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goncourt

  • 17.1 Emile Zola et Elie Berthet

    berthet.bmp.jpgAu hasard des discussions échangées avec une amie très proche, j'ai appris, avec surprise et non sans ravissement, qu'elle était l'arrière petite fille de Bertrand Elie Berthet. Cet écrivain, romancier du XIXe siècle, est plus connu sous le nom d'Elie Berthet, ayant "perdu" son véritable prénom de Bertrand que l'usage de celui d'Elie a fait oublier. Elie Berthet fait partie aussi de ces étranges oubliés de l'histoire que je me plais à réhabiliter dans Hd'H, tant l'abondance et la qualité de l'oeuvre méritent une forte mise en lumière. Solange, si tu me lis... je te remercie vivement de m'avoir permis la découverte de cet homme qui devrait occuper plusieurs pages d'Hd'H dans les prochaines semaines.

    "Feuilletoniste". C'est comme celà que l'on désignait ces écrivains qui déroulaient les intrigues de leurs romans au fil des publications régulières des journaux. Élie Berthet (1815-1891), est un infatigable feuilletoniste et romancier né à Limoges. Il est porté au rang des romanciers à succès populaire qui se firent connaitre, tant en France qu’en Europe et ses œuvres ont été traduites dans près d’une dizaine de langues -. Avec "Paris avant l’histoire", publié en 1885, Élie Berthet apparaît comme l’auteur du premier véritable roman préhistorique de la littérature. Mon intérêt fût encore plus vif quand je découvris ses liens avec Emile Zola. Berthet avait 25 ans à la naissance de Zola et ce dernier découvrit ses oeuvres quand il travaillait chez "Hachette et Cie" où ses fonctions de Chef de Publicité lui faisait animer "Le Bulletin du Libraire et de l'Amateur de Livres" que cette importante maison d'édition adressait à la profession. Zola quitta Hachette en 1866 pour "vivre de sa plume"; l'année même où Hachette publia le livre d'Elie Berthet "Les houilleurs de Polignies", première grand fresque qui se déroule dans le monde de la mine oû Berthet décrit la vie âpre et difficile des "borains". Zola écrira Germinal vingt ans plus tard et on retrouva le livre de Berthet, abondemment annoté par Zola, dans l'important dossier préparatif que l'écrivain constitua avant l'écriture de Germinal. Nous reviendrons, au fil de ces lignes, sur Berthet "inspirateur" de Zola. Plus tard Zola et Berthet furent "collègues" au sein du comité de la "Socièté des Gens de Lettres" et ce jusqu'à la mort d'Elie Berthet en février 1891, quelques mois à peine avant que Zola en prenne la présidence (voir notes sur "Le Balzac de Rodin"). Zola, à plusieurs reprises, devait lui rendre hommage : en particulier le 25 octobre 1891 lors de l'inauguration du buste d'Emmanuel Gonzalès, aussi fondateur de la SGDL,  Il s'y exprime en ces termes :

    "Je me risquerai, messieurs, à un souvenir personnel. J’avais quatorze ans, et c’était pendant le choléra de 1854, au fond d’un bastidon perdu de la Provence, où ma famille s’était réfugiée. Là, pendant les trois mois de ces vacances forcées, j’ai dévoré tout un cabinet de lecture, que ma grand-mère, femme courageuse, allait me chercher à la ville, par paquets de quinze et vingt volumes. Tous les grands conteurs, les Dumas, les Eugène Sue, les Féval, les Elie Berthet, y passèrent."

    Mais Zola ne fût pas toujours aussi tendre et reconnaissant envers Elie Berthet. Notemment en 1878, au moment où il publie, dans "Le messager de l'Europe", une étude sur les caractères du roman français comtemporain. Il y met au sommet ceux qu'il désigne comme "les princes du roman" que sont Flaubert, Daudet et Goncourt, dignes "descendants de Balzac" et tout en bas "les bacleurs de feuilletons" où il range Elie Berthet aux côtés de Paul Féval, de du Boisgobey, de Xavier de Montépin, etc...

    "On les compte par douzaines [...]. Des charretées de vieux bouquins, de plus en plus illisibles, qui finiront dans les greniers rongés par les rats."

    Pas tendre ce Zola que le succès encore récent de l'"Assommoir" rend peut-être un peu trôp exigeant...!

