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berthet

  • 18.1 Zola "fin-de-siècle" : L'Oeuvre

    Numériser0001.jpgLa lecture d'un livre trouvé chez ALAPAGE au rayon "Philosophie", a conforté en moi l'opinion que je n'osais avancer devant les avis éclairés habituellement exprimés par beaucoup d'experts. Il s'agit d'un essais admirable que Marie-Claire Bancquart  publia en 1980 et qui fût réédité en 2002 aux Editions de la Différence. Dans ce livre intitulé Paris "fin-de-siècle" , l'auteur déroule un travail remarquable autour d'une analyse poussée de l'oeuvre des écrivains de la fin du XIXe siècle et de leurs personnages. Ils vivent dans ce Paris d'après les grands travaux hausmanniens, celui d'après la guerre de 1870 et de la Commune qui suivra en 1871. On a senti, dans la note précédente, l'impact de ces évènements sur l'écriture des oeuvres homologues de Berthet et Zola : le livre de Marie-Claire Bancquart en apporte l'éclairage nécessaire. J'y ai trouvé l'une des plus pertinentes analyses de L'OEuvre et que je voudrais vous faire partager sur HD'H.

    Je suis décidément très las de lire ou d'entendre que Zola et Cézanne se soient fâchés à la suite de la publication par Zola de son roman L'OEuvre en 1886. Les plus proches de Cézanne ont dit et répété que Cézanne s'était reconnu dans Claude Lantier, le peintre "maudit" de L'OEuvre et que la peine et l'amertume qui en ont découlé ont été à l'origine de la facherie radicale entre les deux hommes. Je suis franchement désolé que l'on ait retenu de l'OEuvre que cet évènement, même si celui-ci est charnière dans la carrière des deux artistes.

    Or la dernière lettre que Cézanne adressa à Zola depuis Gardanne le 4 avril 1886 n'est pas une lettre de rupture même si elle met en lumière la cruelle nostalgie de Cézanne qui se souvient de la jeunesse et de la fraternelle amitié partagées avec Zola :

    Mon cher Emile, Je viens de recevoir L'OEuvre que tu as bien voulu m'adresser. Je remercie l'auteur des Rougon-Macquart de ce bon témoignage de souvenir, et je lui demande de me permettre de lui serrer la main en songeant aux anciennes années. Tout à toi sous l'impulsion des temps écoulés.

    La signature de Paul Cézanne met une point final à leur relation épistolaire. De là à conclure que ce simple accusé de réception soit une fin en soi de leurs relations est un peu rapide. Je pense que le désamour fût chose plus complexe et insidieuse. Je vais m'attacher dans les notes qui vont suivre à combattre cette idée reçue pour démontrer que ce qui sépara les deux hommes est une lente érosion de la vie, un peu comme dans "Les feuilles mortes" de Prévert, oû elle sépare doucement ceux qui s'aiment, tout doucement sans faire de bruit.

    Par la même occasion, je chercherai peut-être à remonter L'OEuvre dans la hiérachie des romans de Zola et que je considère comme un livre majeur. Il est primordial qu'il ait une autre image auprès des élèves ou des étudiant qui n'en retiennent que la seule désolante facherie. Zola "fin-de-siècle", c'est l'étonnant rayonnement de cet homme que je vous proposerai dans mes prochaines notes. (A suivre...)

  • 17.5 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola (2)

    Numériser0003.jpgLe travail d'Henri Marel (Professeur à l'Université de Valenciennes) sur la comparaison des Houilleurs de Polignies (Berthet) et de Germinal (Zola) laisse chez son lecteur un étrange sentiment de déséquilibre. Après un exposé étonnemment minutieux, documenté et finalement très exhaustif, Henri Marel se range sous cette conclusion prudente et sage :

    "Après cette étude, on peut admettre que Les Houilleurs de Polignies ont laissé une trace chez Zola (consciente ? inconsciente ?)"

    Et pourtant, cette étude fourmille d'arguments qui révèlent l'interférence troublante qui vibre entre les deux ouvrages. La conclusion de Marel, qui se limite au minimum requis par l'absence de preuve formelle, laisse toutefois planer le doute du conscient.

