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geffroy

  • 16.5 Le (beau) livre de J. Grand-Carteret

    Livrecarteret.jpgMa recherche du "beau" livre de John Grand-Carteret, comme le désigne Gustave Geffroy dans sa lettre, fut aisée. Avec un peu de chance, j'en ai trouvé un exemplaire en Belgique dans un état suffisemment satisfaisant pour bien l'exploiter. Ce livre, imprimé le 12 mai 1885 par Binger Frères est édité par Louis Westhausser. Je découvris, en page de garde, qu'il portait un envoi de l'éditeur en personne destiné à un certain Monsieur Aubertin. Certains collages enlevés ou raturés me font penser que l'ouvrage a, autrefois, séjourné dans une bibliothéque où il était répertorié. C'est un exemplaire numéroté 21018506 qui porte, gravé sur sa tranche en lettres dorées l'inscription BIB.PR.LG.

     Westaussen.jpgLa pratique des éditeurs qui constituait à adresser des exemplaires d'ouvrages aux éminences culturelles était courante. Il est possibleque le "Monsieur Aubertin" destinataire soit Charles Aubertin, élu membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques dont les ouvrages sur les moeurs et l'esprit public sont nombreux. Ce premier livre de Grand-Carteret qui traite des moeurs allemandes en cette fin de siècle ne pouvait que le concerner.

    L'ouvrage est intéressant à plusieurs titres. Bien que Grand-Carteret soit né en France, il a vécu et étudié à Genève et a bénéficié de cette double culture. Aussi, sa vision des moeurs en Allemagne entre la guerre de 1970, encore proche, et la première guerre mondiale qui se profile, est riche par la densité de sa documentation. Mais l'intérêt de l'ouvrage réside par dessus tout dans le moyen utilisé : la caricature. Dans sa préface, John Grand-Carteret déclare :

    "Il ne nous suffit pas d'étudier les gens chez eux, il faut encore les juger par eux, à l'aide des documents qu'ils nous fournissent eux-mêmes. Entre tous les moyens mis ainsi à notre disposition, les arts graphiques occupent la première place. Contemplez les feuilles illustrées, les gravures populaires, les caricatures d'un peuple, vous en apprendrez plus sur lui, avec cette langue imagée si chaude, si vivante, si pleine en couleurs, que par tout autre témoin de la vie publique. [...] Mais toucher à la caricature, c'est pénétrer dans la vie même des peuples."

    Ce livre est donc le premier d'une longue série que publia John Grand-Carteret. Les domaines sont multiples et divers : de l'histoire à la mode féminine, des polissoneries à la conquête de l'air, de l'homosexualité aux différentes formes d'union sexuelle... tout y passe. Mais son plus riche travail porta sur l'Affaire Dreyfus traitée dans deux ouvrages : le premier sur l'affaire en plein 1898 et l'autre sur Zola en 1907. Son oeuvre, exclusivement basée sur la caricature, est une véritable étude sociale à l'aube de XXe siècle. Méconnue, bien sûr...

  • 16.4 Geffroy à Grand-Carteret

    Johngrandcartert.jpgJohn Grand-Carteret. Comment ignorer ce personnage et merci à Gustave Geffroy de m'avoir permis de le découvrir et d'en apprécier la richesse de ses publications. Son ouvrage "Moeurs et caricature en Allemagne, en Autriche, en Suisse" est probablement son premier livre qu'il publia en 1885 à l'age de 35 ans. C'est aussi le premier d'une longue carrière littéraire qu'il mena jusqu'à sa mort à Paris en 1927. Comme Gustave Geffroy, il est journaliste et historien de l'art spécialisé dans l'étude de la mode et des moeurs à travers les objets et la caricature. L'image est sa source de travail : c'est ce qui constitue la richesse de son oeuvre beaucoup trop méconnue. De part ses origines (il est le fil d'un banquier genevois, il découvre les relations franco-allemandes dans ses activités de journaliste à Genève. Ses premières publications traiteront de ces relations qui, entre les conflits de 1870 et ceux de 1914 constituent une extraordinaire base de recherche sur les rapports entre ces deux peuples. Collectionneur de gravures et de caricatures, c'est par elles qu'il traitera l'histoire, considérant que ces images constituent la traduction directes des moeurs et de l'opinion. C'est ainsi qu'il évoquera de l'Affaire Dreyfus sur laquelle il publiera plusieus ouvrages. En 1898, il publia un ouvrage de référence "L'Affaire Dreyfus par l'image" pour lequel il réunit pas moins de 266 caricatures françaises et étrangères. Il rencontra Zola chez qui il vint consulter au 21bis rue de Bruxelles pour y examiner bibelots et objets divers générés par "l'Affaire". La femme et la mode sont aussi des domaines d'exploration où il ne se limite pas seulement à  son siècle.

