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rozerot

  • 18.3 Cézanne et l'OEuvre de Zola

    cezanne.jpgL'image ci-contre représente un auto-portrait de Paul Cézanne  conservé à la fondation E.G. Bührle à Zurich. Cézanne s'est représenté dans une situation où l'on peut percevoir le peintre absorbé par son oeuvre devant sa toile. Le tableau est daté de la période 1885-1887, celle-là même où il découvrit L'OEuvre de Zola qui fût publiée en 1886. Faut-il penser que les deux amis se fachèrent à la suite de cette lecture ? Pas sûr....

    Pour s'en convaincre, oublions quelques instants que Cézanne ait pu lire le roman de Zola et faisons comme si le roman n'avait jamais été écris. Examinons plutôt les situations de leurs relations avant et après 1886. La correspondance entre les deux hommes, très dense jusque là, s'achève par cette fameuse lettre du 4 avril 1886 :

    "Tout à toi sous l'impulsion des temps écoulés."

    Quand Cézanne écrit ces derniers mots à Zola, il y a déjà fort longtemps que les deux hommes n'ont pas échangé de lettres. La dernière lettre de Cézanne remonte au 25 aoùt 1885, adressée depuis le Jas de Bouffan, la propriété paternelle où il réside à Aix. A cette date, Cézanne vient de traverser une année un peu spéciale : un printemps 1885 où Cézanne est "amoureux" d'une charmante inconnue, "être adoré", dont on ne connaîtra probablement jamais le nom ; un été 1885 plus délicat où, manifestement, il n'est plus le bienvenu à Médan chez les Zola et obligé de loger à Vernon puis à La Roche-Guyon chez Renoir. Selon toutes vraisemblances, Alexandrine, l'épouse de Zola, ne supporte plus la présence du peintre qui fait tache au milieu des habitués de Médan. On a relégué ses tableaux à la cave et les manières, comme le langage, un peu rustres de l'artiste font rire ou agacent.... Et oui, le monde où évoluent les Zola n'est plus celui de Cézanne. Zola a réussi alors que Cézanne galère dans l'incompréhension de sa peinture. Pendant de nombreuses années, c'est Zola qui subviendra à l'existence d'Hortense Fiquet la femme de Cézanne et de son fils Paul que le peintre cache à son père. Zola lui verse, probablement à l'insu d'Alexandrine, ce que Cézanne appelle son "impôt mensuel", une somme de 60 francs par mois qu'il quémande régulièrement à Zola à la fin des années 70. La lassitude et le détachement s'installent.

    Après 1886, beaucoup de choses changent chez les Cézanne comme chez les Zola. D'abord la mort du père de Cézanne qui s'éteint le 23 octobre 1886 laissant un héritage à son fils qui va le placer à l'abris du besoin. L'année 1887 va marquer enfin le début de la reconnaissance du peintre qui va s'étendre jusqu'à sa mort en 1906, période pendant laquelle Vollard, fera la renommée de l'artiste. Plus besoin des subsides de Zola, Cézanne se retire dans sa chère Provence natale. Chez Zola, c'est une autre affaire.... D'abord, sa liaison clandestine avec Jeanne Rozerot dès 1888 et qui lui donnera deux enfants, puis la découverte par Alexandrine de cette liaison en 1891 et enfin les années terribles que vivra le couple jusqu'en 1895. A cette date, Alexandrine, assurée de conserver son statut de Madame Zola, acceptera un modus vivendi qui conviendra à l'écrivain. On connait la suite : alors que Zola, au sommet de son art, recherchait une tribune pour y rayonner (voir "le Balzac de Rodin"), il s'engage dans l'Affaire Dreyfus qui le tiendra englué jusqu'à sa mort tragique de 1902.

    Pensez-vous maintenant que L'OEuvre soit la seule raison de la facherie ? La séparation des amis ne se serait-elle pas accomplie sans le roman ? L'OEuvre est plutôt le repère de deux vies qui basculent. C'est, là encore un livre-charnière, le point d'inflexion où les vies d'après ne sont plus celles d'avant et qui ne laissent plus la place à l'amitié, celle des temps écoulés. Nous avons vu l'extérieur ; nous tenterons d'évoquer dans la prochaine note ce qui est resté à l'intérieur, au fond des coeurs des deux artistes et peût-être y découvrirons-nous que leur amitié n'était pas morte comme on veut nous le faire croire. (A suivre...)

  • 11.6 Zola : Le Balzac de Rodin, l'attente...

