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balzac

  • 17.3 Elie Berthet : un trait de "désunion" entre Balzac et Zola ?

    Elie Berthet, Balzac et Zola ont un dénominateur commun : leur fonction au sein de la Société des Gens de Lettres. Trop jeune en 1850 (à peine onze ans à la mort de Balzac), Zola n'a pas rencontré l'auteur de la Comédie humaine. Ce n'est pas le cas d'Elie Berthet qui, né en 1815, a parfaitement connu Balzac et Zola, qu'il a cotoyés, l'un comme l'autre, à la SGDL à des époques différentes. On peut donc considérer Elie Berthet comme un trait d'union entre les deux hommes. Trait d'union certes dans la chronologie de leur vie, mais trait de "désunion" si l'on considère les possibles rapports que Berthet eut avec les deux écrivains... Il n'en fallait pas moins pour que ma curiosité soit captivée par le sujet. Aussitôt, j'ai dressé la liste d'au moins quatre questions que je soumets maintenant aux lecteurs de ces lignes :

    1) Quels rôles exacts furent tenus par Balzac et Berthet dans la fondation de la SGDL ?

    2) Quels rapports documentés peut-on évoquer à propos de Balzac et de Berthet ?

    3) Quels rapports documentés peut-on évoquer à propos de Berthet et de Zola ?

    4) Le roman "Les houilleurs de Polignies" d'Elie Berthet a-t-il influencé le "Germinal" de Zola ?

    Au bout de ces quatre questions il y a une partie de la réponse à une cinquième question :

    5) Comment un homme comme Elie Berthet dont la riche littérature était connue dans son siècle, a-t-il été "oublié" au XXe siècle ? Hd'H se propose dans ses notes d'y répondre puis d'apporter enfin à sa mémoire l'éclat qu'elle mérite.

    Je tiens de la propre arrière-arrière petite fille d'Elie Berthet, un certain nombre de propos de famille sur l'écrivain. Il y est notemment rapporté son rôle majeur dans la création de la SGDL et une relation souvent distante avec Balzac et Zola. Merci à toute personne susceptible de me lire, et qui possède réponse, de me documenter sur le sujet.

    J'ai trouvé chez Eugène de Mirecourt, dont nous avons déjà évoqué l'ouvrage sur Berthet dans une précédente note, l'anecdote suivante :

    A l'époque où il était secrétaire de Desnoyers [ Directeur du "Siècle"], il voyait souvent Balzac. Celui-ci semblait le remarquer à peine et ne lui adressait jamais la parole. Un jour Elie rencontre dans la rue l'illustre père d'Eugénie Grandet. Balzac venait de porter de la copie chez l'imprimeur. Il était fort mécontent de n'avoir pas trouvé là Desnoyers, qui seul pouvait lui ouvrir les portes de la caisse. Apercevant son jeune secrétaire [Berthet] , il vint à lui , le chapeau sur la tête, et, lui touchant l'épaule de l'index :

    —Ah ! fit-il, vous direz à Desnoyers que j'ai remis la copie au journal.

    Puis il tourna les talons et disparut.

    Berthet s'acquitta, le soir même, de la commission. Desnoyers lui répondit :

    Je ne l'oublierai pas , il me l'a déjà fait dire par trois personnes.

    A quelques mois de là , Berthet rencontre Balzac précisément à la méme place. Gardant son chapeau sur la tête, il va droit à l'auteur du Lys dans la vallée , et reproduisant avec scrupule sa pantomime :

    — Ah ! fit-il, en lui touchant l'épaule de l'index, vous le lui aviez déjà fait dire par trois personnes !

    Balzac resta tout ahuri de cette leçon de politesse.

    zolachambre.jpg En attendant d'autres documents, je tiens déjà à souligner cette étrange coïncidence : les circonstances de la mort tragique de Zola ont étées décrites par Elie Berthet dans les  "Houilleurs-de-Polignies"-! Curieuses circonstances lues par Emile Zola en 1866, 36 ans avant son décès... La mort de Zola, encore mystérieuse, a été souvent relatée. Mais je pense encore que c'est-Henri Mitterand qui en fait la plus pudique évocation dans le tome III de sa biographie de Zola ("L'Honneur"-Fayard 2002). Il y rapporte les propos d'Alexandrine Zola qui, restée en hauteur sur le lit, a pu survivre au monoxyde de carbone accumulé au point bas de l'estrade où se situait le lit du couple (Voir photo ci-contre). Il n'en fût pas de même pour Zola "resté étendu au pied du lit". Sans le savoir, en lisant Berthet en 1866, Zola découvrait, ce jour là, le mal qui allait le détruire en 1902 :

