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  • 8.3 Le lithographe : Fernand Mourlot

    Ma carte de Noël devait me réserver une deuxième surprise. La deuxième lettre transmise par la Fondation Gunter Böhmer était aussi rédigée par le même personnage, J. O'Meara. Mais cette deuxième lettre, adressée le 23 décembre 1938, à la veille de Noël, l'était à Fernand Mourlot, 18 Rue de Chabrol à Paris. Dans cette lettre, il demande à Fernand Mourlot de vouloir bien remettre à Monsieur Böhmer les six exemplaires sur Japon qu'il avait gardé sous macules. Le mot "macule" désigne des feuilles que l'on intercale entre les feuilles fraichement imprimées pour éviter de tâcher le verso de ces feuilles. L'impression de la carte est donc toute fraîche...

    emourlot015.jpgFaut-il présenter Fernand Mourlot ? Son nom est désormé associé à la lithographie d'art. L'époque où il réalise ce document en 1938 fera date et cette carte fait partie des prouesses artistiques mais aussi techniques de ce génie de l'art graphique. Hervé Bordas, le petit-fis de Fernand Mourlot, m'a aimablement rapporté que l'artiste rêvait de reproduire la Tapisserie de Bayeux. Cette carte de Noël en est l'illustration et cette réalisation d'une bande dessinée de 4 mètres est déjà une performance technique étonnante en 1938.

    Vous pouvez lire ci-contre, sur le site que Hervé Bordas consacre à son grand-père, les détails sur sa vie et son oeuvre réalisée en grande partie dans l'imprimerie au 18 de la rue de Chabrol. Cette rue est déjà célèbre qui fût le théatre du "Fort Chabrol", celui d'une autre imprimerie où, en 1899, Jules Guérin publiait "l'Antijuif" au n° 51. Ce repère antidreyfusard est assiègé pendant 38 jours par la police. Jules Guérin et ses hommes finiront par se rendre le 20 septembre 1899.

    Le nom de Fernand Mourlot restera associé à l'affiche d'art. Débutant en 1930 avec l'exposition Delacroix, puis Vlaminck et Utrillo vinrent rue de Chabrol. Puis ce sera un défilé d'artistes peintres célèbres comme Picasso, Matisse, Chagall, Miro, Braque, Bonnard, Dubuffet, Léger, Giacometti ... Nous pouvons y ajouter aujourd'hui le nom de Gunter Böhmer.

    Je veux associer aussi à cette carte ses pressiers , le père Tutin et Célestin qui y ont certainement collaboré à l'époque en apportant à cet art nouveau le génie des innovations.

    Pierre Cabanne rapporte dans "Cinquante ans de lithographie", extraits © Pierre Bordas et fils éditeurs, 1983 les propos de Paul Valéry qui déclare :

    "La lithographie est peut-être de tous les moyens graphiques d'accompagner un texte celui que la poésie appelle de préférence".

    J'y ajouterai qu'en plus, comme on s'en rend compte avec la lithographie de cette carte, nul n'est besoin de texte pour que la poésie s'y exprime.

  • 8.2 Le dessinateur : Gunter Böhmer

    Gbohmer.jpgLe dessinateur de cette carte de Noël ne fût pas difficile à identifier. Ce n'est pas pour autant que la surprise fût moindre. Il s'agit de Gunter Böhmer. Ce dessinateur allemand , après des études de philosophie en Allemagne, va séjourner auprès de son ami, Hermann Hesse, célèbre poète, peintre et  romancier , à Montagnola (Tessin) où il habite la Villa Camuzzi. Puis, de 1934 à 1937, il vivra en Italie où il fera ses classes dans l'imprimerie d'art Bodoni à Vérone. C'est en 1938 qu'il rejoindra la France à Rouen où il travaillera à l'illustration de "Madame Bovary" de Gustave Flaubert. C'est au cours d'un séjour à Paris, comme artiste indépendant, qu'il collaborera avec les Editions Albatros de John Holroyd-Reece pour qui il réalisera cette carte. Elle constitue l'un des premiers dessins connus de l'artiste qui s'y reprèsente plusieurs fois. Il apparait dans la première illustration, sa pallette sous le bras, accompagné d'un petit âne et un cor de chasse en bandouillère. Ce sera aussi la dernière image au verso de la carte où il se représente, donnant la touche finale à son dessin. L'âne et le cor de chasse y figurent encore. Je ne peux, pour le moment, donner un sens à la présence de ces éléments. Le monogramme G. Bhr. pour "Gunter Böhmer" qui apparait sur la première page prend tous son sens.

