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jongkind

  • 18.2 Zola : L'Impressionniste"

    Marie-Claire Bancquart dans Paris "fin-de-siècle" affirme que "L'OEuvre" de Zola présente une intrigue des plus faibles du cycle des Rougon-Macquart :

    "On croirait à un roman pour midinettes, quand on lit le récit de la rencontre avec le peintre Claude et la jeune Christine, un soir d'orage, sous une porte cochère du quai Bourbon."

    Ce jugement est certes juste si on compare l'intrigue de "L'OEuvre" à celles que Zola nous avait proposées dans l'Assommoir ou dans Germinal. Le côté "fleur bleue" colle bien toutefois aux personnages et ne gène en rien au sens vrai du roman qui, on va le voir, est un roman-charnière, un roman-bilan en rapport direct avec la vie de l'écrivain en 1886. C'est en ce sens qu'il est un roman majeur dans l'oeuvre de Zola. D'ailleurs Marie-Claire Bancquard ne se trompe pas :

    "Et malgré une intrigue si faiblement conçue, on se sent devant un roman fort."

    Numériser0002-1.jpg (*) Si l'on met de côté la bleuette mélodramatique qui se joue entre Claude et Christine, on découvre ce qui fait la force du roman : Zola, l'impressionniste qui n'a pas besoin de pinceau pour peindre quatre admirables chef-d'oeuvres qui constituent la véritable assise du livre. Relisez le roman et vous y trouverez ce travail d'artiste. Zola a fréquenté de près les peintres. Critique d'art à son heure, il en vêcu avec eux les joies et les affres de la création et ses descriptions sont de véritables toiles de maîtres qu'il serait aisé à reproduire tant les mots respirent la couleur. Marie-Claire Bancquart isole quatre compositions qui marquent les étapes de la carrière de Claude Lantier : L'Ile Saint-Louis, les petits hotels face à l'île, la Seine et ses chalands, et le Paris tragique de feu et de sang. Autant de toiles qui composent les décors où évoluent les personnages. Autant de force au point de se demander s'il ne s'agit pas d'un roman inversé oû l'intrigue serait décor et vice-versa. Les évocations de Marie-Claire Bancquard sont là pour l'illustrer:

    "L'île Saint-Louis n'est plus que l'extrèmité de la ville, toute baignée dans une lueur rouge qui est, cette fois, celle de la joie et de l'innocence. Le point de vue change. Paris est maintenant décrit par ses ciels capricieux d'"or" et de "lave", d'"étincelles", opposées aux soirs calmes où la coupole de l'Institut apparait seule en noir sur du "saphir".

    Ces vues sont structurées comme "Les Quatre Saisons" de Cézanne où l'été, le printemps, l'automne et l'hiver rythmeraient la carrière amoureuse et artistique de Claude et de Christine. Mais l'on y retrouve toute l'essence du vêcu de Zola : les escapades de jeunesse à Bennecourt, les charrettes où l'on empile les toiles que l'on présente à l'Expo, le poêle fumant de Mahoudeau que Cézanne peindra, l'irrépprochable Alexandrine, l'"honnête" épouse qui cache une jeunesse qui brinqueballe, c'est aussi l'embrasement de la Commune... C'est Zola lui-même en pleine crise de la quarantaine qui n'a pas encore rencontré "celle qui lui redonnera ses vingt ans". C'est pour tout celà qu'il sagit du roman-bilan-charnière de l'oeuvre de Zola qu'il faut relire avec de nouveaux yeux.

    Nous tenterons dans la prochaine note de le relire avec les yeux de Cézanne, et là, nous aurons encore une autre lecture... (à suivre...)

    (*) Le tableau représenté est l'oeuvre de Johan Barthold Jongkind, "La Seine et Notre-Dame de Paris" (1864) - Musée d'Orsay