    "Le grisou, en effet, avait disparu à la suite de l'explosion, mais il s'était formé de l'acide carbonique. Ce gaz non moins redoutable que le premier, étant, comme on sait, plus lourd que l'air, s'accumulait sur le sol de la mine. La flamme de la lampe, au lieu de s'allonger et de prendre des teintes bleues, comme dans l'hydrogène carboné, pâlissait maintenant et menaçait de s'éteindre. Ce signe alarmant aurait dû avertir les jeunes filles du danger de rester ainsi agenouillées ; mais elles en ignoraient l'importance."

    (A suivre...)

     

     

     

  • 17.1 Emile Zola et Elie Berthet

    berthet.bmp.jpgAu hasard des discussions échangées avec une amie très proche, j'ai appris, avec surprise et non sans ravissement, qu'elle était l'arrière petite fille de Bertrand Elie Berthet. Cet écrivain, romancier du XIXe siècle, est plus connu sous le nom d'Elie Berthet, ayant "perdu" son véritable prénom de Bertrand que l'usage de celui d'Elie a fait oublier. Elie Berthet fait partie aussi de ces étranges oubliés de l'histoire que je me plais à réhabiliter dans Hd'H, tant l'abondance et la qualité de l'oeuvre méritent une forte mise en lumière. Solange, si tu me lis... je te remercie vivement de m'avoir permis la découverte de cet homme qui devrait occuper plusieurs pages d'Hd'H dans les prochaines semaines.

    "Feuilletoniste". C'est comme celà que l'on désignait ces écrivains qui déroulaient les intrigues de leurs romans au fil des publications régulières des journaux. Élie Berthet (1815-1891), est un infatigable feuilletoniste et romancier né à Limoges. Il est porté au rang des romanciers à succès populaire qui se firent connaitre, tant en France qu’en Europe et ses œuvres ont été traduites dans près d’une dizaine de langues -. Avec "Paris avant l’histoire", publié en 1885, Élie Berthet apparaît comme l’auteur du premier véritable roman préhistorique de la littérature. Mon intérêt fût encore plus vif quand je découvris ses liens avec Emile Zola. Berthet avait 25 ans à la naissance de Zola et ce dernier découvrit ses oeuvres quand il travaillait chez "Hachette et Cie" où ses fonctions de Chef de Publicité lui faisait animer "Le Bulletin du Libraire et de l'Amateur de Livres" que cette importante maison d'édition adressait à la profession. Zola quitta Hachette en 1866 pour "vivre de sa plume"; l'année même où Hachette publia le livre d'Elie Berthet "Les houilleurs de Polignies", première grand fresque qui se déroule dans le monde de la mine oû Berthet décrit la vie âpre et difficile des "borains". Zola écrira Germinal vingt ans plus tard et on retrouva le livre de Berthet, abondemment annoté par Zola, dans l'important dossier préparatif que l'écrivain constitua avant l'écriture de Germinal. Nous reviendrons, au fil de ces lignes, sur Berthet "inspirateur" de Zola. Plus tard Zola et Berthet furent "collègues" au sein du comité de la "Socièté des Gens de Lettres" et ce jusqu'à la mort d'Elie Berthet en février 1891, quelques mois à peine avant que Zola en prenne la présidence (voir notes sur "Le Balzac de Rodin"). Zola, à plusieurs reprises, devait lui rendre hommage : en particulier le 25 octobre 1891 lors de l'inauguration du buste d'Emmanuel Gonzalès, aussi fondateur de la SGDL,  Il s'y exprime en ces termes :

    "Je me risquerai, messieurs, à un souvenir personnel. J’avais quatorze ans, et c’était pendant le choléra de 1854, au fond d’un bastidon perdu de la Provence, où ma famille s’était réfugiée. Là, pendant les trois mois de ces vacances forcées, j’ai dévoré tout un cabinet de lecture, que ma grand-mère, femme courageuse, allait me chercher à la ville, par paquets de quinze et vingt volumes. Tous les grands conteurs, les Dumas, les Eugène Sue, les Féval, les Elie Berthet, y passèrent."