    Dans les pages qui viennent, je vous proposerai de voir plus clair dans le personnage d"Elie Berthet et de rechercher plus particulièrement l'étendue de la dette - si dette il y a - que Zola doit à Berthet. (A suivre...)

     

  • 16.1 A propos de Gustave Geffroy

    180px-Gustave_Geffroy.jpgA musarder comme je le fais dans cette fin du XIXe siècle, on rencontre immanquablement Gustave Geffroy. Cet homme était le critique d'art le plus renommé de cette fin de siècle et qui alliait la justesse de son jugement à la qualité de ses travaux d'historien et de ses talents de romancier. Il fût donc un passage obligé pour tout artiste. On le rencontre dans le Grenier des Goncourt, en visite à Champrosay chez les Daudet, consulté par Zola, rencontrant Claude Monet à Belle-Ile et se liant à Georges Clémenceau pour qui il collabore au journal "La Justice" au 10, Faubourg Montmartre. La petite histoire retiendra aussi qu'il fût l'un des dix fondateurs de l'Académie Goncourt et que son amitié avec Georges Clémenceau le portera à la tête de la Manufactures des Gobelins jusqu'à sa mort en 1926.

    Ce rayonnement est, pour moi, largement suffisant pour faire de cet homme un phare éclairant l'art de son temps. Mais il est plus encore, car il fût l'homme qui, avec Vollard, reconnut chez Paul Cézanne les talents novateurs du grand peintre. Alors que celui-ci était malmenné par toute une presse, il fût l'un des rares à le soutenir. Dans une lettre datée du 26 mars 1894, Cézanne le remerciera chaleureusement :

    "Monsieur, J'ai lu hier la longue étude que vous avez consacré à mettre en lumière les tentatives que j'ai faites en peinture. Je voulais vous en témoigner ma reconnaissance pour la sympathie que j'ai rencontré en vous." Signé : Paul Cézanne

    Cezgef.jpgEn 1896, Cézanne fera le portrait de Gustave Geffroy à la demande de Cézanne lui-même qui espèrait, en faisant celà, exposer le tableau au Salon de Bouguereau et s'attirer les faveurs du Jury du Salon de la Société des Artistes Français. Plus tard encore, c'est Geffroy qui en 1898 va entrainer Cézanne dans la souscription au "Balzac de Rodin" (Voir mes notes à ce sujet). Bien qu'anti-Dreyfusard, Cézanne va répondre à la demande de Geffroy et souscrire pour 40 francs et témoigner ainsi de l'admiration qu'il avait pour Balzac et pour Rodin.

    Aussi, il y avait beaucoup de raisons affectives pour que je puisse porter un intérêt aux écrits du personnage et je me suis récemment porté acquéreur d'une lettre de Gustave Geffroy. Cette lettre fera l'objet d'une Histoire d'Histoire dans une prochaine note.

    (A suivre...)

  • 14.2 Goncourt et son jardin

     la maison d'Auteuil.jpgFinalement, les pages que je préfère sont celles que Goncourt écrit quand il n'a pas envie de travailler. Il y fait taire ses rancoeurs, il assêche ses ragots pour laisser place à des petites merveilles littéraires. Ce sont de véritables "pilules" de poèsie que l'on lit, puis relit sans lassitude. J'admire ces auteurs qui écrivent comme ils peignent. A un point tel que, une fois le texte lu, ils laissent, dans notre imaginaire, la toile bariolée des couleurs qu'ils ont appliquées. Parfois même, ces images s'animent et se sonorisent dans un cinéma où les textes se drapent dans de curieux court-métrages. Ceux de Goncourt, dans ce cas, ne sont jamais longs. Tout au plus, une dizaines de lignes suffisantes à peindre l'instant. Un instant de plaisir. Allez-va... C'est si court que je ne résiste pas à vous en présenter deux :

    Le vendredi 19 avril 1889. C'est le printemps à Auteuil. Un de ces instants où il est doux de ne rien faire quand tout s'agite autour de vous. Voici comment le vivra Edmond de Goncourt qui, ce jour-là, n'écrira que ces lignes dans son Journal :