    J'ai recherché et trouvé ce premier livre. Ma surprise fût grande quand je découvris ce que Geffroy appelle "un beau livre". Nous reviendrons largement dans une prochaine note sur son contenu qui montre que l'approche de John Grand-Carteret est beaucoup plus dense et documentée que n'importe lequel des livres d'histoire.

    Je suis toujours à la recherche d'informations sur un numéro du Journal "La Justice" qui, en cette fin d'année 1885 ou au début de 1886 aurait publié un article de Gustave Geffroy sur l'ouvrage de Grand-Carteret. Je recherche aussi toute information sur les rapports entretenus entre Gustave Geffroy et Champfleury, auteur de la Préface de l'ouvrage...

    Celà fait du travail sur la planche ... (à suivre...)

  • 16.3 La lettre de Gustave Geffroy (2)

    La parenthèse ouverte par cette deuxième lithographie d'Henry de Groux n'est pas refermée. Je suis toujours sur la piste de son imprimeur (tout au moins, celui de la plus récente lithographie). Si quelqu'un peut me confirmer et m'apporter des informations sur un Eugène Mauler qui aurait été graveur et lithographe (et jadis peintre ?...) en 1898 au N°9 rue de l'Estrapade à Paris, qu'il se manifeste et sera le bienvenu.

    Revenons aux questions que me posent la lettre de Gustave Geffroy, exposée dans ma note 16.2. Je vous les avais soumises mais je n'ai pas eu de réponses... Pourtant la lettre comporte plusieurs indices permettant une probable identification du destinataire et de sa datation même si quelques doutes subsistent.

    LE DESTINATAIRE ?

    GeffroyCaricature.jpgGustave Geffroy s'adresse probablement à un personnage qui lui réclame un article sur un ouvrage récemment publié. Une "promo" dirait-on aujourd'hui. A priori, ce personnage pourrait en être l'auteur du livre ou encore celui de la préface. Hors, grossi ci-contre, le titre de l'ouvrage rapporté par Gustave Geffroy serait "Caricature en allemagne" (l'initiale de Allemagne apparait en lettre minuscule). Or, on retrouve l'édition en 1885 chez L. Westhausser à Paris d'un ouvrage dénommé "Les moeurs et la caricature en Allemagne" par John Grand-Carteret. L'époque et le titre de l'ouvrage sont plausibles. John Grand-Carteret, personnage sur lequel nous reviendrons dans une prochaine note, était journaliste comme Geffroy qui lui écrit "Mon cher confrère" ; ce qui pourrait confirmer le destinataire. Toutefois le doute s'installe quelque peu quand l'on remarque que la préface en a été écrite par Champfleury, qui, comme Geffroy, était journaliste et critique d'art. La présence ici de Champfleury, dont les idées et fréquentations n'étaient pas celles de Geffroy, pose un certain nombre de questions que nous tenterons de développer au cous de notes ultérieures.

    LA DATE ?

    Dategeffroy.jpgLa lettre est datée d'un 8 novembre ... sans préciser l'année. Comte-tenu de la date d'édition de l'ouvrage de John Grand-Carteret on peut penser la dater du 8 novembre 1885. Comme le mentionne Geffroy, il faudrait documenter l'information selon laquelle Gustave Geffroy était souffrant avant cette période pour le confirmer. Mais une seconde information va être précieuse : Geffroy évoque dans sa lettre une période électorale qui débute et qui occupe l'opinion. Cette période serait néfaste car elle détounerait l'attention des lecteurs de La Justice sur la sortie du livre. Une question simple se pose : Quelle peut-être cette élection importante qui survient à fin 1885 ?

    L'ELECTION ?

    Geffroyelection.jpgLa recherche n'est pas compliquée ... Le 28 décembre 1885 verra la réélection de Jules Grévy à la Présidence de la République. Ce Républicain Modéré qui a 78 ans commence un nouveau mandat.