    Mais Zola ne fût pas toujours aussi tendre et reconnaissant envers Elie Berthet. Notemment en 1878, au moment où il publie, dans "Le messager de l'Europe", une étude sur les caractères du roman français comtemporain. Il y met au sommet ceux qu'il désigne comme "les princes du roman" que sont Flaubert, Daudet et Goncourt, dignes "descendants de Balzac" et tout en bas "les bacleurs de feuilletons" où il range Elie Berthet aux côtés de Paul Féval, de du Boisgobey, de Xavier de Montépin, etc...

    "On les compte par douzaines [...]. Des charretées de vieux bouquins, de plus en plus illisibles, qui finiront dans les greniers rongés par les rats."

    Pas tendre ce Zola que le succès encore récent de l'"Assommoir" rend peut-être un peu trôp exigeant...!

    Dans les pages qui viennent, je vous proposerai de voir plus clair dans le personnage d"Elie Berthet et de rechercher plus particulièrement l'étendue de la dette - si dette il y a - que Zola doit à Berthet. (A suivre...)

     

  • 16.1 A propos de Gustave Geffroy

    180px-Gustave_Geffroy.jpgA musarder comme je le fais dans cette fin du XIXe siècle, on rencontre immanquablement Gustave Geffroy. Cet homme était le critique d'art le plus renommé de cette fin de siècle et qui alliait la justesse de son jugement à la qualité de ses travaux d'historien et de ses talents de romancier. Il fût donc un passage obligé pour tout artiste. On le rencontre dans le Grenier des Goncourt, en visite à Champrosay chez les Daudet, consulté par Zola, rencontrant Claude Monet à Belle-Ile et se liant à Georges Clémenceau pour qui il collabore au journal "La Justice" au 10, Faubourg Montmartre. La petite histoire retiendra aussi qu'il fût l'un des dix fondateurs de l'Académie Goncourt et que son amitié avec Georges Clémenceau le portera à la tête de la Manufactures des Gobelins jusqu'à sa mort en 1926.

    Ce rayonnement est, pour moi, largement suffisant pour faire de cet homme un phare éclairant l'art de son temps. Mais il est plus encore, car il fût l'homme qui, avec Vollard, reconnut chez Paul Cézanne les talents novateurs du grand peintre. Alors que celui-ci était malmenné par toute une presse, il fût l'un des rares à le soutenir. Dans une lettre datée du 26 mars 1894, Cézanne le remerciera chaleureusement :

    "Monsieur, J'ai lu hier la longue étude que vous avez consacré à mettre en lumière les tentatives que j'ai faites en peinture. Je voulais vous en témoigner ma reconnaissance pour la sympathie que j'ai rencontré en vous." Signé : Paul Cézanne

    Cezgef.jpgEn 1896, Cézanne fera le portrait de Gustave Geffroy à la demande de Cézanne lui-même qui espèrait, en faisant celà, exposer le tableau au Salon de Bouguereau et s'attirer les faveurs du Jury du Salon de la Société des Artistes Français. Plus tard encore, c'est Geffroy qui en 1898 va entrainer Cézanne dans la souscription au "Balzac de Rodin" (Voir mes notes à ce sujet). Bien qu'anti-Dreyfusard, Cézanne va répondre à la demande de Geffroy et souscrire pour 40 francs et témoigner ainsi de l'admiration qu'il avait pour Balzac et pour Rodin.

    Aussi, il y avait beaucoup de raisons affectives pour que je puisse porter un intérêt aux écrits du personnage et je me suis récemment porté acquéreur d'une lettre de Gustave Geffroy. Cette lettre fera l'objet d'une Histoire d'Histoire dans une prochaine note.

    (A suivre...)

  • 12.1 Histoire des haines d'écrivains

    haines.jpgUne fois n'est pas coutume, je ne vous parlerai pas d'un objet récemment chiné et laisse à plus tard mes commentaires promis sur Jules Claretie. Si je déroge un peu à la règle, c'est pour évoquer un livre dont je viens d'achever la lecture et qu'il m'est impossible de ne pas vous recommander. Ce livre, édité chez Flammarion en ce début d'année, est un passage obligé pour tous les passionnés de la littérature du XIXe siècle. Intitulé "Une histoire des haines d'écrivains", les auteurs, Anne Boquel et Etienne Kern, nous donnent une image toute nouvelle du monde de la littérature et de ses travers. Le sous-titre "De Chateaubriand à Proust" montre l'étendue du ravage : les haines, bien sûr, mais aussi les amours et les jalousies qui y sont présentés nous rapprochent quelque peu de ces hommes et de ces femmes trop souvent idéalisés par la rigueur des programmes scolaires.

