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jourdain

  • 11.4 Zola écrit à Frantz Jourdain

    En fait, la statue de Balzac est le premier et grand combat que Zola va livrer au sein de la Société des Gens de Lettres. Zola, candidat à l'Académie en mai 1891, s'est vu refuser le fauteuil qu'il convoitait depuis le 21 mai au bénéfice de Pierre Loti. Sa fonction de Président de la SDGL , qu'il avait obtenue en avril, sera pour lui, le moyen de s'exprimer et de sortir de sa tanière : "On pouvait me prendre pour un ours, je le reconnais, Ce rôle m'a ennuyé. Je le reconnais aussi. Je suis heureux de me dépouiller de ma peau d'ours au milieu de vous."

    L'occasion est belle pour lui de donner enfin un influx nouveau à la réalisation de l'hommage rendu à Balzac qu'il souhaite depuis 1880, date où il s'indigne de l'absence de geste à la mémoire de l'auteur de la Comédie humaine. Il y avait bien eu commandite en 1887 d'une statue de Balzac par la SGDL à Henri Chapu, mais celui-ci décède le 15 avril 1891, laissant son travail inachevé. Or, il se trouve que Frantz Jourdain avait proposé le nom de Rodin sans succès. Ce décès est un élément qui permet à Zola de reconsidérer la commande de la SGDL. D'autant plus qu'il y a un deuxième problème : Zola et la nouvelle commission sont réticents quand à l'emplacement souhaité par Chapu au Palais-Royal dans la Galerie qui est jugée mal fréquentée. Il la préfèrerait Place de l'Opéra, par exemple "au milieu de la grande foule".... Et le 13 juin, il obtient du préfet de la Seine, le fameux Eugène Poubelle, l'accord sur l'emplacement de la Place du Palais Royal : "Notre cher Paris vous devra ce nouveau service, d'avoir pu glorifier dignement le génie".

    La décision est prise et Zola profite des circonstances pour demander un desistement à Antonin Merciè qui avait succédé au projet de Chapu et que celui-ci accorde sans grande difficulté. Zola se retourne sur Frantz Jourdain et sa première proposition : Rodin.

    Frantz Jourdain.jpgQui est Frantz Jourdain ? C'est un architecte ami de Zola. C'est homme, écrivain à ses heures, fréquente les salons littéraires à la mode dont celui des Daudet. C'est lui qui conseillera Zola dans ses oeuvres à chaque fois qu'il faudra faire référence à l'architecture (Au Bonheur des Dames) et qui sera, des années plus tard, à l'origine de l'immeuble de la Samaritaine (Ci-contre - Source Wikipedia). Il sera aussi un conseillé très suivi de Zola dans les modifications qu'il fera effectuer à Médan. Il est aussi à l'origine de l'habitat social. Ses visions et ses pensées vont bien sûr plaire à Zola qui va faire de lui, le successeur du projet quand il lui écrit ce 1er juillet 1891.

    "Mon cher Jourdain, l'affaire dont je vous ai parlé presse, et peut-être pourrons-nous arrêter le choix d'un nouveau sculpteur, dans notre séance de lundi [ 6 juillet ndlr]. Voyez-donc Rodin le plus tôt possible, persuadez-le que la statue doit avoir au moins quatre mètres, sans compter le piedestal, et voyez si le tout peut être exécuté et mis en place pour la somme de trente mille francs. Dans ce cas, il faudrait que Rodin m'écrivit tout de suite, en me demandant d'exécuter la statue (y compris le piedestal dont vous vous chargeriez) pour cette somme de trente mille francs. Il devra s'engager dans sa lettre à livrer le monument le 1er mai 1893. Enfin, qu'il indique aussi la hauteur de l'ensemble. Toudouze, qui s'est occupé de l'affaire avec Mercié, ira sans doute vous voir de ma part, pour vous donner tous les détails nécessaires ; et vous pouvez lui confier la lettre de Rodin, qu'il me remettra lundi avant la séance"

    Le lundi 6 juillet, le comité de la SGDL portait dans son registre n°13, sous la signature de son Président Emile Zola son choix d'Auguste Rodin pour la réalisation de la statue de Balzac.

    Zola venait de gagner la première bataille d'une guerre qui est  loin de s'achever... A suivre... 

     

     

  • 11.3 Zola écrit à Claretie

    Zolacorresp.jpgLe 1er juillet 1891, Emile Zola est à Médan. Il s'y apprête à vivre un été tranquille, certes besogneux, puisqu'il travaille sur La Débacle, son prochain roman, et il envisage seulement d'aller passer quelque jours à Paris pour assister à la Revue du 14 juillet qui aura lieu à Longchamp. Il devrait rester sur Paris le 15 où les Zola ont prévu de recevoir les Bruneau, rue de Bruxelles. Il est alors en charge de la Présidence de la Société des Gens de lettres depuis peu et c'est à ce titre qu'il va adresser un courrier à Jules Claretie concernant la statue de Balzac. La SGDL souhaite alors  honorer la mémoire de l'écrivain qui en 1838 avait été co-fondateur de cette société chargée de défendre les droits des auteurs. Il y répondait à une dépêche de Jules Claretie l'informant de l'offre faite par M. D. Osiris de financer la statue.

    "... Quelqu'un a déjà offert à la Société des gens de lettres de "donner" la statue de Balzac. Mais ne vous semble-t-il pas que cela ne serait guère glorieux, ni pour Balzac, ni pour nous tous, qu'un simple particulier "donnat" la statue à lui tout seul, ce qui nécessiterait naturellement une inscription constatant le fait. D'ailleurs, une souscription est ouverte, nous avons vingt-six mille francs, et la seule chose acceptable serait une souscription, dont le chiffre serait aussi élevé que le voudrait bien le souscripteur, dix mille, vingt mille francs. J'ajoute que nous ne pouvons encore savoir ce qu'il nous faudra, et que peut-être les vingt-six mille francs nous suffiront-ils. Ne découragez pas le bienfaiteur dont vous me parlez. Et écrivez-moi. Nous verrons ce qu'il y aura à faire."

    Dans la foulée, le même jour, Emile Zola va s'empresser d'adresser une lettre à Frantz Jourdain, architecte en vogue, qui réalise dans Paris de nombreux travaux dont l'immeuble de La Samaritaine. A suivre...