    Mes contacts avec la Fondation Ursula et Gunter Böhmer dont vous trouverez l'adresse ci-contre, me permis de confirmer ce travail. Le document y est identifié et la fondation possède deux lettres en français le concernant et dont il m'a été communiqué les copies. La première, signée J. O'Meara - probablement un cadre administratif des Editions Albatros - est adressée à Gunter Böhmer, qui réside alors au 84 de la rue du Cherche-Midi. Elle est datée du 14 décembre 1938 et demande au dessinateur d'aviser une demoiselle Schubert de l'achèvement des deux pierres en vue de leur prochain enlèvement. La carte se révèle donc comme l'histoire de ce peintre qui arrive au 12 rue Chanoinesse, qui saisit au vif des croquis de la vie de l'entreprise et des différents collaborateurs. Il y sont montrés dans des scènes de travail, au cours de réceptions mais aussi dans le cadre de l'intimité des appartements de John Holroyd-Reece et de son épouse Jeanne. Le peintre se représente en train d'y saluer le couple une fois le travail de dessin achevé. L'image de son départ, avec son âne et son cor de chasse, est remplie de grande sensibilité sur fond de cathédrale Notre-Dame et dans la tourmente du crépuscule.

    bohmer016.jpg

    Gunter Böhmer connaitra la célébrité de 1960 à 1976 où il fût professeur d'arts graphiques à l'Académie Nationale des Arts Graphiques de Stuttgart. Il y construisit sa réputation d'illustrateur avec pas moins de 140 livres illustrés avec Hermann Hesse et Hermann Lauscher. Il décédera en 1986 à Lugano (Suisse) où ces cendres reposent au cimetère de San Abbondio à Gentilino (Suisse). 

     

  • 8.1 Une curieuse carte de Noêl

    cartenoel.jpgAh les cartes de voeux d'entreprise adressées au moment des fêtes de fin d'année ! Certains font faire ce travail, souvent considéré comme fastidieux, par leur secrétaire; d'autres le font consciencieusement, soucieux d'adresser des voeux sincères à leurs précieux clients. Je ne sais pas à quand remonte la tradition mais l'histoire qui va suivre est celle d'une curieuse carte de Noël qu'une société d'édition va réaliser en 1938 pour célébrer un "paisible" Noël. A mi-chemin entre l'art et la publicité, cet objet n'a pas fini de nous étonner.

    Encore plus curieuses sont les circonstances de l'acquisition de l'objet. Présenté comme un carnet de dessins, je fus séduit par la qualité du graphisme et la sensibilité du dessinateur. Qu'elle ne fût pas ma surprise, lors de sa découverte, de découvrir qu'il sagissait d'une somptueuse série de dessins lithographiés sur une bande de papier large de 16 mm, pliée en accordéon - on dit leporello - sur près de 4 m de longueur. L'ensemble peut prendre, au premier sens de l'expression, la désignation de bande dessinée. Un peu comme une tapisserie de Bayeux du 20ème siècle. Ma surprise fût totale quand je constatais qu'il s'agissait d'une carte de voeux de Noël :

    "The office & our home at 12, rue Chanoinesse, Paris from which Jeanne and John Holroyd-Reece send you their X-mas greetings and wishes for a peaceful New Year".

    Le tout est ponctué par - ce que je pris dans un premier temps pour une colombe - un albatros tenant en son bec une missive. Cette carte a voyagé. Elle porte en plus une mention manuscrite, pour le moment illisible, et dont la reproduction figure dans l'album ci-contre. Amateurs graphologues, vous êtes attendus : faites vos propositions...

    Pour l'histoire, la voici : John Holroyd-Reece (1897-1969), après des études à Cambridge, traverse la Première Guerre Mondiale comme membre de la 5ème Brigade de Cavalerie en Egypte. Après une première expérience à Florence, il fonde en 1930 les éditions Albatros dans les locaux d'un hotel particulier aux murailles médiévales du N°12 de la rue Chanoinesse, à Paris, dans l'Ile de la Cité, derrière la Cathédrale Notre Dame.Cette maison d'édition se spécialise rapidement dans l'édition de livres de langue anglaise à destination du marché continental européen. Le personnage semble controversé. Tantôt considéré comme l'un des plus grands génies de son temps, parfois comme un homme douteux, comme le rapporte les écrits de Graham Watson. Le véritable profil de John Holroyd-Reece reste à définir.

    On ne sait pas, pour le moment, qui a eu l'idée de la carte de Noêl. Mais la première vision de cette carte montre la vie au sein des Editions Albatros. Elle présente les bureaux et leurs occupants que l'on pourra identifier par de monogrammes laissés par le dessinateur. La carte va plus loin car elle pénêtre les appartements privés et présente Jeanne Holroyd-Reece en compagnie de ses animaux dans sa chambre à coucher. L'ambiance semble gaie et bon enfant, familiale.... Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale où les bruits de bottes commencent à se faire entendre...

    La suite nous en apprendra plus sur la Carte et sa réalisation.