    En effet, Zola, qui a lu et commenté le livre de Berthet, n'a pu en écrivant Germinal en 1885 en oublier le cadre, l'intrigue, les personnages, toutes les images que "Les Houilleurs de Polignies" ont, dès 1866, imprimées chez lui. Zola a démontré son extraordinaire capacité à documenter, réunir, transformer, ébaucher et finaliser. Zola a plagié Berthet ? Non bien sûr ! Berthet a-t-il montré à Zola le chemin de Germinal ? Oui, certes !

    Bien sûr, Berthet écrit un roman-feuilleton pour la jeune fille de bonne famille que l'on aurait versé, il n'y a pas si longtemps, dans la catégorie des livres "à l'eau de rose". Les gentils y sont riches, paternalistes et miséricordieux. Les méchants y sont pauvres, ivrognes, meneurs de grèves, et parfois même, assassins. Chez les riches tout est blanc, chez les pauvres, tout est noir. Tout est noir comme la mine et la poussière qui tombe des pages du roman. C'est un conte de fées où le prince arrive au début du roman "déguisé en ouvrier". Il tentera de conquérir le coeur de la fille du patron que son "déguisement" rend inaccéssible malgré ses actes de bravoure et son extraordinaire ingéniosité qui tire le père d'une ruine certaine. Le mur social est infranchissable. Comme dans tous les contes de fées, la fin sera heureuse : le méchant va mourir et l'ouvrier va se transformer en ingénieur : le prince charmant pourra épouser la princesse.

    Numériser0001.jpgDe ce roman, Zola en fera une "superproduction" : on retrouve chez Zola la même mine, la même poussière, les mêmes riches et "blancs", les mêmes pauvres et "noirs", les mêmes catastrophes, les mêmes "ducasses". Mais Zola n'écrit pas pour le même public. Si les "Houilleurs" de Berthet ont vêcu et sont décrits en 1866, ceux de Zola vivent aussi en 1866 mais sont décrits en 1885. Et même s'ils vivent tous la même époque, l'écriture de "Germinal" a vêcu la Guerre de 1870 et surtout la Commune de 1871. Le cadre, les personnages, l'intrigue se sont épaissis chez Zola pour prendre épaisseur et dimension du chef d'oeuvre que l'on connait.

    Toutefois, reconnaissons ici l'influence d'Elie Berthet sur Emile Zola.

    HD'H à suivre : Zola "Fin-de-Siècle" (Publication prêvue le Mardi 20 avril)

  • 17.4 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola

    Zola.jpgEn janvier 1866, Zola est encore chez Hachette où il assure la promotion des livres que cette grande maison édite. Sa fonction y est celle qu'il a voulue et créée. Il est entré chez Hachette quelques années auparavant comme simple auxiliaire chargé de manutention : il emballe et expédie les ouvrages. Exemple de tenacité, ce fils d'émigré italien va gravir rapidement les échelons pour atteindre le niveau de chef de publicité. Il en profitera pour enrichir son carnet d'adresses et y développer le réseau qui lui permettra d'assoir le rayonnement qui lui sera utile quand il s'agira en 1966 de voler de ses propres ailes et vivre enfin de sa plume. En ce début d'année, il y fait donc la "promo" des "Houilleurs de Polignies" qu'Elie Berthet vient de publier chez Hachette après la sortie en feuilleton dans le Siècle de Louis Desnoyers. Il utilise pour celà le "Bulletin du Libraire et de l'Amateur" qu'il rédige et diffuse dans toute la France pour faire connaitre les dernières sorties. Bien évidemment, son rôle est de faire vendre la production de la librairie et l'on ne va pas y chercher l'expression d'une critique. Zola y écrit :

    "BIBLIOTHEQUE VARIEE

    (Elie) BERTHET. Les Houilleurs de Polignies, 1 Vol.

    M. Elie Berthet sait admirablement dramatiser ses récits et leur donner un intérêt poignant et familier à la fois. Il a le don de la terreur, des larmes et du sourire.

    Jadis, il introduisait ses lecteurs dans les catacombes de Paris et il obtenait un succès qui dure encore. Aujourd'hui, il nous fait descendre dans une mine de houille, et il traite avec un égal talent ces scènes de désespoir et d'angoisse qui se passent dans les entrailles du sol. Les Houilleurs de Polignies, les ouvriers de M. Van Best, se sont révoltés et demandent une augmentation de salaire ; le maître refuse, mais la fille du maître, Amélie, descend dans la mine pour apaiser les ouvriers, et elle y trouverait la mort, sans le dévouement d'un jeune houilleur que son père a engagé depuis peu, et qui au dénouement, se trouve être un jeune ingénieur déguisé, M. Léonard de Beaucourt. Il y a mariage, et l'ingénieur, qui a relevé la fortune de M. Van Best par la découverte d'une mine très riche, devient son associé et son gendre.

