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rodin

  • 16.1 A propos de Gustave Geffroy

    180px-Gustave_Geffroy.jpgA musarder comme je le fais dans cette fin du XIXe siècle, on rencontre immanquablement Gustave Geffroy. Cet homme était le critique d'art le plus renommé de cette fin de siècle et qui alliait la justesse de son jugement à la qualité de ses travaux d'historien et de ses talents de romancier. Il fût donc un passage obligé pour tout artiste. On le rencontre dans le Grenier des Goncourt, en visite à Champrosay chez les Daudet, consulté par Zola, rencontrant Claude Monet à Belle-Ile et se liant à Georges Clémenceau pour qui il collabore au journal "La Justice" au 10, Faubourg Montmartre. La petite histoire retiendra aussi qu'il fût l'un des dix fondateurs de l'Académie Goncourt et que son amitié avec Georges Clémenceau le portera à la tête de la Manufactures des Gobelins jusqu'à sa mort en 1926.

    Ce rayonnement est, pour moi, largement suffisant pour faire de cet homme un phare éclairant l'art de son temps. Mais il est plus encore, car il fût l'homme qui, avec Vollard, reconnut chez Paul Cézanne les talents novateurs du grand peintre. Alors que celui-ci était malmenné par toute une presse, il fût l'un des rares à le soutenir. Dans une lettre datée du 26 mars 1894, Cézanne le remerciera chaleureusement :

    "Monsieur, J'ai lu hier la longue étude que vous avez consacré à mettre en lumière les tentatives que j'ai faites en peinture. Je voulais vous en témoigner ma reconnaissance pour la sympathie que j'ai rencontré en vous." Signé : Paul Cézanne

    Cezgef.jpgEn 1896, Cézanne fera le portrait de Gustave Geffroy à la demande de Cézanne lui-même qui espèrait, en faisant celà, exposer le tableau au Salon de Bouguereau et s'attirer les faveurs du Jury du Salon de la Société des Artistes Français. Plus tard encore, c'est Geffroy qui en 1898 va entrainer Cézanne dans la souscription au "Balzac de Rodin" (Voir mes notes à ce sujet). Bien qu'anti-Dreyfusard, Cézanne va répondre à la demande de Geffroy et souscrire pour 40 francs et témoigner ainsi de l'admiration qu'il avait pour Balzac et pour Rodin.

    Aussi, il y avait beaucoup de raisons affectives pour que je puisse porter un intérêt aux écrits du personnage et je me suis récemment porté acquéreur d'une lettre de Gustave Geffroy. Cette lettre fera l'objet d'une Histoire d'Histoire dans une prochaine note.

    (A suivre...)

  • 11.9 Balzac et Rodin : L'improbable rencontre

    L'histoire du Balzac de Rodin n'est pas terminée aujourd'hui. La statue qui est aujoud'hui érigée à Vavin, à l'angle du Boulevard Raspail, n'était pas conçue par l'artiste pour être présentée en ce lieu. La commande originale faite à Rodin par la SGDL prévoyait, en 1891, son érection au milieu de la place du Palais-Royal. Ses dimensions ont longuement été étudiées par Rodin lui-même pour qu'elle puisse s'inscrire dans les perpectives de la prestigieuse place. Au lieu de celà, les arbres qui ont grandi à Vavin ont étouffé le "Bronze n°1"...

    maison-balzac.jpgAujourd'hui, j'ai eu la surprise de découvrir l'existence de l'Association Rodin chez Balzac qui milite pour le déplacement de la statue vers un emplacement plus digne d'elle : LA MAISON DE BALZAC. Plus encore : le projet d'un film sur la statue est sur le point d'aboutir. Le film qui devrait sortir au premier trimestre de 2010 s'appellera "L'improbable rencontre". Il racontera, mieux que je n'ai pu le faire ici, l'histoire de la statue. Ma rencontre avec Laurent Canches, co-scénariste et réalisateur du film, n'a fait que me renforcer dans ma conviction : il faut apporter son aide à  ces projets. Vous trouverez, ci-après, extraits du site de l'association Rodin chez Balzac (ci-contre), les détails du film. Mais, dès à présent, si vous souhaitez souscrire pour un minimum de 10 euros pour aider ces projets vous pouvez le faire en vous recommandant d'Histoires d'Histoire et en adressant votre chèque à :

    Association Rodin chez Balzac - 51 Boulevard de la Chapelle - 75010 PARIS

    Ne pas oublier de joindre vos nom, prénom, adresse, email, fonction.