    "Je voulais travailler aujourd'hui, mais les roulades des oiseaux, la nage folle des poissons sortant de leur léthargie de l'hiver, le bruissement des insectes, l'étoilement du gazon par les blanches marguerites, le vert pointant dans le haut des pousses pourprées des pivoines, le vernissage des jacinthes et des anémones par le soleil, le bleu tendre du ciel, la joie de l'air d'un premier jour de printemps m'on fait paresseux et habitant de mon jardin toute la journée."

    soir.jpgUn peu plus tard, le samedi 25 mai de la même année, c'est l'orage qui gronde et, là encore, il ne couchera que ces quelques lignes sur sa page :

    "Cet après midi, il tonne. Le ciel est violacé et comme renfermant les lueurs d'un incendie lointain ; et sur le mur de lierre d'en face et sur la paleur effacée des fleurs de la jardinière de la fenêtre de l'escalier, c'est la lumière d'un crépuscule rose, la lumière que je vois éclairer les choses dans mes rêves, une lumière que, si j'étais peintre, je voudrais mettre derrière deux amoureux marchant dans la campagne."

     

     

  • 14.1 Les anémones de Goncourt

    L'étudiant que j'étais aurait applaudi des deux mains en apprenant la suppression de l'Histoire de la liste des matières enseignées en Terminale. Scientifique de formation, je considérais l'Histoire comme une matière dont l'apprentissage était fastidieux, inutile et source du temps perdu que je ne pouvais consacrer à mes chères études de laboratoire... C'est le domaine où je glanais le plus de notes à un chiffre et ceci n'arrangeait pas les choses. En faisant celà, je pènètrais, sans m'en rendre compte, dans la turbulence qui vous entraine dans cette forme de savoir unique qui caractérise les spécialisations. J'ai découvert la richesse de l'Histoire que bien des années plus tard, à l'heure où la vie - celle qui exige ou oblige - vous libère. C'est à cet instant que l'on prend conscience que le passé existe, qu'il n'est pas mort, et qu'au contraire, il comporte en lui la plupart les réponses aux questions qui nous environnent. Supprimer l'Histoire en Terminale implique que nous sachions apprendre à nos étudiants à ne pas l'oublier. Si je suis là, en train d'écrire ces quelques lignes hebdomadaires, c'est peut-être pour y contribuer un petit peu et rechercher ce temps perdu... Me voilà Proustien, maintenant...

    Egoncourt.jpgEn grattant le passé littéraire du XIXe siècle, on ne peut ignorer les frères Jules et Edmond de Goncourt et leur Journal. Cet ouvrage n'étant pas dans ma bibliothèque (dommage !), j'ai couru à la Bibliothèque -municipale celle-là - pour constater que les 22 volumes étaient difficiles à transporter... Mais je réalisais bien vite que leur lecture, même fractionnée, était la source d'une foule d'informations. Bien sùr, Edmond de Goncourt est une vraie "pipelette" qui nous conte, au jour le jour, ce qui traverse ses pensées et je réalise, d'un seul coup, que, si Goncourt vivait aujourd'hui, il écrirait le blog littéraire le plus lu du buzz... Bien sûr, comme pour tout ce qui est écrit avec spontanéïté, Il va y alterner le bon et le mauvais, écrire le sublime et parfois même se vautrer dans le vulgaire. Mais, au détour d'une page, il nous arrivera parfois de tomber sur des bijoux... Vous connaissez ? ... Ces textes que l'on a envie spontanément de noter sur un coin de feuille ... ou sur son Ipod... Aussi j'ai décidé de vous les faire partager, de temps en temps... Ce sont aussi des histoires d'Histoire.

    Ce mercredi 10 avril 1889, Edmond de Goncourt couche ces quelques lignes sur son Journal. Uniquement, ces quelques lignes .

    anemone.jpg"Les anémones, avec leurs pétales lâches, mous, affaissés, et avec leurs douces couleurs aux tons passés, mauve, lilas, rose turc, me semblent des vrais fleurs d'odalisques. Elles m'apparaissent aussi, ces fleurs, en le coloris de leurs nuances délavées autour de l'aigrette noire de leur calice, comme ayant la tendresse surnaturelle de couleurs entrevues dans un rève." 