    Le livre est plein de très curieux détails sur la vie et les moeurs des houilleurs. C'est là un monde particulier et étrange dont le romancier a tiré parti en conteur pittoresque et intéressant. La partie de description est excellente ; elle fait faire au lecteur un voyage très émouvant dans ces couloirs étroits et troubles que visitent le feu grisou et les inondations. La partie dramatique est habilement mêlée aux détails techniques, et rien n'est plus attachant que les amours d'Amélie et Léonard, se déroulant au milieu des péripéties de la révolte des houilleurs, conduits par un coquin qui finit par expier ses crimes. Depuis "Les Catacombes de Paris", M. Elie Berthet n'a pas conté une histoire plus touchante et d'intérêt plus vif."

    Zola qui, au passage ne se gêne pas pour y dévoiler l'intrigue, la surprise et le final au lecteur, va rédiger, sans peut-être en être conscient, sa première note préparatoire à l'écriture de Germinal.

    Je me préparais à faire ce passionnant travail de comparaison afin de rechercher dans Germinal l'ombre des Houilleurs de Polignies quand je rencontrais le travail réalisé par Henri Marel, professeur à l'Université de Valenciennes. Il publia à la fin de 1980 dans les Cahiers de l'UER FROISSART cette étude comparative qu'il intitula "Germinal et les Houilleurs de Polignies" sur laquelle nous reviendrons amplement dans les notes prochaines. Ces travaux qui m'ont été aimablement communiqués par Mme Plouchart du service de Documentation de l'Université de Valenciennes vont nous aider à évaluer l'influence qu'Elie Berthet - si elle existe - eut sur Zola

    (A suivre...)

  • 17.3 Elie Berthet : un trait de "désunion" entre Balzac et Zola ?

    Elie Berthet, Balzac et Zola ont un dénominateur commun : leur fonction au sein de la Société des Gens de Lettres. Trop jeune en 1850 (à peine onze ans à la mort de Balzac), Zola n'a pas rencontré l'auteur de la Comédie humaine. Ce n'est pas le cas d'Elie Berthet qui, né en 1815, a parfaitement connu Balzac et Zola, qu'il a cotoyés, l'un comme l'autre, à la SGDL à des époques différentes. On peut donc considérer Elie Berthet comme un trait d'union entre les deux hommes. Trait d'union certes dans la chronologie de leur vie, mais trait de "désunion" si l'on considère les possibles rapports que Berthet eut avec les deux écrivains... Il n'en fallait pas moins pour que ma curiosité soit captivée par le sujet. Aussitôt, j'ai dressé la liste d'au moins quatre questions que je soumets maintenant aux lecteurs de ces lignes :

    1) Quels rôles exacts furent tenus par Balzac et Berthet dans la fondation de la SGDL ?

    2) Quels rapports documentés peut-on évoquer à propos de Balzac et de Berthet ?

    3) Quels rapports documentés peut-on évoquer à propos de Berthet et de Zola ?

    4) Le roman "Les houilleurs de Polignies" d'Elie Berthet a-t-il influencé le "Germinal" de Zola ?

    Au bout de ces quatre questions il y a une partie de la réponse à une cinquième question :

    5) Comment un homme comme Elie Berthet dont la riche littérature était connue dans son siècle, a-t-il été "oublié" au XXe siècle ? Hd'H se propose dans ses notes d'y répondre puis d'apporter enfin à sa mémoire l'éclat qu'elle mérite.

    Je tiens de la propre arrière-arrière petite fille d'Elie Berthet, un certain nombre de propos de famille sur l'écrivain. Il y est notemment rapporté son rôle majeur dans la création de la SGDL et une relation souvent distante avec Balzac et Zola. Merci à toute personne susceptible de me lire, et qui possède réponse, de me documenter sur le sujet.