    Pour vous remercier de votre souscription dont le souvenir sera répertorié à la MAISON DE BALZAC, vous serez invité à l'Avant-Première du film et vous en recevrez le DVD.

    Le film

    L’improbable rencontre raconte l’histoire passée et présente d’une statue, le Balzac de Rodin.

    Fiche artistique :

    Le film est incarné par la comédienne NINON BRETECHER

    La voix de Rodin sera dite par le comédien JACQUES BONNAFFE

    La voix de Balzac sera dite par le comédien MARC BARBE

    La musique est composée par JEAN-CHRISTOPHE DESNOUX

    Les costumes de Ninon sont de JUDITH HUSCH

    Images : JEAN-MARC FABRE

    Production : DENIS KRALJ et JEAN-MARC FABRE

    Scénario écrit avec MICHEL ELLENBERGER

    Scénario, Montage et Réalisation : LAURENT CANCHES

     

    Tous les TOURNAGES en FRANCE sont terminés

    balzacrodin.jpgLes images des bronzes de Hakone (JAPON); Melbourne (AUSTRALIE); Paris FRANCE),Anvers (BELGIQUE), Eindhoven (HOLLANDE) New York, Los Angeles (photo ci-contre) , Pasadena (ETATS-UNIS) Prague (TCHEQUIE), et celui de la COLLECTION PRIVEE sont aussi tournées….

    Reste à tourner et à trouver des images des derniers bronzes, dont ceux de Caracas. En cours de réalisation.
    En attente, celui de WASHINGTON…

    RESUME

    Le film se déroule sur les lieux mêmes de cette histoire et montre aussi le rayonnement international de cette œuvre hors du commun (Caracas, Japon, Etats-Unis, Australie, Paris, …).

    Une jeune Française découvre deux bronzes de cette statue à Caracas et au Japon. Elle est étonnée d’apprendre que Rodin a refusé jusqu’à sa mort de livrer sa statue (tirage en bronze), après le scandale provoqué par sa première présentation publique à Paris (1898).

    Émue, curieuse, la jeune femme part dans une véritable enquête sur les traces de cette histoire mouvementée, véritable feuilleton à rebondissements. En fait, tout commence avec la mort de Balzac (1850), qui lance un défi à tous les sculpteurs à venir.

    Après deux tentatives qui ont échoué pour faire une statue de Balzac, c’est alors comme si Balzac (qui n’a jamais rencontré Rodin) poursuivait, le sculpteur comme une mauvaise pensée pendant ses sept années de travail obsessionnel.

    Nous entendons le dialogue imaginaire entre ces deux grands artistes français sur les lieux mêmes où la jeune femme mène l’enquête et où Rodin a « traqué » Balzac.

    Le film donne ainsi un portrait de Rodin au travail et il révèle aussi un portrait contrasté de Balzac.

    Et après avoir découvert tous les obstacles opposés à Rodin et les scandales suscités par cette statue, la jeune femme nous conte l’étrange épilogue des treize bronzes du Balzac dont seulement douze sont visibles. Un épisode digne de l’auteur de la Comédie Humaine, qui écrivit L’Histoire des Treize … (Fin de citation du site).

    Rodin disait - et Laurent Canches termine son film avec cette phrase de Rodin sur son Balzac, texte dit par Ninon Bretecher :

    "Qu'importe, le Balzac se fraiera par force ou par persuasion une voie vers les esprits"

    Votre aide permettra, peut-être, à concrêtiser la prédiction de Rodin.

     

     

  • 11.8 Le Balzac de Rodin : vers une reconnaissance ?

    Rodin Steinchen.jpgL'Histoire nous montre qu'à chaque grande querelle artistique, souvent alimentée par une influence politique - et surtout dans ces circonstances -, l'artiste qui en est la victime en ressort, à la fin, grandi. Un peu comme si les méandres des "affaires" seraient dissipées par la reconnaissance sans frontière de la réalité novatrice de l'artiste. La publication de la note du Comité de la SGDL sera le point de départ de la réaction de nombreuses personnalités qui, dans la foulée de Mathias Morhardt, vont élever une farouche protestation et soutenir Rodin.

