Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

leyret

  • 9.3 Henry de Groux, Léon Bloy et Emile Zola

    Degsepia.jpgC'est encore un sentiment d'injustice que l'on ressent en explorant la vie terrible d'Henry de Groux. Une vie terrible rapportée dans l'ouvrage de son beau-frère Emile Baumann, paru chez Grasset en 1936, - une vie terrible traduite dans son Journal, édité chez KIMÉ (INHA) en 2007. Son oeuvre méconnue, l'est en partie à cause de lui-même qui fuyait la célébrité et recherchait l'ombre de la discrétion. Il est probable que cette attitude soit destinée à protéger son souci d'indépendance de la libre pensée qui le caractérise et qui caractérise les artistes. Jean-David Jumeau-Lafond , résume parfaitement la perception de ce document dans sa présentation de l'ouvrage :

    Plongée intime dans un univers mental tourmenté, la lecture de ce journal, dont le riche contenu est impossible à résumer ici, ouvre des perspectives infinies non seulement sur l’art de de Groux, si injustement sous-estimé, pour ne pas dire méprisé (et tout particulièrement en France) ; elle permet aussi une intimité inédite avec la pensée de celui qui ne lasse pas d’intriguer encore et encore, et dont l’œuvre comme la « parole » de véritable écrivain, ici restituée, s’affirment comme parmi les plus impressionnantes de son époque.

    Je vous invite à visiter aussi l'album ci-contre où j'ai fait figurer quelques exemples de son oeuvre disséminée de par le monde au rythme de ses errances. Vous le découvrirez dans son âme de peintre symboliste tourmenté, imbibé de romantisme et dont le regard diabolique annonce déjà le déséquilibre d'une démence qui se profile et qui le classera parmi les peintres fous.

    Détracteur de Paul Cézanne qu'il dénigre, il voue une amitié fusionnelle à Léon Bloy, dont on dit même qu'il en était asservi, il va, lors de l'affaire Dreyfus, faire preuve de cette indépendance d'esprit. De Groux écrit le 11 décembre 1898 :

    "Bloy vient me trouver ce matin. Il a certainement lu dans l'Aurore de ce matin l'article de Clémenceau et celui de Leyret où il est question de l'inoubliable lettre de Zola et qui retentit comme  « un coup de tonnerre jusqu'alors inouî» et de «l'immortel pamphlet de Zola» etc. C'en est trop évidemment et il trouve qu'on lui fait vraiment la part trop belle. Pendant une heure il m'agonise d'injures et gueule [de] violentes diatribes contre «Zola et sa bande» qu'il estime incapable d'un acte de générosité quelconque et n'être qu'un imbécile abject dans la main de Clémenceau qui seul a du talent à l'Aurore et n'est qu'un maniaque féroce lui-même capable «de faire scier en deux de petits enfants». Je ne parviens pas à placer le moindre mot et je sens combien c'est d'ailleur inutile !"

    Après cette sombre période où de Groux subira la pression de Léon Bloy , le dégoût du monde qui l'environne, le doute dans sa foi et sa croyance en l'Eglise, il lui conservera malgré tout son amitié.