuille sur mon bureau que j'écris ces lignes".

     

  • 3.3 Julia Daudet et Alexandrine Zola

    Daudetrenoir.jpgJulia Daudet, que l'on peut voir ci-contre représentée par son portrait peint par Renoir, a une enfance et une éducation bourgeoise dans un milieu où le goût de l'écriture est répandu. Dès l'âge de 17 ans elle publie des poèmes sous le pseudonyme de Maguerite Tournay. Elle utilisa un autre pseudonyme plus masculin, Karl Stern, pour écrire des chroniques littéraires dans de nombreuses revues. C'est en Janvier 1867 que Julia Allard devint Julia Daudet en épousant Alphonse à l'âge de 23 ans. Elle joua auprès de lui un rôle important dans son oeuvre. Inspiratrice, conseillère et même plus : "Pas une page, écrit Daudet, qu'elle n'ait revue ou retouchée". Certains prétendent même qu'il faille lui attribuer de nombreuses pages de l'oeuvre de Daudet. Elle se fit une grande réputation en réunissant dans ses salons successifs les plus grands écrivains du XIXè siècle comme les Goncourt,Maupassant,Flaubert,Zola,Barbey d'Aurevilly,Tourgueniev, etc... membre du jury Femina et chevallier de la Légion d'honneur, elle décéda en 1940 à l'âge de 96 ans.

    Nous nous attarderons, menu oblige, sur les relations que cette femme entretenait avec Alexandrine Zola et Marguerite Charpentier. Les couples se connaissent depuis 1867 où ils se reçoivent régulièrement. Il va rapidement s'établir une amicale rivalité culinaire qui s'attisera d'année en année. Alexandrine n'est pas la dernière, proposant des menus extravagants où l'on étonne ses convives tel que le raconte Edmond de Goncourt dans son Journal (Tome II - 9 mars 1888) :

     "... un potage de blé vert, des langues de rennes de Laponie, des surmulets à la provençale, une pintade truffée. Un diner de gourmets assaisonné d'une originale conversation sur les choses de la gueule et l'imagination de l'estomac, au bout de laquelle Tourgueniev prend l'engagement de nous faire manger des doubles bécassines de Russie, le premier gibier du monde."

     Au cous de ces repas, les hommes ne vont pas être toujours très tendres avec les hotesses. Evelyne Bloch-Dano, dans son livre remarquable "Madame Zola" (Grasset-Fasquelle, 1997) rapporte que Goncourt, malade du foie, est la terreur de ses dames. Elle ajoute plus loin :

     "Une autre fois, à Paris où l'on pend la crémaillère de la rue de Boulogne, ce seront des gelinottes, que Daudet compare avec tact à de la chair de vieille courtisane marinée dans un bidet. Alexandrine a dû apprécier le compliment ! Il est vrai qu'on a beaucoup bu et que Flaubert, un peu poussé de nourriture, un peu soûl, débite avec accompagnement de m... et de f... toute la série de ses lapalissades féroces et truculents contre le bôrgeois...", sous l'oeil stupéfait et déçu de Julia Daudet !"

    Jalousies, rivalités ... celà finira mal. Marguerite Charpentier et Julia Daudet, qui tiennent salons, feront plus ou moins ressentir à Alexandrine son manque d'éducation et ses origines modestes. Emotive, Alexandrine ira jusqu'à chasser de chez elle Marguerite en 1889, avant de se réconcillier ensuite. Avec Julia et Alphonse Daudet, c'est l'affaire Dreyfus qui sépara les couples. Les sentiments anti-dreyfusards des Daudet, les prises de positions du fils Léon Daudet, proche de Drumont et futur rédacteur de l'Action Française vont refroidir les liens entrenus avec les Zola.