    Hugo, Vigny, Musset, Sainte-Beuve s'y disputent les femmes et les honneurs. On y voit comment leurs plus belles pages ont souvent été inspirées par ces rivalités et ces compétitions. Un seul objectif : atteindre honneurs et gloire ou pour, simplement se maintenir à la une d'une presse qui commence à faire la loi et conditionne le tirage des livres. Flaubert, Lamartine, Balzac, bien d'autres y sont évoqués. C'est parce qu'ils sont de grands manipulateurs de mots qu'ils vont mettre leur talent à l'épreuve pour aiguiser leur phrases en pointes de flèches, et transposer proses ou rimes en duels de fleurets pas toujours mouchetés. La course au fauteuil d'académie, les engagements politiques, les querelles de suprématie littéraire ou tout simplement l'accès à la richesse pour certains ou la simple subsistance pour d'autres seront autant de raisons de discorde. Le résultat obtenu sous les plumes de Anne Boquel et Etienne Kern est un vrai feu d'artifice et je suis prêt à parier que, après avoir lu ce livre, vous aurez une autre vision de ces écrivains, une meilleure connaissance des pratiques littéraires de ce siècle. Quand je vous aurai enfin révèlé que les auteurs de ce livre, qu'ils dédient à leurs parents, n'ont que 25 ans, on a bien envie de veiller, dès à présent, sur leurs prochaines publications...   Attention toutefois : anciens élèves de l'Ecole Normale Supérieure, ils sont agrégés de lettres et enseignent respectivement à Paris IV et à Paris X (Nanterre).

    Comme le dit si bien la 2ème de couverture :

    Ne boudons pas notre plaisir...

    Courrez vite chez votre libraire...

     

     

     

  • 11.9 Balzac et Rodin : L'improbable rencontre

    L'histoire du Balzac de Rodin n'est pas terminée aujourd'hui. La statue qui est aujoud'hui érigée à Vavin, à l'angle du Boulevard Raspail, n'était pas conçue par l'artiste pour être présentée en ce lieu. La commande originale faite à Rodin par la SGDL prévoyait, en 1891, son érection au milieu de la place du Palais-Royal. Ses dimensions ont longuement été étudiées par Rodin lui-même pour qu'elle puisse s'inscrire dans les perpectives de la prestigieuse place. Au lieu de celà, les arbres qui ont grandi à Vavin ont étouffé le "Bronze n°1"...

    maison-balzac.jpgAujourd'hui, j'ai eu la surprise de découvrir l'existence de l'Association Rodin chez Balzac qui milite pour le déplacement de la statue vers un emplacement plus digne d'elle : LA MAISON DE BALZAC. Plus encore : le projet d'un film sur la statue est sur le point d'aboutir. Le film qui devrait sortir au premier trimestre de 2010 s'appellera "L'improbable rencontre". Il racontera, mieux que je n'ai pu le faire ici, l'histoire de la statue. Ma rencontre avec Laurent Canches, co-scénariste et réalisateur du film, n'a fait que me renforcer dans ma conviction : il faut apporter son aide à  ces projets. Vous trouverez, ci-après, extraits du site de l'association Rodin chez Balzac (ci-contre), les détails du film. Mais, dès à présent, si vous souhaitez souscrire pour un minimum de 10 euros pour aider ces projets vous pouvez le faire en vous recommandant d'Histoires d'Histoire et en adressant votre chèque à :

    Association Rodin chez Balzac - 51 Boulevard de la Chapelle - 75010 PARIS

    Ne pas oublier de joindre vos nom, prénom, adresse, email, fonction.

    Pour vous remercier de votre souscription dont le souvenir sera répertorié à la MAISON DE BALZAC, vous serez invité à l'Avant-Première du film et vous en recevrez le DVD.

    Le film

    L’improbable rencontre raconte l’histoire passée et présente d’une statue, le Balzac de Rodin.

    Fiche artistique :

    Le film est incarné par la comédienne NINON BRETECHER

    La voix de Rodin sera dite par le comédien JACQUES BONNAFFE

    La voix de Balzac sera dite par le comédien MARC BARBE

    La musique est composée par JEAN-CHRISTOPHE DESNOUX

    Les costumes de Ninon sont de JUDITH HUSCH

    Images : JEAN-MARC FABRE

    Production : DENIS KRALJ et JEAN-MARC FABRE

    Scénario écrit avec MICHEL ELLENBERGER

    Scénario, Montage et Réalisation : LAURENT CANCHES

     

    Tous les TOURNAGES en FRANCE sont terminés

    balzacrodin.jpgLes images des bronzes de Hakone (JAPON); Melbourne (AUSTRALIE); Paris FRANCE),Anvers (BELGIQUE), Eindhoven (HOLLANDE) New York, Los Angeles (photo ci-contre) , Pasadena (ETATS-UNIS) Prague (TCHEQUIE), et celui de la COLLECTION PRIVEE sont aussi tournées….