    "Les amis et les admirateurs de Rodin, considèrent que l'ordre du jour voté par le Comité de la Société des Gens de Lettres est sans importance au point de vue artistique, encourageant de toute leur sympathie l'artiste à mener à bonne fin son oeuvre sans s'arrêter aux circonstances actuelles et expriment l'espoir que, dans un pays noble et raffiné comme la France, il ne cessera d'être, de la part du public, l'objet des égards et du respect auxquels lui donnent droit sa haute probité et son admirable carrière."

    Cette circulaire de protestation, qui porte les signatures des proches de Rodin, va déclancher, comme le rapporte Judith Cladel (Rodin,  Sa vie glorieuse, sa vie inconnue - Grasset, 1936), un feu d'artifices d'adhésions. Cette liste, non limitative, mérite énumération : Toulouse-Lautrec, Albert Besnard, Vincent d'Indy, Paul Adam, Henry Becque, Paul Signac, Maximilien Luce, Catulle Mendés, Courteline, Paul Fort, Alfred Valette, Aristide Maillol, Bourdelle, Georges Clemenceau, Henry Cros, Lucien Guitry, Claude Debussy, Camille Mauclair, Jules Renard, André Berthelot, Claude Monet, Alfred Bruneau, Mme J.-B. Carpeaux, Lugné-Poë, Georges Rodenbach, J.-E. Blanche, Constantin Meunier, Jules Desbois, J.-P. Toulet, Jean Moréas, Henry de Régnier, Frantz Jourdain, Séverine, Pierre Louys, Anatole France, etc...

    Tout celà dans la tourmente de l'affaire Dreyfus qui ne va pas manquer d'interférer comme elle interfèrera dans tout ce qui agite cette fin de siècle. Il ne faut pas être surpris de n'y pas trouver le nom de Zola qui vient d'être condamné et qui est contraint à l'éxil en Angleterre. Altercations, insultes, duels mêmes, viennent troubler cette période que Rodin se garde bien d'envenimer :

    "Comment voulez vous que j'ajoute encore aux difficultés que j'éprouve ? La lutte pour la sculpture prend tout mon temps et toutes mes forces. Et je n'arrive pas à triompher !..."

    Bien que volontairement en dehors des problèmes, Rodin va s'y trouver mêlé. Tous les souscripteurs sont dreyfusards. Certains comme Francis de Pressencé demandèrent que l'on ajoute à la liste des anti-dreyfusards comme Forain ou Rochefort qui refusèrent. Comme celà opportunait Rodin, on vit, au contraire, des défenseurs de Dreyfus comme Georges Clemenceau se fâcher et déclarer à Morhardt :

    "Mon cher Confrère, M. Rodin ayant exprimé à un des rédacteurs de l'Aurore sa crainte de voir un trop grand nombre d'amis de Zola souscrire pour la statue de Balzac, je vous prie de retirer mon nom de la liste qui est entre vos mains."

    Irrité par tout ce tapage, Rodin prit la décision de conserver sa statue, de ne la livrer à personne : elle allait devoir finir ses jours au fond de son jardin de Meudon.

    Nous devons à un jeune photographe américain, Edward Steichen, la reconnaissance de l'avoir ressortie de l'oubli. Comme le feront plus tard ces jeunes étudiants américains qui sauvèrent l'atelier de Paul Cézanne de la destruction, Edward Steichen, par ses clichés volés à la fantasmagorie de la nuit, prit l'image (ci-dessus) de la statue qui fit le tour du monde avec sa publication dans la prestigieuse revue de l'époque "Camera Work".

    bazfalc.jpgIl fallut attendre le 23 novembre 1902 pour témoigner à Rodin la reconnaissance. Curieusement ce fût lors de l'inauguration du Balzac de Falguière (ci-contre) qui fut choisi comme remplaçant de Rodin par la SGDL. C'est Abel Hermant, alors président de la SGDL qui eut ces paroles :

    "L'oeuvre que vous avez devant les yeux (il parle de celle de Falguière alors décédé) est trop forte pour que je craigne d'évoquer ici des souvenirs concurrents ; le nom de Falguière est trop grand pour que je craigne de lui porter ombrage en prononçant le grand nom de Rodin, c'est mon devoir ; Falguière, s'il m'écoutait, ne me pardonnerait pas d'y manquer. J'aurais beau me taire, votre mémoire serait fidèle et réparerait mon omission ; car, même en regard du Balzac vivant, tangible, qui est ici, le fantôme de l'autre persiste, plane, obsédant et inoubliable."