  • 13.2 Citations de Jules Claretie

    JulesClaacad.jpgMon blog, c'est un peu comme une bouteille à la mer qui, je l'espère, échouera , un jour ou l'autre sur le rivage de l'expert qui voudra bien répondre aux questions qu'elle contient. Ma lettre de Jules Claretie ne semble inspirer personne pour le moment. Mais un jour, peut-être, avec la magie d'internet, je tomberai bien sur celui ou celle qui me donneront les clefs de ces réponses ou, plus simplement la remarque qui fera avancer la réflexion. Pour patienter, ou vous faire patienter, je vais vous livrer deux citations de Jules Claretie que j'ai rencontrées, comme celà, en flanant sur internet. Elles n'ont pas viellies et témoignent que notre Jules connaissait bien les hommes... A méditer !

    "Il en est de certains artistes comme du duc de Guise : ils paraissent plus grands couchés que debout"

    et celle-ci... assez actuelle, ma foi...

    "Tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens, d'autant plus sévères, qu'ils ne font rien du tout."

    En attendant désespèrément vos commentaires constructifs, je vous informe que, dans les prochains jours, nous évoquerons Edmond de Goncourt. Nous parlerons aussi d'un homme dont j'ai découvert les nombreux talents. Je veux parler d'Albert Robida

  • 3.1 Un menu de Mme Veuve Daudet

    Menu3.jpgPeu de chance que ce document, pour charmant qu'il soit, soit attribué a Madame Daudet, l'épouse d' Alphonse Daudet. En effet, c'est un menu relatif à un repas qui s'est tenu le 30 décembre 1900 dans un village dénommé Quissac à 25 km de Nimes. Ce qui pourrait l'associer à Julia Daudet est que le nom du convive qui est mentionné est celui de Madame Vve Daudet. Malheureusement, le patronyme Daudet est très présent autour de Nimes et il faudrait trouver un document attestant de sa présence à Quissac, ce jour-là, pour croire à cette possibilité. Pourtant, vous allez le découvrir, certains détails interpellent.

    Cette incertitude implique des recherches et ce document a déjà le mérite de nous faire découvrir le personnage qui se révèlera fort intéressant. Avant d'en savoir plus, si vous habitez pas très loin de Quissac, allez fouiller pour moi dans l'état civil de la Mairie pour voir si un évènement a pu justifier un repas le 30 décembre 1900, repas qui concernerait une Mme Veuve Daudet.

    LE MENU

    Menu2.jpgIl s'agit d'un petit carton plié en portefeuille, de 12 cm de haut et 9 cm de large, qui porte sur son verso la mention "Madame Vve Daudet". Il est accompagné d'un petit carton rectangulaire où le nom de Madame Daudet est reproduit dans un décor de fleur destiné probablement à la place du convive dans le plan de table.

    Le menu est simple, toutefois, la présence de Champagne laisse à penser à un repas de fête :

    Hors d'Oeuvre - Bouchées truffées - Civet de Lièvre - Veau aux champignons - Petits pois - Poulets rôtis - Desserts variés - Vins : Bordeaux - Champagne

    Ce menu est quelque peu "rustique" et peu conforme aux menus habituellement dispensés chez les Daudet mais il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas chez elle. toutefois, au delà de ces éléments, c'est la partie recto qui interpelle. Elle figure un charmant dessin comme on savait les représenter en 1900 et que nous examinerons dans une autre note.

    menu5.jpgQuand à la présence de Julia Daudet à Nimes, ville natale de son époux, j'y ai bien repèré sa trace en 1900. Veuve depuis 1897, elle y est venu en avril, accompagnée de ses fils, Léon et Lucien, et de sa fille Edmée. Ensemble, ils assistèrent le 7 avril à l'inauguration du Monument Alphonse Daudet, sculpté par Falguière. Cette venue est consignée dans un procès-verbal du Conseil Municipal que je produis ci-contre. Noter que cette inauguration devait causer localement quelques remous dûs à la présence de Léon Daudet, proche de Drumont et de Charles Maurras, sur un fond d'affaire Dreyfus encore présente. Je n'ai pas trouvé d'autres traces de passage de Julia. M. Georges Mathon (Nemausensis) m'a obligeamment aidé dans mes recherches en me spécifiant qu'il avait peu d'informations sur les séjours de Julia dans Nimes et ses environs. Son fils, Lucien, écrira toutefois un petit chapitre sur sa mère (6 pages) dans un livre "Vie d'Alphonse Daudet" édité chez Gallimard en 1941. Il reste évasif, une seule allusion sur un voyage de Julia après la mort d'Alphons, "dans le Midi de la France".