    J'ai trouvé chez Eugène de Mirecourt, dont nous avons déjà évoqué l'ouvrage sur Berthet dans une précédente note, l'anecdote suivante :

    A l'époque où il était secrétaire de Desnoyers [ Directeur du "Siècle"], il voyait souvent Balzac. Celui-ci semblait le remarquer à peine et ne lui adressait jamais la parole. Un jour Elie rencontre dans la rue l'illustre père d'Eugénie Grandet. Balzac venait de porter de la copie chez l'imprimeur. Il était fort mécontent de n'avoir pas trouvé là Desnoyers, qui seul pouvait lui ouvrir les portes de la caisse. Apercevant son jeune secrétaire [Berthet] , il vint à lui , le chapeau sur la tête, et, lui touchant l'épaule de l'index :

    —Ah ! fit-il, vous direz à Desnoyers que j'ai remis la copie au journal.

    Puis il tourna les talons et disparut.

    Berthet s'acquitta, le soir même, de la commission. Desnoyers lui répondit :

    Je ne l'oublierai pas , il me l'a déjà fait dire par trois personnes.

    A quelques mois de là , Berthet rencontre Balzac précisément à la méme place. Gardant son chapeau sur la tête, il va droit à l'auteur du Lys dans la vallée , et reproduisant avec scrupule sa pantomime :

    — Ah ! fit-il, en lui touchant l'épaule de l'index, vous le lui aviez déjà fait dire par trois personnes !

    Balzac resta tout ahuri de cette leçon de politesse.

    zolachambre.jpg En attendant d'autres documents, je tiens déjà à souligner cette étrange coïncidence : les circonstances de la mort tragique de Zola ont étées décrites par Elie Berthet dans les  "Houilleurs-de-Polignies"-! Curieuses circonstances lues par Emile Zola en 1866, 36 ans avant son décès... La mort de Zola, encore mystérieuse, a été souvent relatée. Mais je pense encore que c'est-Henri Mitterand qui en fait la plus pudique évocation dans le tome III de sa biographie de Zola ("L'Honneur"-Fayard 2002). Il y rapporte les propos d'Alexandrine Zola qui, restée en hauteur sur le lit, a pu survivre au monoxyde de carbone accumulé au point bas de l'estrade où se situait le lit du couple (Voir photo ci-contre). Il n'en fût pas de même pour Zola "resté étendu au pied du lit". Sans le savoir, en lisant Berthet en 1866, Zola découvrait, ce jour là, le mal qui allait le détruire en 1902 :

    "Le grisou, en effet, avait disparu à la suite de l'explosion, mais il s'était formé de l'acide carbonique. Ce gaz non moins redoutable que le premier, étant, comme on sait, plus lourd que l'air, s'accumulait sur le sol de la mine. La flamme de la lampe, au lieu de s'allonger et de prendre des teintes bleues, comme dans l'hydrogène carboné, pâlissait maintenant et menaçait de s'éteindre. Ce signe alarmant aurait dû avertir les jeunes filles du danger de rester ainsi agenouillées ; mais elles en ignoraient l'importance."

    (A suivre...)

     

     

     

  • 17.2 Elie Berthet : le voyageur sédentaire

    Mirecourt.jpgOn doit à Eugène de Mirecourt (ci-contre) le coup de projecteur qui éclaire le personnage, au combien attachant, d'Elie Berthet. En 1867, un an après la publication des Houilleurs de Polignies, ce journaliste littéraire va éditer une plaquette et non sans humour, il laissera une image étonnante du romancier en racontant de multiples anecdotes sur la vie écoulée d'Elie Berthet.

    Une enfance un peu effacée au sein d'une famille de six enfants où ses frères médecin et inspecteur d'école primaire lui font de l'ombre, Elie Berthet va passer une "enfance chétive et faible" selon les propres écrits de Mirecourt. Il ne faut pas chercher plus loin l'origine de sa passion pour les livres et de la fuite des gamins bruyants qui perturbent les cours de récréation. Elie va compenser par une imagination fertile et par son autre passion pour les sciences naturelles. Il collectionne les papillons et l'entomologiste en herbe dévore la bibliothèque de son père qu'il connait par coeur dès l'âge de douze ans. Ce goût prononcé pour la lecture fit le désespoir de son père : une boulimie de livres sans frein (Mirecourt parle d'incontinence de lecture...) le fit enfermer par son père dans un pigeonnier pour contrôler cette frénésie. Elie, privé de livres se vengea sur le latin. Mirecourt raconte que Berthet fut alors aidé par sa jeune soeur :