    Judith Cladel, qui rapporte ces propos, ajoute qu'à cet instant, la foule se leva, se tourna vers Rodin pour "une longue et délirante ovation".

    L'hommage mérité à Rodin me rappelle une scène presque semblable. Celle que vivra Cézanne, au seuil de sa mort en 1906. Il assiste à Aix, assis sur un banc du dernier rang, à l'inauguration d'un buste de Zola réalisé par Solari. Cézanne, seul, pleure son amitié stupidement perdue depuis 1885. Et là, il n'y aura personne pour l'en consoler.

    Le Balzac de Rodin attendra 1936. C'est encore Morhardt, l'ami de toujours, qui, à la tête d'un autre Comité, va réussir à faire installer la statue à Vavin, au carrefour du Bd Raspail et du boulevard Montparnasse, là où elle est encore aujourd'hui. C'est Maillol et Despiau qui dévoilèrent la statue et c'est le sculpteur Wlérick qui prononça ces quelques mots :

    "Quel n'était pas le pouvoir de cet homme qui, déjà avait révolutionné la sculpture et qui, à soixante ans, remis tout en question avec cette statue belle autant que les plus belles !

    On peut penser que l'histoire est terminée. Détrompez-vous, j'ai encore quelque chose à vous dire... (à suivre...)

     

     

     

  • 11.7 Zola s'engage, Rodin se désengage

    Etudes Rodin.gifEn cette fin d'année 1894, la lettre que Zola envoie à Rodin depuis Rome n'est pas étrangère à l'agitation qui rêgne à Paris. En effet, tous les efforts de conciliation entrepris par Jean Aicard à la tête de la Société des Gens de Lettres sont régulièrement anéantis par Alfred Duquet : comment la commission de la SGDL récupèrerait-elle les sommes avancées à Rodin ? un Rodin viellissant, fatigué et malade qui multiplie toutefois ses études (ci-contre). En cas de mort de celui-ci, ces sommes seraient considérées acquises à la succession ! Rodin, informé de ces inquiètudes dépose les sommes perçues à la Caisse de Dépôts et Consignations jusqu'au jour où il livrera la statue. On accorde donc à Rodin un nouveau délai mais la Caisse refuse le dépôt, celui-ci n'étant pas considéré comme ferme et dépourvu de conditions résolutoires de propriété... Au plus fort de l'agitation, le Comité décide de faire comparaitre Rodin et ses conseillés juridiques. Le 29 novembre, devant les contradictions provoquées par la situation, Jean Aicard, atteint dans sa position de Président de la SGDL, va présenter sa démission et se retire laissant ses confrères dans une totale consternation. C'est la tornade qui déclanche la lettre de Zola, averti par ces remous qui lui parviennent jusqu'à Rome.

    La situation restera troublée dans les années qui suivront : aux attaques des détracteurs succèdent les soutiens des fidèles. Mais en 1897, Rodin n'a toujours pas livré la statue. Il n'est pas une séance du Comité, qui pendant ces années tumultueuses, ne sera consacrée au sujet : comment désengager Rodin ?

    L'affaire Dreyfus a éclaté. Zola s'y est déjà engagé. Mais celà ne l'empêche pas, pour autant, de réaffirmer ses sentiments pour Rodin. A sa manière, il apporte une nouvelle preuve de sa détermination dans une courte lettre adressée au délégué de la SGDL, le 25 avril 1898 :

    Mon cher confrère, Il y a huit ans, dans le Figaro, lorsque j'ai demandé une statue à Rodin pour Balzac, j'ai dit que je donnerais 1000 francs. Je vous les envoie. Cordialement à vous.

    A cette date, Rodin décide de présenter sa statue au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts dont il préside la section sculpture : on allait enfin découvrir l'oeuvre.

    On m'arrache mon travail !