    A priori, nous avons nos réponses. La lettre peut être datée du 8 novembre 1885 et elle est adressée à John Grand-Carteret, auteur de "Moeurs et Caricature en Allemagne" . Elle peut être aussi adressée à Champfleury qui en a écrit la préface. Mais d'autres questions restent posées : l'article a-t-il bien été publié dans La Justice comme promis par Geffroy ? Par ailleurs, le livre est sorti des presses de l'imprimeur le 12 mai 1885. Six mois se sont écoulés depuis la parution et la lettre d'excuse de Gustave Geffroy : L'élection de Jules Grévy était-elle le seul raison du retard dans la publication de cet article ? Si vous avez une petite idée... N'hésitez pas. (A Suivre...)

     

  • 16.2 Une lettre de Gustave Geffroy

    Geffroy.jpgVoici donc cette fameuse lettre de Gustave Geffroy. Bien évidemment, j'ai déjà effectué ma petite recherche sur ces écrits et garde mes observations pour une prochaine note sur Hd'H. Cette lettre, écrite un 8 novembre, ne porte ni l'année de son écriture, ni l'identité de son destinataire. Toutefois, elle comporte plusieurs éléments qui permettent de se faire une idée très précise sur ces informations manquantes.

    Je vous propose, en attendant mes conclusions que je vous ferai connaître la semaine prochaine, de conduire vous aussi les recherches, puis de m'en faire part à travers vos commentaires à la fin de cette note. Rassurez-vous, la tâche est relativement facile. L'exercice a plusieurs objectifs : Tout d'abord, confirmer - ou infirmer - mes investigations. Ensuite, vous distraire en vous faisant partager le plaisir de ces recherches documentées. Et puis - disons-le - pour m'apporter la preuve que vous lisez bien Hd'H et que vous y trouvez un intérêt... J'attends donc vos commentaires qui me seront très utiles.

    Comme l'image ci-dessus n'est pas forcément lisible, voici le texte de cette lettre à l'en-tête de "La Justice", journal où Gustave Geffroy collaborait au moment où elle est écrite :

    Mon cher confrère, Non, l'article n'est pas encore publié, et je vous adresse tous mes regrets. Mais l'état de santé où j'étais m'a forcé de prendre d'assez longues vacances et depuis un mois, la période électorale a empêché beaucoup la littérature et l'art. D'ailleurs, le moment aurait été mal choisi. Il est bien préférable que je parle comme il convient de votre intéressante Caricatures en allemagne. Voici l'époque des beaux livres et des longs compte-rendus. Je m'acquitterai donc envers vous ces jours-ci, mon cher confrère; je vous enverrai mon article. Et je vous prie, en attendant, de croire en mes meilleurs sentiments. Signé : Gustave Geffroy - 60 rue Ménilmontant

    Souvenez-vous : nous recherchons surtout la date exacte de son écriture ainsi que son destinataire ... mais si vous pouvez en dire plus ... Les réponses la semaine prochaine ... (A suivre ...)

  • 16.1 A propos de Gustave Geffroy

    180px-Gustave_Geffroy.jpgA musarder comme je le fais dans cette fin du XIXe siècle, on rencontre immanquablement Gustave Geffroy. Cet homme était le critique d'art le plus renommé de cette fin de siècle et qui alliait la justesse de son jugement à la qualité de ses travaux d'historien et de ses talents de romancier. Il fût donc un passage obligé pour tout artiste. On le rencontre dans le Grenier des Goncourt, en visite à Champrosay chez les Daudet, consulté par Zola, rencontrant Claude Monet à Belle-Ile et se liant à Georges Clémenceau pour qui il collabore au journal "La Justice" au 10, Faubourg Montmartre. La petite histoire retiendra aussi qu'il fût l'un des dix fondateurs de l'Académie Goncourt et que son amitié avec Georges Clémenceau le portera à la tête de la Manufactures des Gobelins jusqu'à sa mort en 1926.

