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desnoyers

  • 17.4 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola

    Zola.jpgEn janvier 1866, Zola est encore chez Hachette où il assure la promotion des livres que cette grande maison édite. Sa fonction y est celle qu'il a voulue et créée. Il est entré chez Hachette quelques années auparavant comme simple auxiliaire chargé de manutention : il emballe et expédie les ouvrages. Exemple de tenacité, ce fils d'émigré italien va gravir rapidement les échelons pour atteindre le niveau de chef de publicité. Il en profitera pour enrichir son carnet d'adresses et y développer le réseau qui lui permettra d'assoir le rayonnement qui lui sera utile quand il s'agira en 1966 de voler de ses propres ailes et vivre enfin de sa plume. En ce début d'année, il y fait donc la "promo" des "Houilleurs de Polignies" qu'Elie Berthet vient de publier chez Hachette après la sortie en feuilleton dans le Siècle de Louis Desnoyers. Il utilise pour celà le "Bulletin du Libraire et de l'Amateur" qu'il rédige et diffuse dans toute la France pour faire connaitre les dernières sorties. Bien évidemment, son rôle est de faire vendre la production de la librairie et l'on ne va pas y chercher l'expression d'une critique. Zola y écrit :

    "BIBLIOTHEQUE VARIEE

    (Elie) BERTHET. Les Houilleurs de Polignies, 1 Vol.

    M. Elie Berthet sait admirablement dramatiser ses récits et leur donner un intérêt poignant et familier à la fois. Il a le don de la terreur, des larmes et du sourire.

    Jadis, il introduisait ses lecteurs dans les catacombes de Paris et il obtenait un succès qui dure encore. Aujourd'hui, il nous fait descendre dans une mine de houille, et il traite avec un égal talent ces scènes de désespoir et d'angoisse qui se passent dans les entrailles du sol. Les Houilleurs de Polignies, les ouvriers de M. Van Best, se sont révoltés et demandent une augmentation de salaire ; le maître refuse, mais la fille du maître, Amélie, descend dans la mine pour apaiser les ouvriers, et elle y trouverait la mort, sans le dévouement d'un jeune houilleur que son père a engagé depuis peu, et qui au dénouement, se trouve être un jeune ingénieur déguisé, M. Léonard de Beaucourt. Il y a mariage, et l'ingénieur, qui a relevé la fortune de M. Van Best par la découverte d'une mine très riche, devient son associé et son gendre.

    Le livre est plein de très curieux détails sur la vie et les moeurs des houilleurs. C'est là un monde particulier et étrange dont le romancier a tiré parti en conteur pittoresque et intéressant. La partie de description est excellente ; elle fait faire au lecteur un voyage très émouvant dans ces couloirs étroits et troubles que visitent le feu grisou et les inondations. La partie dramatique est habilement mêlée aux détails techniques, et rien n'est plus attachant que les amours d'Amélie et Léonard, se déroulant au milieu des péripéties de la révolte des houilleurs, conduits par un coquin qui finit par expier ses crimes. Depuis "Les Catacombes de Paris", M. Elie Berthet n'a pas conté une histoire plus touchante et d'intérêt plus vif."

    Zola qui, au passage ne se gêne pas pour y dévoiler l'intrigue, la surprise et le final au lecteur, va rédiger, sans peut-être en être conscient, sa première note préparatoire à l'écriture de Germinal.

    Je me préparais à faire ce passionnant travail de comparaison afin de rechercher dans Germinal l'ombre des Houilleurs de Polignies quand je rencontrais le travail réalisé par Henri Marel, professeur à l'Université de Valenciennes. Il publia à la fin de 1980 dans les Cahiers de l'UER FROISSART cette étude comparative qu'il intitula "Germinal et les Houilleurs de Polignies" sur laquelle nous reviendrons amplement dans les notes prochaines. Ces travaux qui m'ont été aimablement communiqués par Mme Plouchart du service de Documentation de l'Université de Valenciennes vont nous aider à évaluer l'influence qu'Elie Berthet - si elle existe - eut sur Zola

    (A suivre...)