    Ce cri  d'angoisse traduit l'incertitude de Rodin qui sait déjà qu'il ne va pas réussir à convaincre. L'imposante statue se dresse sous la haute verrière du Champs-de-Mars, drapée dans sa robe de plâtre, sous les regards d'une foule partagée entre silence et stupéfaction. Rires, indignation, incompréhension totale. Tous les qualificatifs les plus hardis sont utilisés : "Menhir à face humaine", "fumisterie sans nom"... même la visite du Président de la République Félix Faure fait tâche : celui-ci passe devant la statue en lui tournant le dos.... Il n'y a que Emile Bourdelle qui exulte  pour s'écrier :

    "ça c'est charmant (il désigne "Le baiser" que Rodin a voulu exposer aux côtés du "Balzac")" mais ça n'existe pas auprès de l'autre : le Balzac est cent fois plus fort. Quelle sculpture ! Il nous montre à tous la route à suivre, Rodin !"

    C'est une nouvelle grande querelle d'art qui rappelle la bataille d'Hernani, le Tannhausser de Wagner, l'Olympia de Manet ou les tableaux refusés de Cézanne... Mêmes refus, mêmes louanges. L'esclandre total qui en découle est une bonne opportunité qui s'offre au Comité qui, après de nombreuses et tapageuses discussions  publie une déclaration cinglante :

    "Le Comité de la Société des Gens de Lettres a le devoir et le regret de protester contre l'ébauche que M. Rodin expose au Salon et dans laquelle il se refuse à reconnaître la statue de Balzac."

    L'annonce du refus va bouleverser Rodin qui ne comprend pas . Il déclare à Chincholle :

    "... vous qui étiez du Comité, vous savez que mon traité est en règle, qu'on a pas à discuter ma statue... Mais plaider ! Perdre du temps ! ce que je veux c'est la paix, l'oubli, le travail...

    Le préjudice est total, Rodin doit renoncer à ses droits et est convié à reprendre sa statue...  (à suivre....)

     

  • 11.6 Zola : Le Balzac de Rodin, l'attente...

    Balzac.jpgLa fin de l'année 1891 va marquer un grand tournant dans l'existence de Zola. D'abord, une seconde paternité clandestine en septembre de la même année va rendre délicate la double vie qu'il cache à Alexandrine son épouse. Quand celle-ci va apprendre la liaison d'Emile avec Jeanne Rozerot, le 10 novembre, c'est le drame qui pénêtre dans le foyer Zola qui frise la catastrophe : on parle même de séparation. Emile est perturbé par la situation jusqu'en 1895, date à laquelle Alexandrine l'acceptera, consciente de garder son statut d'épouse. Pendant cette période difficile, Emile Zola n'aura que peu de temps à consacrer à Rodin.

    Rodin est un artiste et sa création artistique est bien incapable d'accepter le délai qu'on lui avait fixé. En mai 1893, malgré l'acharnement de Rodin, celui-ci n'est pas prêt à livrer son ouvrage. Ne voyant rien venir, un groupe de souscripteurs, probablement activés par des détracteurs, adresse une réclamation à la Société des Gens de Lettres. La fronde est menée par M. Alfred Duquet qui fait part d'une réelle animosité :

    "La statue ne sera jamais achevée"

    En juillet 1893, Rodin invite la commission dans son atelier. Celle-ci est frappée devant les esquisses de Rodin, "Un Balzac étrange, ayant l'attitude d'un lutteur semblant défier le monde, jambes très écartées, ventre énorme, choquant, difforme ... On représenta respectueusement à Rodin qu'il aurait pu le figurer à un autre âge" (Chincholle - Le Figaro). Rodin comprit ou ne comprit pas : il demanda un délai.

    La tempête que craignait Zola éclatait. Celui-ci apaisa le tumulte en faisant appel au respect du travail de l'artiste et sa diplomatie évita le procès que certains voulaient mener. Un nouveau délai fût donc accordé à Rodin jusqu'au printemps 1895.

    Zola arrive au bout de son mandat de président et abandonne son siége de la SGDL à Jean Aicard, un poête romancier, lui aussi admirateur de Rodin. En quittant la SGDL, Zola qui quitte Paris pour Rome, pressent le tumulte et préfère en averir son succésseur :

    "J'ai laissé pendante à la Société une question grosse d'orage, la question de la statue de Balzac. Vous allez avoir les plus grands ennuis, je vous en préviens amicalement....[  ]  Vous chercherez un terrain d'entente. Un procès ferait perdre du temps à l'artiste et ne serait pas pour faire aimer la Société.  ... la bourrasque approche..."