    Reste à tourner et à trouver des images des derniers bronzes, dont ceux de Caracas. En cours de réalisation.
    En attente, celui de WASHINGTON…

    RESUME

    Le film se déroule sur les lieux mêmes de cette histoire et montre aussi le rayonnement international de cette œuvre hors du commun (Caracas, Japon, Etats-Unis, Australie, Paris, …).

    Une jeune Française découvre deux bronzes de cette statue à Caracas et au Japon. Elle est étonnée d’apprendre que Rodin a refusé jusqu’à sa mort de livrer sa statue (tirage en bronze), après le scandale provoqué par sa première présentation publique à Paris (1898).

    Émue, curieuse, la jeune femme part dans une véritable enquête sur les traces de cette histoire mouvementée, véritable feuilleton à rebondissements. En fait, tout commence avec la mort de Balzac (1850), qui lance un défi à tous les sculpteurs à venir.

    Après deux tentatives qui ont échoué pour faire une statue de Balzac, c’est alors comme si Balzac (qui n’a jamais rencontré Rodin) poursuivait, le sculpteur comme une mauvaise pensée pendant ses sept années de travail obsessionnel.

    Nous entendons le dialogue imaginaire entre ces deux grands artistes français sur les lieux mêmes où la jeune femme mène l’enquête et où Rodin a « traqué » Balzac.

    Le film donne ainsi un portrait de Rodin au travail et il révèle aussi un portrait contrasté de Balzac.

    Et après avoir découvert tous les obstacles opposés à Rodin et les scandales suscités par cette statue, la jeune femme nous conte l’étrange épilogue des treize bronzes du Balzac dont seulement douze sont visibles. Un épisode digne de l’auteur de la Comédie Humaine, qui écrivit L’Histoire des Treize … (Fin de citation du site).

    Rodin disait - et Laurent Canches termine son film avec cette phrase de Rodin sur son Balzac, texte dit par Ninon Bretecher :

    "Qu'importe, le Balzac se fraiera par force ou par persuasion une voie vers les esprits"

    Votre aide permettra, peut-être, à concrêtiser la prédiction de Rodin.

     

     

  • 11.8 Le Balzac de Rodin : vers une reconnaissance ?

    Rodin Steinchen.jpgL'Histoire nous montre qu'à chaque grande querelle artistique, souvent alimentée par une influence politique - et surtout dans ces circonstances -, l'artiste qui en est la victime en ressort, à la fin, grandi. Un peu comme si les méandres des "affaires" seraient dissipées par la reconnaissance sans frontière de la réalité novatrice de l'artiste. La publication de la note du Comité de la SGDL sera le point de départ de la réaction de nombreuses personnalités qui, dans la foulée de Mathias Morhardt, vont élever une farouche protestation et soutenir Rodin.

    "Les amis et les admirateurs de Rodin, considèrent que l'ordre du jour voté par le Comité de la Société des Gens de Lettres est sans importance au point de vue artistique, encourageant de toute leur sympathie l'artiste à mener à bonne fin son oeuvre sans s'arrêter aux circonstances actuelles et expriment l'espoir que, dans un pays noble et raffiné comme la France, il ne cessera d'être, de la part du public, l'objet des égards et du respect auxquels lui donnent droit sa haute probité et son admirable carrière."

    Cette circulaire de protestation, qui porte les signatures des proches de Rodin, va déclancher, comme le rapporte Judith Cladel (Rodin,  Sa vie glorieuse, sa vie inconnue - Grasset, 1936), un feu d'artifices d'adhésions. Cette liste, non limitative, mérite énumération : Toulouse-Lautrec, Albert Besnard, Vincent d'Indy, Paul Adam, Henry Becque, Paul Signac, Maximilien Luce, Catulle Mendés, Courteline, Paul Fort, Alfred Valette, Aristide Maillol, Bourdelle, Georges Clemenceau, Henry Cros, Lucien Guitry, Claude Debussy, Camille Mauclair, Jules Renard, André Berthelot, Claude Monet, Alfred Bruneau, Mme J.-B. Carpeaux, Lugné-Poë, Georges Rodenbach, J.-E. Blanche, Constantin Meunier, Jules Desbois, J.-P. Toulet, Jean Moréas, Henry de Régnier, Frantz Jourdain, Séverine, Pierre Louys, Anatole France, etc...

