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auteuil

  • 14.2 Goncourt et son jardin

     la maison d'Auteuil.jpgFinalement, les pages que je préfère sont celles que Goncourt écrit quand il n'a pas envie de travailler. Il y fait taire ses rancoeurs, il assêche ses ragots pour laisser place à des petites merveilles littéraires. Ce sont de véritables "pilules" de poèsie que l'on lit, puis relit sans lassitude. J'admire ces auteurs qui écrivent comme ils peignent. A un point tel que, une fois le texte lu, ils laissent, dans notre imaginaire, la toile bariolée des couleurs qu'ils ont appliquées. Parfois même, ces images s'animent et se sonorisent dans un cinéma où les textes se drapent dans de curieux court-métrages. Ceux de Goncourt, dans ce cas, ne sont jamais longs. Tout au plus, une dizaines de lignes suffisantes à peindre l'instant. Un instant de plaisir. Allez-va... C'est si court que je ne résiste pas à vous en présenter deux :

    Le vendredi 19 avril 1889. C'est le printemps à Auteuil. Un de ces instants où il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de vous. Voici comment le vivra Edmond de Goncourt qui, ce jour-là, n'écrira que ces lignes dans son Journal :

    "Je voulais travailler aujourd'hui, mais les roulades des oiseaux, la nage folle des poissons sortant de leur léthargie de l'hiver, le bruissement des insectes, l'étoilement du gazon par les blanches marguerites, le vert pointant dans le haut des pousses pourprées des pivoines, le vernissage des jacinthes et des anémones par le soleil, le bleu tendre du ciel, la joie de l'air d'un premier jour de printemps m'on fait paresseux et habitant de mon jardin toute la journée."

    soir.jpgUn peu plus tard, le samedi 25 mai de la même année, c'est l'orage qui gronde et, là encore, il ne couchera que ces quelques lignes sur sa page :

    "Cet après midi, il tonne. Le ciel est violacé et comme renfermant les lueurs d'un incendie lointain ; et sur le mur de lierre d'en face et sur la paleur effacée des fleurs de la jardinière de la fenêtre de l'escalier, c'est la lumière d'un crépuscule rose, la lumière que je vois éclairer les choses dans mes rêves, une lumière que, si j'étais peintre, je voudrais mettre derrière deux amoureux marchant dans la campagne."