    En effet, la bourrasque gronde. En mai 1894, la commission s'est rendue à nouveau chez Rodin et juge le projet "artistiquement insuffisant" et considère la statue comme "une masse informe, une chose sans nom, un colossal foetus." En plus, L'état de santé de Rodin exaspère la commission. Zola, depuis Rome, écrit en décembre 1894, une lettre pathétique à l'artiste :

    "Mon cher Rodin, Au milieu de mes continuels déplacement en Italie, les journaux de France me parviennent difficilement, et je n'ai pas toujours le temps de les lire. J'arrive donc bien tard pour vous dire mon chagrin de tout le bruit facheux qui vient de se faire autour de la statue de Balzac. Vous savez quelle admiration j'ai pour vous et combien j'ai été heureux que le grand sculpteur que vous êtes fût chargé de glorifier le plus grand de nos romanciers, notre père à tous. Et c'est pourquoi, sans attendre mon retour, je veux vous adresser une ardente prière. Je vous en supplie, au nom du génie, au nom des lettres françaises, ne faites pas attendre Balzac davantage. Il est votre Dieu comme il est le mien ; passez vos jours, passez vos nuits s'il le faut, pour que son image règne enfin au milieu de notre immortel Paris. Songez que celà dépend de vous, que vous seul retardez l'échéance. Certes vos droits d'artiste consciencieux sont absolus : je ne vous ai jamais préssé, mais Balzac attend, et il ne faudrait pas que sa gloire souffrît trop longtemps encore du légitime soucis que vous avez du vôtre. Exaucez-moi, c'est mon coeur qui parle pour votre honneur lui-même, car je vous aime autant que je vous admire. Bien affectueusement à vous."

    On ne peut être plus suppliant, on ne peut être aussi plus formel. La supplique de Zola sera-t-elle assez forte pour dynamiser la création de Rodin ? A suivre...

     

  • 11.3 Zola écrit à Claretie

    Zolacorresp.jpgLe 1er juillet 1891, Emile Zola est à Médan. Il s'y apprête à vivre un été tranquille, certes besogneux, puisqu'il travaille sur La Débacle, son prochain roman, et il envisage seulement d'aller passer quelque jours à Paris pour assister à la Revue du 14 juillet qui aura lieu à Longchamp. Il devrait rester sur Paris le 15 où les Zola ont prévu de recevoir les Bruneau, rue de Bruxelles. Il est alors en charge de la Présidence de la Société des Gens de lettres depuis peu et c'est à ce titre qu'il va adresser un courrier à Jules Claretie concernant la statue de Balzac. La SGDL souhaite alors  honorer la mémoire de l'écrivain qui en 1838 avait été co-fondateur de cette société chargée de défendre les droits des auteurs. Il y répondait à une dépêche de Jules Claretie l'informant de l'offre faite par M. D. Osiris de financer la statue.

    "... Quelqu'un a déjà offert à la Société des gens de lettres de "donner" la statue de Balzac. Mais ne vous semble-t-il pas que cela ne serait guère glorieux, ni pour Balzac, ni pour nous tous, qu'un simple particulier "donnat" la statue à lui tout seul, ce qui nécessiterait naturellement une inscription constatant le fait. D'ailleurs, une souscription est ouverte, nous avons vingt-six mille francs, et la seule chose acceptable serait une souscription, dont le chiffre serait aussi élevé que le voudrait bien le souscripteur, dix mille, vingt mille francs. J'ajoute que nous ne pouvons encore savoir ce qu'il nous faudra, et que peut-être les vingt-six mille francs nous suffiront-ils. Ne découragez pas le bienfaiteur dont vous me parlez. Et écrivez-moi. Nous verrons ce qu'il y aura à faire."

    Dans la foulée, le même jour, Emile Zola va s'empresser d'adresser une lettre à Frantz Jourdain, architecte en vogue, qui réalise dans Paris de nombreux travaux dont l'immeuble de La Samaritaine. A suivre...