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germinal

  • 17.5 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola (2)

    Numériser0003.jpgLe travail d'Henri Marel (Professeur à l'Université de Valenciennes) sur la comparaison des Houilleurs de Polignies (Berthet) et de Germinal (Zola) laisse chez son lecteur un étrange sentiment de déséquilibre. Après un exposé étonnemment minutieux, documenté et finalement très exhaustif, Henri Marel se range sous cette conclusion prudente et sage :

    "Après cette étude, on peut admettre que Les Houilleurs de Polignies ont laissé une trace chez Zola (consciente ? inconsciente ?)"

    Et pourtant, cette étude fourmille d'arguments qui révèlent l'interférence troublante qui vibre entre les deux ouvrages. La conclusion de Marel, qui se limite au minimum requis par l'absence de preuve formelle, laisse toutefois planer le doute du conscient.

    En effet, Zola, qui a lu et commenté le livre de Berthet, n'a pu en écrivant Germinal en 1885 en oublier le cadre, l'intrigue, les personnages, toutes les images que "Les Houilleurs de Polignies" ont, dès 1866, imprimées chez lui. Zola a démontré son extraordinaire capacité à documenter, réunir, transformer, ébaucher et finaliser. Zola a plagié Berthet ? Non bien sûr ! Berthet a-t-il montré à Zola le chemin de Germinal ? Oui, certes !

    Bien sûr, Berthet écrit un roman-feuilleton pour la jeune fille de bonne famille que l'on aurait versé, il n'y a pas si longtemps, dans la catégorie des livres "à l'eau de rose". Les gentils y sont riches, paternalistes et miséricordieux. Les méchants y sont pauvres, ivrognes, meneurs de grèves, et parfois même, assassins. Chez les riches tout est blanc, chez les pauvres, tout est noir. Tout est noir comme la mine et la poussière qui tombe des pages du roman. C'est un conte de fées où le prince arrive au début du roman "déguisé en ouvrier". Il tentera de conquérir le coeur de la fille du patron que son "déguisement" rend inaccéssible malgré ses actes de bravoure et son extraordinaire ingéniosité qui tire le père d'une ruine certaine. Le mur social est infranchissable. Comme dans tous les contes de fées, la fin sera heureuse : le méchant va mourir et l'ouvrier va se transformer en ingénieur : le prince charmant pourra épouser la princesse.

    Numériser0001.jpgDe ce roman, Zola en fera une "superproduction" : on retrouve chez Zola la même mine, la même poussière, les mêmes riches et "blancs", les mêmes pauvres et "noirs", les mêmes catastrophes, les mêmes "ducasses". Mais Zola n'écrit pas pour le même public. Si les "Houilleurs" de Berthet ont vêcu et sont décrits en 1866, ceux de Zola vivent aussi en 1866 mais sont décrits en 1885. Et même s'ils vivent tous la même époque, l'écriture de "Germinal" a vêcu la Guerre de 1870 et surtout la Commune de 1871. Le cadre, les personnages, l'intrigue se sont épaissis chez Zola pour prendre épaisseur et dimension du chef d'oeuvre que l'on connait.

    Toutefois, reconnaissons ici l'influence d'Elie Berthet sur Emile Zola.

    HD'H à suivre : Zola "Fin-de-Siècle" (Publication prêvue le Mardi 20 avril)