    "Sa jeune sœur devint sa complice. Elle plaignait la dure captivité de son frère. Notre collégien matois profita de la pitié qu'il lui inspirait pour l'engager à cacher dans ses chiffons les volumes interdits, et à les lui faire parvenir dans son cachot aérien. On attachait le paquet de livres à l'extrémité d'une grosse ficelle dont le captif tenait l'autre bout. Ëlie tirait de sa fenêtre, et le tour était joué. Grâce à cet enfant secourable, il eut comme par le passé sa pitance intellectuelle du jour. Mais, ô catastrophe !  Un matin, l'habitant du pigeonnier, n'ayant pas su contenir sa vive impatience, communique, sans le vouloir, à la ficelle, une forte secousse. Le paquet de livres s'en va heurter contre les vitres de la chambre au-dessous, et les brise avec le plus épouvantable fracas. Aussitôt une tête se montre. C'est la tête de M. Berthet père. Il voit la bibliothèque frauduleuse qui se balance dans l'espace et la saisit au passage. L'expédient de la ficelle n'était plus possible. "

     Un jour Elie se mit dans la tête d'écrire une nouvelle et pour mener son oeuvre au bout, Elie Berthet, encore élève du collège s'adjoignit une aide. Les fonctions de cet adjoint furent de transcrire avec application ce que Mirecourt appelle les "élucubrations" de Berthet. Cette nouvelle ne fût pas perdue et fût publiée dans un recueil qui pris le nom de "La veilleuse" qu'il publia sous le pseudonyme d'Elie Raymond. Voulant vivre par lui même et ne dépendre de personne, il vend ses collections et "monte à Paris" promettant à son père de suivre des études de droit. Mais, comme Cézanne, il ne passa pas plus de six fois le portail de la fac de droit... dévoré qu'il était par sa fièvre littéraire. Ses deux amis, Edouard Ourliac et Alfred Houssaye lui fournissent une éditeur mais celui-ci traine les pieds prétextant que Berthet n'avait pas de nom... Mais ceux-ci arrivent à le séduire en présentant Berthet comme le roi  ... des pêcheurs de gardons. Ces premiers pas dans le roman seront à attribuer à cette réputation peu banale pour un écrivain. Plus tard, c'est l'appui de son logeur qui le fera rentrer au Siècle où il découvrit ses premiers feuilletons que le journal se mit à publier régulièrement. Je ne saurais énumérer ici les volumes publiés qui suivront : quatre vingt, cent, deux cent... que sais-je...

     "La fécondité d'EIie Berthet ne peut se comparer qu'à celle d'Alexandre Dumas seul, avec cette différence, que le premier n'a jamais eu l'ombre d'un collaborateur, et que le. second en a eu par milliers."

    Il devient célèbre par l'abondance de ses publications. Dans ses romans, il parcourt le monde au fil de ses livres... sans jamais quitter Paris... ou presque. Mirecourt écrit :

    "Ce romancier, qui a décrit tant de régions, n'a presque pas fait de voyages. Sa seule équipée de ce genre est une excursion de touriste au Puy-de-Dôme, faite en société d'un ami. [...] Aujourd'hui, dans ses promenades de naturaliste ou de chasseur, il ne dépasse guère le département de Seine-et-Oise."

    Ce grand voyageur sédentaire n'a pas fini de nous étonner et son nom claque au fronton des Préfectures :

    "— C'est bien dommage , disait Méry , après 1848, que Berthet, le bras droit du Siècle , ne soit pas nommé commissaire du gouvernement en Limousin, son pays natal, comme Altaroche vient de l'être en Auvergne.

    — Et pourquoi cela? lui demanda-t-on.

    — Dame! il aurait économisé beaucoup de temps à la République, attendu qu'en rédigeant les proclamations, sa signature aurait fait double emploi :

    Egalité, Fraternité, Elie Berthet. "

    (A suivre...)

