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duquet

  • 11.6 Zola : Le Balzac de Rodin, l'attente...

    Balzac.jpgLa fin de l'année 1891 va marquer un grand tournant dans l'existence de Zola. D'abord, une seconde paternité clandestine en septembre de la même année va rendre délicate la double vie qu'il cache à Alexandrine son épouse. Quand celle-ci va apprendre la liaison d'Emile avec Jeanne Rozerot, le 10 novembre, c'est le drame qui pénêtre dans le foyer Zola qui frise la catastrophe : on parle même de séparation. Emile est perturbé par la situation jusqu'en 1895, date à laquelle Alexandrine l'acceptera, consciente de garder son statut d'épouse. Pendant cette période difficile, Emile Zola n'aura que peu de temps à consacrer à Rodin.

    Rodin est un artiste et sa création artistique est bien incapable d'accepter le délai qu'on lui avait fixé. En mai 1893, malgré l'acharnement de Rodin, celui-ci n'est pas prêt à livrer son ouvrage. Ne voyant rien venir, un groupe de souscripteurs, probablement activés par des détracteurs, adresse une réclamation à la Société des Gens de Lettres. La fronde est menée par M. Alfred Duquet qui fait part d'une réelle animosité :

    "La statue ne sera jamais achevée"

    En juillet 1893, Rodin invite la commission dans son atelier. Celle-ci est frappée devant les esquisses de Rodin, "Un Balzac étrange, ayant l'attitude d'un lutteur semblant défier le monde, jambes très écartées, ventre énorme, choquant, difforme ... On représenta respectueusement à Rodin qu'il aurait pu le figurer à un autre âge" (Chincholle - Le Figaro). Rodin comprit ou ne comprit pas : il demanda un délai.

    La tempête que craignait Zola éclatait. Celui-ci apaisa le tumulte en faisant appel au respect du travail de l'artiste et sa diplomatie évita le procès que certains voulaient mener. Un nouveau délai fût donc accordé à Rodin jusqu'au printemps 1895.

    Zola arrive au bout de son mandat de président et abandonne son siége de la SGDL à Jean Aicard, un poête romancier, lui aussi admirateur de Rodin. En quittant la SGDL, Zola qui quitte Paris pour Rome, pressent le tumulte et préfère en averir son succésseur :

    "J'ai laissé pendante à la Société une question grosse d'orage, la question de la statue de Balzac. Vous allez avoir les plus grands ennuis, je vous en préviens amicalement....[  ]  Vous chercherez un terrain d'entente. Un procès ferait perdre du temps à l'artiste et ne serait pas pour faire aimer la Société.  ... la bourrasque approche..."

    En effet, la bourrasque gronde. En mai 1894, la commission s'est rendue à nouveau chez Rodin et juge le projet "artistiquement insuffisant" et considère la statue comme "une masse informe, une chose sans nom, un colossal foetus." En plus, L'état de santé de Rodin exaspère la commission. Zola, depuis Rome, écrit en décembre 1894, une lettre pathétique à l'artiste :

    "Mon cher Rodin, Au milieu de mes continuels déplacement en Italie, les journaux de France me parviennent difficilement, et je n'ai pas toujours le temps de les lire. J'arrive donc bien tard pour vous dire mon chagrin de tout le bruit facheux qui vient de se faire autour de la statue de Balzac. Vous savez quelle admiration j'ai pour vous et combien j'ai été heureux que le grand sculpteur que vous êtes fût chargé de glorifier le plus grand de nos romanciers, notre père à tous. Et c'est pourquoi, sans attendre mon retour, je veux vous adresser une ardente prière. Je vous en supplie, au nom du génie, au nom des lettres françaises, ne faites pas attendre Balzac davantage. Il est votre Dieu comme il est le mien ; passez vos jours, passez vos nuits s'il le faut, pour que son image règne enfin au milieu de notre immortel Paris. Songez que celà dépend de vous, que vous seul retardez l'échéance. Certes vos droits d'artiste consciencieux sont absolus : je ne vous ai jamais préssé, mais Balzac attend, et il ne faudrait pas que sa gloire souffrît trop longtemps encore du légitime soucis que vous avez du vôtre. Exaucez-moi, c'est mon coeur qui parle pour votre honneur lui-même, car je vous aime autant que je vous admire. Bien affectueusement à vous."

    On ne peut être plus suppliant, on ne peut être aussi plus formel. La supplique de Zola sera-t-elle assez forte pour dynamiser la création de Rodin ? A suivre...