    Balzac.jpgLa fin de l'année 1891 va marquer un grand tournant dans l'existence de Zola. D'abord, une seconde paternité clandestine en septembre de la même année va rendre délicate la double vie qu'il cache à Alexandrine son épouse. Quand celle-ci va apprendre la liaison d'Emile avec Jeanne Rozerot, le 10 novembre, c'est le drame qui pénêtre dans le foyer Zola qui frise la catastrophe : on parle même de séparation. Emile est perturbé par la situation jusqu'en 1895, date à laquelle Alexandrine l'acceptera, consciente de garder son statut d'épouse. Pendant cette période difficile, Emile Zola n'aura que peu de temps à consacrer à Rodin.

    Rodin est un artiste et sa création artistique est bien incapable d'accepter le délai qu'on lui avait fixé. En mai 1893, malgré l'acharnement de Rodin, celui-ci n'est pas prêt à livrer son ouvrage. Ne voyant rien venir, un groupe de souscripteurs, probablement activés par des détracteurs, adresse une réclamation à la Société des Gens de Lettres. La fronde est menée par M. Alfred Duquet qui fait part d'une réelle animosité :

    "La statue ne sera jamais achevée"

    En juillet 1893, Rodin invite la commission dans son atelier. Celle-ci est frappée devant les esquisses de Rodin, "Un Balzac étrange, ayant l'attitude d'un lutteur semblant défier le monde, jambes très écartées, ventre énorme, choquant, difforme ... On représenta respectueusement à Rodin qu'il aurait pu le figurer à un autre âge" (Chincholle - Le Figaro). Rodin comprit ou ne comprit pas : il demanda un délai.

    La tempête que craignait Zola éclatait. Celui-ci apaisa le tumulte en faisant appel au respect du travail de l'artiste et sa diplomatie évita le procès que certains voulaient mener. Un nouveau délai fût donc accordé à Rodin jusqu'au printemps 1895.

    Zola arrive au bout de son mandat de président et abandonne son siége de la SGDL à Jean Aicard, un poête romancier, lui aussi admirateur de Rodin. En quittant la SGDL, Zola qui quitte Paris pour Rome, pressent le tumulte et préfère en averir son succésseur :

    "J'ai laissé pendante à la Société une question grosse d'orage, la question de la statue de Balzac. Vous allez avoir les plus grands ennuis, je vous en préviens amicalement....[  ]  Vous chercherez un terrain d'entente. Un procès ferait perdre du temps à l'artiste et ne serait pas pour faire aimer la Société.  ... la bourrasque approche..."

    En effet, la bourrasque gronde. En mai 1894, la commission s'est rendue à nouveau chez Rodin et juge le projet "artistiquement insuffisant" et considère la statue comme "une masse informe, une chose sans nom, un colossal foetus." En plus, L'état de santé de Rodin exaspère la commission. Zola, depuis Rome, écrit en décembre 1894, une lettre pathétique à l'artiste :

    "Mon cher Rodin, Au milieu de mes continuels déplacement en Italie, les journaux de France me parviennent difficilement, et je n'ai pas toujours le temps de les lire. J'arrive donc bien tard pour vous dire mon chagrin de tout le bruit facheux qui vient de se faire autour de la statue de Balzac. Vous savez quelle admiration j'ai pour vous et combien j'ai été heureux que le grand sculpteur que vous êtes fût chargé de glorifier le plus grand de nos romanciers, notre père à tous. Et c'est pourquoi, sans attendre mon retour, je veux vous adresser une ardente prière. Je vous en supplie, au nom du génie, au nom des lettres françaises, ne faites pas attendre Balzac davantage. Il est votre Dieu comme il est le mien ; passez vos jours, passez vos nuits s'il le faut, pour que son image règne enfin au milieu de notre immortel Paris. Songez que celà dépend de vous, que vous seul retardez l'échéance. Certes vos droits d'artiste consciencieux sont absolus : je ne vous ai jamais préssé, mais Balzac attend, et il ne faudrait pas que sa gloire souffrît trop longtemps encore du légitime soucis que vous avez du vôtre. Exaucez-moi, c'est mon coeur qui parle pour votre honneur lui-même, car je vous aime autant que je vous admire. Bien affectueusement à vous."

    On ne peut être plus suppliant, on ne peut être aussi plus formel. La supplique de Zola sera-t-elle assez forte pour dynamiser la création de Rodin ? A suivre...