  • 17.4 De Berthet et ses "Houilleurs" au "Germinal" de Zola

    Zola.jpgEn janvier 1866, Zola est encore chez Hachette où il assure la promotion des livres que cette grande maison édite. Sa fonction y est celle qu'il a voulue et créée. Il est entré chez Hachette quelques années auparavant comme simple auxiliaire chargé de manutention : il emballe et expédie les ouvrages. Exemple de tenacité, ce fils d'émigré italien va gravir rapidement les échelons pour atteindre le niveau de chef de publicité. Il en profitera pour enrichir son carnet d'adresses et y développer le réseau qui lui permettra d'assoir le rayonnement qui lui sera utile quand il s'agira en 1966 de voler de ses propres ailes et vivre enfin de sa plume. En ce début d'année, il y fait donc la "promo" des "Houilleurs de Polignies" qu'Elie Berthet vient de publier chez Hachette après la sortie en feuilleton dans le Siècle de Louis Desnoyers. Il utilise pour celà le "Bulletin du Libraire et de l'Amateur" qu'il rédige et diffuse dans toute la France pour faire connaitre les dernières sorties. Bien évidemment, son rôle est de faire vendre la production de la librairie et l'on ne va pas y chercher l'expression d'une critique. Zola y écrit :

    "BIBLIOTHEQUE VARIEE

    (Elie) BERTHET. Les Houilleurs de Polignies, 1 Vol.

    M. Elie Berthet sait admirablement dramatiser ses récits et leur donner un intérêt poignant et familier à la fois. Il a le don de la terreur, des larmes et du sourire.

    Jadis, il introduisait ses lecteurs dans les catacombes de Paris et il obtenait un succès qui dure encore. Aujourd'hui, il nous fait descendre dans une mine de houille, et il traite avec un égal talent ces scènes de désespoir et d'angoisse qui se passent dans les entrailles du sol. Les Houilleurs de Polignies, les ouvriers de M. Van Best, se sont révoltés et demandent une augmentation de salaire ; le maître refuse, mais la fille du maître, Amélie, descend dans la mine pour apaiser les ouvriers, et elle y trouverait la mort, sans le dévouement d'un jeune houilleur que son père a engagé depuis peu, et qui au dénouement, se trouve être un jeune ingénieur déguisé, M. Léonard de Beaucourt. Il y a mariage, et l'ingénieur, qui a relevé la fortune de M. Van Best par la découverte d'une mine très riche, devient son associé et son gendre.

    Le livre est plein de très curieux détails sur la vie et les moeurs des houilleurs. C'est là un monde particulier et étrange dont le romancier a tiré parti en conteur pittoresque et intéressant. La partie de description est excellente ; elle fait faire au lecteur un voyage très émouvant dans ces couloirs étroits et troubles que visitent le feu grisou et les inondations. La partie dramatique est habilement mêlée aux détails techniques, et rien n'est plus attachant que les amours d'Amélie et Léonard, se déroulant au milieu des péripéties de la révolte des houilleurs, conduits par un coquin qui finit par expier ses crimes. Depuis "Les Catacombes de Paris", M. Elie Berthet n'a pas conté une histoire plus touchante et d'intérêt plus vif."

    Zola qui, au passage ne se gêne pas pour y dévoiler l'intrigue, la surprise et le final au lecteur, va rédiger, sans peut-être en être conscient, sa première note préparatoire à l'écriture de Germinal.

    Je me préparais à faire ce passionnant travail de comparaison afin de rechercher dans Germinal l'ombre des Houilleurs de Polignies quand je rencontrais le travail réalisé par Henri Marel, professeur à l'Université de Valenciennes. Il publia à la fin de 1980 dans les Cahiers de l'UER FROISSART cette étude comparative qu'il intitula "Germinal et les Houilleurs de Polignies" sur laquelle nous reviendrons amplement dans les notes prochaines. Ces travaux qui m'ont été aimablement communiqués par Mme Plouchart du service de Documentation de l'Université de Valenciennes vont nous aider à évaluer l'influence qu'Elie Berthet - si elle existe - eut sur Zola

    (A suivre...)

  • 17.1 Emile Zola et Elie Berthet

    berthet.bmp.jpgAu hasard des discussions échangées avec une amie très proche, j'ai appris, avec surprise et non sans ravissement, qu'elle était l'arrière petite fille de Bertrand Elie Berthet. Cet écrivain, romancier du XIXe siècle, est plus connu sous le nom d'Elie Berthet, ayant "perdu" son véritable prénom de Bertrand que l'usage de celui d'Elie a fait oublier. Elie Berthet fait partie aussi de ces étranges oubliés de l'histoire que je me plais à réhabiliter dans Hd'H, tant l'abondance et la qualité de l'oeuvre méritent une forte mise en lumière. Solange, si tu me lis... je te remercie vivement de m'avoir permis la découverte de cet homme qui devrait occuper plusieurs pages d'Hd'H dans les prochaines semaines.