    Ce rayonnement est, pour moi, largement suffisant pour faire de cet homme un phare éclairant l'art de son temps. Mais il est plus encore, car il fût l'homme qui, avec Vollard, reconnut chez Paul Cézanne les talents novateurs du grand peintre. Alors que celui-ci était malmenné par toute une presse, il fût l'un des rares à le soutenir. Dans une lettre datée du 26 mars 1894, Cézanne le remerciera chaleureusement :

    "Monsieur, J'ai lu hier la longue étude que vous avez consacré à mettre en lumière les tentatives que j'ai faites en peinture. Je voulais vous en témoigner ma reconnaissance pour la sympathie que j'ai rencontré en vous." Signé : Paul Cézanne

    Cezgef.jpgEn 1896, Cézanne fera le portrait de Gustave Geffroy à la demande de Cézanne lui-même qui espèrait, en faisant celà, exposer le tableau au Salon de Bouguereau et s'attirer les faveurs du Jury du Salon de la Société des Artistes Français. Plus tard encore, c'est Geffroy qui en 1898 va entrainer Cézanne dans la souscription au "Balzac de Rodin" (Voir mes notes à ce sujet). Bien qu'anti-Dreyfusard, Cézanne va répondre à la demande de Geffroy et souscrire pour 40 francs et témoigner ainsi de l'admiration qu'il avait pour Balzac et pour Rodin.

    Aussi, il y avait beaucoup de raisons affectives pour que je puisse porter un intérêt aux écrits du personnage et je me suis récemment porté acquéreur d'une lettre de Gustave Geffroy. Cette lettre fera l'objet d'une Histoire d'Histoire dans une prochaine note.

    (A suivre...)

  • 11.5 Zola est-t-il l'inspirateur de Rodin ?

    Au soir du 6 juillet 1891, Zola peut être content de lui. Rodin sera donc désigné pour réaliser la statue de Balzac. Pourtant ce fut moins facile qu'on le pensait : le choix de Rodin est loin de rassembler une forte majorité au sein du Comité de la Société des Gens de Lettres. Entre les deux candidats en lice la bataille fût rude : Marquet de Vasselot et Rodin obtinrent chacun 9 voix au premier tour et il y a un bulletin blanc. Le deuxième tour verra Rodin l'emporter avec 12 votes contre 8. Majorité certes mais unanimité non.

    Le 8 juillet, Rodin écrit à Zola :

    "Mon cher Maître, Grâce à vous, me voilà le sculpteur de Balzac et patronné par Emile Zola. Me voilà encadré de manière redoutable... Vous me serez d'un grand secours pour les idées à avoir, car pour le moment je n'en ai pas et vous avez certainement pensé au monument ..."

    Zola passe la semaine du 13 juillet à Paris où il envisage d'aller voir à Longchamps la Revue du 14 Juillet et il en profite pour recevoir Rodin le  mercredi 15 dans son appartement de la rue de Bruxelles. Une longue conversation s'établira entre les deux hommes et l'on peut penser que la statue qui est aujourd'hui à Vavin, Boulevard Raspail est, quelque part, née de l'échange entre les deux artistes. Bien sûr, Zola avait sa petite idée... Bien sûr, Zola la transmettra à Rodin. Ce que certains ont interprété comme une austérité monolithique serait-il, en fait, la transcription par Rodin de la vision zolienne ? Balzac, ouvrier des lettres, dominant le monde. La statue est pensée pour rayonner sur la foule et, comme le voulait Zola :

    "pour perpétuer le souvenir de Balzac sur la place du Palais-Royal".

    019.jpgLa tache de Rodin ne sera pas facile : il n'a pas été fait de masque mortuaire de Balzac et l'iconographie est restreinte. Sur les conseils de Zola, Rodin lit Lamartine, et s'imbibe des pages que le poête consacre à Balzac et s'arrête sur la célèbre phrase :

    "C'était la figure d'un élément"

    Il séjourne en Touraine, pays de Balzac, relit "Le Lys dans la vallée", s'attarde sur les bords de l'Indre et tentera donc de "rencontrer" Balzac dans la population tourangelle. Il modèle les masques de plusieurs personnages rencontrés dans la région. En vain, il cherchera un vérité qui enfin surgira grace à Matthias Morardt, son ami de toujours, qui lui apporte un daguerréotype, merveilleux, magistral que possède Nadar. Gustave Geffroy, le célèbre critique d'art, écrira en 1893 :

    "C'est le Balzac des derniers jours, souffrant et grave, la main étendue à plat sur la poitrine comme pour dire le mal dont il meurt et attester son oeuvre immense interrompue."

    L'affaire est bien partie. Rodin sera en mesure de montrer à Zola sa maquette en argile en décembre et  celui-ci suivra, en personne, l'évolution de l'oeuvre. En janvier, Zola versera à Rodin le premier accompte de 5000 francs. La première bataille était gagnée : le train était sur de bons rails. (à suivre...)