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champrosay

  • 3.3 Julia Daudet et Alexandrine Zola

    Daudetrenoir.jpgJulia Daudet, que l'on peut voir ci-contre représentée par son portrait peint par Renoir, a une enfance et une éducation bourgeoise dans un milieu où le goût de l'écriture est répandu. Dès l'âge de 17 ans elle publie des poèmes sous le pseudonyme de Maguerite Tournay. Elle utilisa un autre pseudonyme plus masculin, Karl Stern, pour écrire des chroniques littéraires dans de nombreuses revues. C'est en Janvier 1867 que Julia Allard devint Julia Daudet en épousant Alphonse à l'âge de 23 ans. Elle joua auprès de lui un rôle important dans son oeuvre. Inspiratrice, conseillère et même plus : "Pas une page, écrit Daudet, qu'elle n'ait revue ou retouchée". Certains prétendent même qu'il faille lui attribuer de nombreuses pages de l'oeuvre de Daudet. Elle se fit une grande réputation en réunissant dans ses salons successifs les plus grands écrivains du XIXè siècle comme les Goncourt,Maupassant,Flaubert,Zola,Barbey d'Aurevilly,Tourgueniev, etc... membre du jury Femina et chevallier de la Légion d'honneur, elle décéda en 1940 à l'âge de 96 ans.

    Nous nous attarderons, menu oblige, sur les relations que cette femme entretenait avec Alexandrine Zola et Marguerite Charpentier. Les couples se connaissent depuis 1867 où ils se reçoivent régulièrement. Il va rapidement s'établir une amicale rivalité culinaire qui s'attisera d'année en année. Alexandrine n'est pas la dernière, proposant des menus extravagants où l'on étonne ses convives tel que le raconte Edmond de Goncourt dans son Journal (Tome II - 9 mars 1888) :

     "... un potage de blé vert, des langues de rennes de Laponie, des surmulets à la provençale, une pintade truffée. Un diner de gourmets assaisonné d'une originale conversation sur les choses de la gueule et l'imagination de l'estomac, au bout de laquelle Tourgueniev prend l'engagement de nous faire manger des doubles bécassines de Russie, le premier gibier du monde."

     Au cous de ces repas, les hommes ne vont pas être toujours très tendres avec les hotesses. Evelyne Bloch-Dano, dans son livre remarquable "Madame Zola" (Grasset-Fasquelle, 1997) rapporte que Goncourt, malade du foie, est la terreur de ses dames. Elle ajoute plus loin :

     "Une autre fois, à Paris où l'on pend la crémaillère de la rue de Boulogne, ce seront des gelinottes, que Daudet compare avec tact à de la chair de vieille courtisane marinée dans un bidet. Alexandrine a dû apprécier le compliment ! Il est vrai qu'on a beaucoup bu et que Flaubert, un peu poussé de nourriture, un peu soûl, débite avec accompagnement de m... et de f... toute la série de ses lapalissades féroces et truculents contre le bôrgeois...", sous l'oeil stupéfait et déçu de Julia Daudet !"

    Jalousies, rivalités ... celà finira mal. Marguerite Charpentier et Julia Daudet, qui tiennent salons, feront plus ou moins ressentir à Alexandrine son manque d'éducation et ses origines modestes. Emotive, Alexandrine ira jusqu'à chasser de chez elle Marguerite en 1889, avant de se réconcillier ensuite. Avec Julia et Alphonse Daudet, c'est l'affaire Dreyfus qui sépara les couples. Les sentiments anti-dreyfusards des Daudet, les prises de positions du fils Léon Daudet, proche de Drumont et futur rédacteur de l'Action Française vont refroidir les liens entrenus avec les Zola.