    "Feuilletoniste". C'est comme celà que l'on désignait ces écrivains qui déroulaient les intrigues de leurs romans au fil des publications régulières des journaux. Élie Berthet (1815-1891), est un infatigable feuilletoniste et romancier né à Limoges. Il est porté au rang des romanciers à succès populaire qui se firent connaitre, tant en France qu’en Europe et ses œuvres ont été traduites dans près d’une dizaine de langues -. Avec "Paris avant l’histoire", publié en 1885, Élie Berthet apparaît comme l’auteur du premier véritable roman préhistorique de la littérature. Mon intérêt fût encore plus vif quand je découvris ses liens avec Emile Zola. Berthet avait 25 ans à la naissance de Zola et ce dernier découvrit ses oeuvres quand il travaillait chez "Hachette et Cie" où ses fonctions de Chef de Publicité lui faisait animer "Le Bulletin du Libraire et de l'Amateur de Livres" que cette importante maison d'édition adressait à la profession. Zola quitta Hachette en 1866 pour "vivre de sa plume"; l'année même où Hachette publia le livre d'Elie Berthet "Les houilleurs de Polignies", première grand fresque qui se déroule dans le monde de la mine oû Berthet décrit la vie âpre et difficile des "borains". Zola écrira Germinal vingt ans plus tard et on retrouva le livre de Berthet, abondemment annoté par Zola, dans l'important dossier préparatif que l'écrivain constitua avant l'écriture de Germinal. Nous reviendrons, au fil de ces lignes, sur Berthet "inspirateur" de Zola. Plus tard Zola et Berthet furent "collègues" au sein du comité de la "Socièté des Gens de Lettres" et ce jusqu'à la mort d'Elie Berthet en février 1891, quelques mois à peine avant que Zola en prenne la présidence (voir notes sur "Le Balzac de Rodin"). Zola, à plusieurs reprises, devait lui rendre hommage : en particulier le 25 octobre 1891 lors de l'inauguration du buste d'Emmanuel Gonzalès, aussi fondateur de la SGDL,  Il s'y exprime en ces termes :

    "Je me risquerai, messieurs, à un souvenir personnel. J’avais quatorze ans, et c’était pendant le choléra de 1854, au fond d’un bastidon perdu de la Provence, où ma famille s’était réfugiée. Là, pendant les trois mois de ces vacances forcées, j’ai dévoré tout un cabinet de lecture, que ma grand-mère, femme courageuse, allait me chercher à la ville, par paquets de quinze et vingt volumes. Tous les grands conteurs, les Dumas, les Eugène Sue, les Féval, les Elie Berthet, y passèrent."

    Mais Zola ne fût pas toujours aussi tendre et reconnaissant envers Elie Berthet. Notemment en 1878, au moment où il publie, dans "Le messager de l'Europe", une étude sur les caractères du roman français comtemporain. Il y met au sommet ceux qu'il désigne comme "les princes du roman" que sont Flaubert, Daudet et Goncourt, dignes "descendants de Balzac" et tout en bas "les bacleurs de feuilletons" où il range Elie Berthet aux côtés de Paul Féval, de du Boisgobey, de Xavier de Montépin, etc...

    "On les compte par douzaines [...]. Des charretées de vieux bouquins, de plus en plus illisibles, qui finiront dans les greniers rongés par les rats."

    Pas tendre ce Zola que le succès encore récent de l'"Assommoir" rend peut-être un peu trôp exigeant...!

    Dans les pages qui viennent, je vous proposerai de voir plus clair dans le personnage d"Elie Berthet et de rechercher plus particulièrement l'étendue de la dette - si dette il y a - que Zola doit à Berthet. (A suivre...)