    Tout celà dans la tourmente de l'affaire Dreyfus qui ne va pas manquer d'interférer comme elle interfèrera dans tout ce qui agite cette fin de siècle. Il ne faut pas être surpris de n'y pas trouver le nom de Zola qui vient d'être condamné et qui est contraint à l'éxil en Angleterre. Altercations, insultes, duels mêmes, viennent troubler cette période que Rodin se garde bien d'envenimer :

    "Comment voulez vous que j'ajoute encore aux difficultés que j'éprouve ? La lutte pour la sculpture prend tout mon temps et toutes mes forces. Et je n'arrive pas à triompher !..."

    Bien que volontairement en dehors des problèmes, Rodin va s'y trouver mêlé. Tous les souscripteurs sont dreyfusards. Certains comme Francis de Pressencé demandèrent que l'on ajoute à la liste des anti-dreyfusards comme Forain ou Rochefort qui refusèrent. Comme celà opportunait Rodin, on vit, au contraire, des défenseurs de Dreyfus comme Georges Clemenceau se fâcher et déclarer à Morhardt :

    "Mon cher Confrère, M. Rodin ayant exprimé à un des rédacteurs de l'Aurore sa crainte de voir un trop grand nombre d'amis de Zola souscrire pour la statue de Balzac, je vous prie de retirer mon nom de la liste qui est entre vos mains."

    Irrité par tout ce tapage, Rodin prit la décision de conserver sa statue, de ne la livrer à personne : elle allait devoir finir ses jours au fond de son jardin de Meudon.

    Nous devons à un jeune photographe américain, Edward Steichen, la reconnaissance de l'avoir ressortie de l'oubli. Comme le feront plus tard ces jeunes étudiants américains qui sauvèrent l'atelier de Paul Cézanne de la destruction, Edward Steichen, par ses clichés volés à la fantasmagorie de la nuit, prit l'image (ci-dessus) de la statue qui fit le tour du monde avec sa publication dans la prestigieuse revue de l'époque "Camera Work".

    bazfalc.jpgIl fallut attendre le 23 novembre 1902 pour témoigner à Rodin la reconnaissance. Curieusement ce fût lors de l'inauguration du Balzac de Falguière (ci-contre) qui fut choisi comme remplaçant de Rodin par la SGDL. C'est Abel Hermant, alors président de la SGDL qui eut ces paroles :

    "L'oeuvre que vous avez devant les yeux (il parle de celle de Falguière alors décédé) est trop forte pour que je craigne d'évoquer ici des souvenirs concurrents ; le nom de Falguière est trop grand pour que je craigne de lui porter ombrage en prononçant le grand nom de Rodin, c'est mon devoir ; Falguière, s'il m'écoutait, ne me pardonnerait pas d'y manquer. J'aurais beau me taire, votre mémoire serait fidèle et réparerait mon omission ; car, même en regard du Balzac vivant, tangible, qui est ici, le fantôme de l'autre persiste, plane, obsédant et inoubliable."

    Judith Cladel, qui rapporte ces propos, ajoute qu'à cet instant, la foule se leva, se tourna vers Rodin pour "une longue et délirante ovation".

    L'hommage mérité à Rodin me rappelle une scène presque semblable. Celle que vivra Cézanne, au seuil de sa mort en 1906. Il assiste à Aix, assis sur un banc du dernier rang, à l'inauguration d'un buste de Zola réalisé par Solari. Cézanne, seul, pleure son amitié stupidement perdue depuis 1885. Et là, il n'y aura personne pour l'en consoler.

    Le Balzac de Rodin attendra 1936. C'est encore Morhardt, l'ami de toujours, qui, à la tête d'un autre Comité, va réussir à faire installer la statue à Vavin, au carrefour du Bd Raspail et du boulevard Montparnasse, là où elle est encore aujourd'hui. C'est Maillol et Despiau qui dévoilèrent la statue et c'est le sculpteur Wlérick qui prononça ces quelques mots :

    "Quel n'était pas le pouvoir de cet homme qui, déjà avait révolutionné la sculpture et qui, à soixante ans, remis tout en question avec cette statue belle autant que les plus belles !

    On peut penser que l'histoire est terminée. Détrompez-vous, j'ai encore quelque chose à vous dire... (à suivre...)