     

  • 17.1 Emile Zola et Elie Berthet

    berthet.bmp.jpgAu hasard des discussions échangées avec une amie très proche, j'ai appris, avec surprise et non sans ravissement, qu'elle était l'arrière petite fille de Bertrand Elie Berthet. Cet écrivain, romancier du XIXe siècle, est plus connu sous le nom d'Elie Berthet, ayant "perdu" son véritable prénom de Bertrand que l'usage de celui d'Elie a fait oublier. Elie Berthet fait partie aussi de ces étranges oubliés de l'histoire que je me plais à réhabiliter dans Hd'H, tant l'abondance et la qualité de l'oeuvre méritent une forte mise en lumière. Solange, si tu me lis... je te remercie vivement de m'avoir permis la découverte de cet homme qui devrait occuper plusieurs pages d'Hd'H dans les prochaines semaines.

    "Feuilletoniste". C'est comme celà que l'on désignait ces écrivains qui déroulaient les intrigues de leurs romans au fil des publications régulières des journaux. Élie Berthet (1815-1891), est un infatigable feuilletoniste et romancier né à Limoges. Il est porté au rang des romanciers à succès populaire qui se firent connaitre, tant en France qu’en Europe et ses œuvres ont été traduites dans près d’une dizaine de langues -. Avec "Paris avant l’histoire", publié en 1885, Élie Berthet apparaît comme l’auteur du premier véritable roman préhistorique de la littérature. Mon intérêt fût encore plus vif quand je découvris ses liens avec Emile Zola. Berthet avait 25 ans à la naissance de Zola et ce dernier découvrit ses oeuvres quand il travaillait chez "Hachette et Cie" où ses fonctions de Chef de Publicité lui faisait animer "Le Bulletin du Libraire et de l'Amateur de Livres" que cette importante maison d'édition adressait à la profession. Zola quitta Hachette en 1866 pour "vivre de sa plume"; l'année même où Hachette publia le livre d'Elie Berthet "Les houilleurs de Polignies", première grand fresque qui se déroule dans le monde de la mine oû Berthet décrit la vie âpre et difficile des "borains". Zola écrira Germinal vingt ans plus tard et on retrouva le livre de Berthet, abondemment annoté par Zola, dans l'important dossier préparatif que l'écrivain constitua avant l'écriture de Germinal. Nous reviendrons, au fil de ces lignes, sur Berthet "inspirateur" de Zola. Plus tard Zola et Berthet furent "collègues" au sein du comité de la "Socièté des Gens de Lettres" et ce jusqu'à la mort d'Elie Berthet en février 1891, quelques mois à peine avant que Zola en prenne la présidence (voir notes sur "Le Balzac de Rodin"). Zola, à plusieurs reprises, devait lui rendre hommage : en particulier le 25 octobre 1891 lors de l'inauguration du buste d'Emmanuel Gonzalès, aussi fondateur de la SGDL,  Il s'y exprime en ces termes :

    "Je me risquerai, messieurs, à un souvenir personnel. J’avais quatorze ans, et c’était pendant le choléra de 1854, au fond d’un bastidon perdu de la Provence, où ma famille s’était réfugiée. Là, pendant les trois mois de ces vacances forcées, j’ai dévoré tout un cabinet de lecture, que ma grand-mère, femme courageuse, allait me chercher à la ville, par paquets de quinze et vingt volumes. Tous les grands conteurs, les Dumas, les Eugène Sue, les Féval, les Elie Berthet, y passèrent."

    Mais Zola ne fût pas toujours aussi tendre et reconnaissant envers Elie Berthet. Notemment en 1878, au moment où il publie, dans "Le messager de l'Europe", une étude sur les caractères du roman français comtemporain. Il y met au sommet ceux qu'il désigne comme "les princes du roman" que sont Flaubert, Daudet et Goncourt, dignes "descendants de Balzac" et tout en bas "les bacleurs de feuilletons" où il range Elie Berthet aux côtés de Paul Féval, de du Boisgobey, de Xavier de Montépin, etc...

    "On les compte par douzaines [...]. Des charretées de vieux bouquins, de plus en plus illisibles, qui finiront dans les greniers rongés par les rats."

    Pas tendre ce Zola que le succès encore récent de l'"Assommoir" rend peut-être un peu trôp exigeant...!

    Dans les pages qui viennent, je vous proposerai de voir plus clair dans le personnage d"Elie Berthet et de rechercher plus particulièrement l'étendue de la dette - si dette il y a - que Zola doit à Berthet. (A suivre...)