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marquet de vasselot

  • 11.5 Zola est-t-il l'inspirateur de Rodin ?

    Au soir du 6 juillet 1891, Zola peut être content de lui. Rodin sera donc désigné pour réaliser la statue de Balzac. Pourtant ce fut moins facile qu'on le pensait : le choix de Rodin est loin de rassembler une forte majorité au sein du Comité de la Société des Gens de Lettres. Entre les deux candidats en lice la bataille fût rude : Marquet de Vasselot et Rodin obtinrent chacun 9 voix au premier tour et il y a un bulletin blanc. Le deuxième tour verra Rodin l'emporter avec 12 votes contre 8. Majorité certes mais unanimité non.

    Le 8 juillet, Rodin écrit à Zola :

    "Mon cher Maître, Grâce à vous, me voilà le sculpteur de Balzac et patronné par Emile Zola. Me voilà encadré de manière redoutable... Vous me serez d'un grand secours pour les idées à avoir, car pour le moment je n'en ai pas et vous avez certainement pensé au monument ..."

    Zola passe la semaine du 13 juillet à Paris où il envisage d'aller voir à Longchamps la Revue du 14 Juillet et il en profite pour recevoir Rodin le  mercredi 15 dans son appartement de la rue de Bruxelles. Une longue conversation s'établira entre les deux hommes et l'on peut penser que la statue qui est aujourd'hui à Vavin, Boulevard Raspail est, quelque part, née de l'échange entre les deux artistes. Bien sûr, Zola avait sa petite idée... Bien sûr, Zola la transmettra à Rodin. Ce que certains ont interprété comme une austérité monolithique serait-il, en fait, la transcription par Rodin de la vision zolienne ? Balzac, ouvrier des lettres, dominant le monde. La statue est pensée pour rayonner sur la foule et, comme le voulait Zola :

    "pour perpétuer le souvenir de Balzac sur la place du Palais-Royal".

    019.jpgLa tache de Rodin ne sera pas facile : il n'a pas été fait de masque mortuaire de Balzac et l'iconographie est restreinte. Sur les conseils de Zola, Rodin lit Lamartine, et s'imbibe des pages que le poête consacre à Balzac et s'arrête sur la célèbre phrase :

    "C'était la figure d'un élément"

    Il séjourne en Touraine, pays de Balzac, relit "Le Lys dans la vallée", s'attarde sur les bords de l'Indre et tentera donc de "rencontrer" Balzac dans la population tourangelle. Il modèle les masques de plusieurs personnages rencontrés dans la région. En vain, il cherchera un vérité qui enfin surgira grace à Matthias Morardt, son ami de toujours, qui lui apporte un daguerréotype, merveilleux, magistral que possède Nadar. Gustave Geffroy, le célèbre critique d'art, écrira en 1893 :

    "C'est le Balzac des derniers jours, souffrant et grave, la main étendue à plat sur la poitrine comme pour dire le mal dont il meurt et attester son oeuvre immense interrompue."

    L'affaire est bien partie. Rodin sera en mesure de montrer à Zola sa maquette en argile en décembre et  celui-ci suivra, en personne, l'évolution de l'oeuvre. En janvier, Zola versera à Rodin le premier accompte de 5000 francs. La première bataille était gagnée : le train était sur de bons rails. (à suivre...)