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nicollas

  • 5.2 Emperaire : un peintre inconnu

    Emperaire2.jpgDix ans de plus que Paul Cézanne, Achille Emperaire quitta l'école des beaux-arts d'Aix, chez M. Gibert, en 1858 au moment où Cézanne y faisait son entrée. Il est peu probable qu'il s'y soient connus. Monté à Paris, tout imprégné de l'enthousiasme por la recherche d'une reconnaissance que lui faisait espèrer la capitale, il va, sans le savoir, parcourir les mêmes chemins que Paul Cézanne empruntera. Leurs chemins se rejoindrons en 1872 quand Cézanne l'acceuillera le 18 janvier dans son "réduit" de la rue de Jussieu où il était descendu "pour se réconforter". Mais Achille n'y est pas bien ; il estime que "Paul est assez mal établi. En outre, un vacarme à réveiller les morts", et il cherche un autre logement...  Achille connaissait l'Académie "Suisse" depuis un précédent séjour en 1861. C'est là que les deux amis vont apprendre à se découvrir et partager leur galère. Leur conquête de Paris sera difficile car ils partageront les mêmes visions et conceptions de la peinture. Mais ces conceptions ne sont pas celles du jury du "Salon". Achille sait que sa peinture parait révolutionnaire aux yeux de ceux qu'il appelle "Les Grands de la Terre" et il traite de "farouches" les membres du jury. Ces propos, rapportés par Victor Nicollas, vont plus loin le voir se plaindre "d'avoir à compter avec ce monstre qu'est l'art bourgeois". On croirait s'exprimer Cézanne. Le jour de la présentation de sa toile au jury du salon, il s'aperçoit de la destruction de celle-ci par un verni qu'il n'avait pas eu le temps de tester. Cet accident devait écarter Emperaire de toute participation au salon.

    Mais son avis sur Paris est fondé : "Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage pour la généralité. Pour quelques uns qui s'en tirent, mais, croyez-le, il ne sont pas de notre bord, tout le monde succombe". Sa vie fût un calvaire. Misère, épuisement, vache enragée : le Père Tanguy, marchand de couleur qui soutenait aussi Cézanne déclarait qu' "Emperaire avait résolu le difficile problème de vivre à Paris à raison de cinquante centimes par jour ?" Emile Zola serait intervenu en lui faisant proposer une place d'inspecteur des égouts de ParisNicollas raconte qu'Emperaire épouvanté se serait enfui, jugeant, en son âme d'artiste, cette fonction deshonorante. Dégoutté, Achille Emperaire retourna à Aix finir sa vie où le silence et le lumineux recueillement d'une nature bienveillante vont le consoler des déconvenues de la vie. Après le reste de sa vie, passée aux cotés de son jeune ami , le poète Joacquin Gasquet, il mourut à l'age de 69 ans le 8 janvier 1898.

     

  • 5.1 Achille Emperaire et Paul Cézanne

    Emperaire3.jpgLe tableau ci-contre est l'une des oeuvres les plus réputées de Paul Cézanne. Il s'agit du portrait de Achille Emperaire, un peintre, ami de Paul Cézanne, qui n'a pas connu la notoriété de celui-ci. Il est vrai que la notoriété de Cézanne fût tardive et l'on peut se demander si elle aurait été la même si Cézanne n'avait pas croisé la route d'Ambroise Vollard qui valorisa son oeuvre. Cézanne et Emperaire connurent les mêmes débuts difficiles, les mêmes galères malgré un acharnement inflexible. Si l'avenir ouvrit les portes de la reconnaissance à Cézanne, il n'en fût pas de même pour Achille Emperaire dont la peinture reste méconnue. Achille Emperaire est aussi un Aixois . Il a aujourd'hui sa rue dans cette ville, pas très loin de celle de Marcel Pagnol ...

    Il y a quelque temps de celà, je suis tombé sur un ouvrage édité dans le format d'une plaquette de 27 pages imprimée chez Moullot à Marseille en 1953. L'auteur, Victor Nicollas, par cet ouvrage, a l'extrème mérite d'éclairer l'oeuvre égarée d'Achille Emperaire pour la tirer de l'oubli ainsi que de retracer la vie obscure que cet homme, déjà peu favorisé par la nature, déroula, comme Cézanne, entre Paris et Aix-en-Provence. Je reproduis ici la conclusion émouvante de l'ouvrage qui permet, à Victor Nicollas, d'honorer sa mémoire :

    "S'il n'appartient pas à ces modestes lignes de créer des renommées et de tresser des couronnes, qu'elles rappellent au moins le vieux maître malchanceux. La gloire, a dit Balzac, est le soleil des morts. Il est temps qu'un rayon de soleil vienne caresser le cyprès de cette tombe abandonnée". (Aix, Avril 1953)

    Plus modeste encore, ce blog, par les notes qui suivront, apportera sa contribution pour entretenir le rayon de soleil allumé par Victor Nicollas