     

  • 7.1 Zola, Daudet, Lockroy et la Légion d'Honneur

    Croix.jpgJ'ai retrouvé dans la correspondance d'Emile Zola un autre contact entre l'écrivain et Edouard Lockroy, ce petit-fils de Marc Antoine Jullien de Paris. Nous sommes le 24 décembre 1886 et Zola adresse un courrier à Lockroy alors Ministre du Commerce et de l'Industrie du gouvernement de René Goblet. Il écrit :

    "Je tiens à vous dire combien j'ai été touché d'apprendre que, sans me prévenir, vous aviez demandé pour moi, au ministre de l'Instruction publique, la croix de la Légion d'Honneur. Je vois là une marque d'amitié personnelle et de grande sympathie littéraire, dont je suis très fier. Mais que voulez-vous ? Je ne suis plus d'âge à souhaiter des récompenses. Me voici déjà dans les vétérans, et ce que j'aurais accepté au lendemain de L'Assommoir, me semble inutile après Germinal. Il faut garder ça pour les jeunes écrivains qui ont besoin d'être encouragés. Ce que je n'oublierai pas, cher monsieur Lockroy, c'est votre pensée de m'être agréable, et veuillez croire que je vous en garde une gratitude infinie."

    Deux jours plus tard, dans un courrier adressé à Alphonse Daudet, Zola félicite l'écrivain pour sa prochaine croix d'officier dont on attend la confirmation officielle.

    L'intervention d' Edouard Lockroy ne sera pas sans lendemain. Emile Zola sera décoré de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1888. Ce "vétéran", comme il s'en qualifiait lui-même, n'en est plus un dans sa tête au moment même où il s'engage dans une grande aventure sentimentale avec Jeanne Rozerot "qui lui a rendu ses trente ans" et qui lui donnera une fille, Denise, l'année suivante.

  • 10.1 Adresse de Denise Rozerot à Berck-Plage

    Villa Drapier 2 rue des Bains - Berck-Plage - Pas de Calais

    Villdune.jpgVoici l'adresse, portée sur la carte, et rédigée par Marguerite Charpentier. J'ai bien recherché la Rue des Bains à Berck-Plage. Sans succès. Par l'intermédiaire de Jean-Sébastien Macke, un grand spécialiste de Zola, j'ai pu entrer en contact avec Guy Crépin, historien de Berck, à qui j'ai communiqué l'adresse.

    Guy Crépin a fait quelques recherches et fort aimablement, m'a fait la réponse suivante :

    "La Rue des Bains est maintenant la Rue de la Divison Leclerc. Le "2" n'existe plus. A la jonction de la rue des Bains et de l'Esplanade, il y avait un hôtel dont la propriétaire s'appelait Madame Drapier. En 1907, tout le secteur a été ravagé par un incendie. L'Hôtel de Londres a été complètement détruit. Je pense que le "2" de la Rue des Bains devait être une annexe ; l'article relatant l'incendie n'en parle pas. Sur l'emplacement a été reconstruit un bâtiment qui avait deux entrées, une sur l'Esplanade, une sur la Rue des Bains au N°2. Ce bâtiment à été détruit à son tour par un bombardement de 1944."

    Monsieur Crespin ajoute que l'on peut encore retrouver des cartes postales montrant l'Hôtel de Londres de face.

    LA VILLA DANS LES DUNES

    Villdune2.jpg

    Denise, devenue Leblond-Zola, n'oubliera pas Berck-Plage. Elle écrivit sous le pseudonyme de Denise Aubert (en hommage à sa grand-mère Emilie Aubert, mère d'Emile Zola) plusieurs livre de la Bibliothèque Rose Illustrée chez Hachette. On retiendra "La Villa dans les Dunes" dont l'action se situe à Berck-Plage et où elle met en scène sa vision d'enfance : Lucien, 12 ans, un petit parisien pauvre dont le père hérite d'un commerce à Berck-Plage et qui y rencontre Robert venu accompagner sa soeur Andrée qui soigne une coxalgie paralysante. L'ambiance de Berck-Plage en 1904 y est donc fort bien reconstituée.

     

  • 10.2 CPA de Rocamadour de Marguerite Charpentier.

    CPArecto.jpgNous sommes le 12 ou 13 septembre 1903 ; la date n'est pas très lisible sur les cachets. Marguerite Charpentier, l'épouse de Georges Charpentier (éditeur et amis  intimes du couple Zola), est de passage à Rocamadour. Elle a une pensée affectueuse pour Denise (14 ans), la fille d'Emile Zola et de Jeanne Rozerot. Bien sûr, en ce temps-là, elle porte encore le nom de sa mère avec qui elle se trouve à Berck-Plage. Elle y accompagne, avec sa mère, le petit Jacques, le jeune frère de 12 ans qui y soigne une grave tuberculose osseuse.

    Nous sommes à quelques jours du premier anniversaire de la mort du père, Emile Zola, décédé tragiquement dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902. Pas de référence à cette mort, juste quelques mots tout simples chargés de pudeur :

    "Bons souvenirs" - M. Charpentier

     CPAverso.jpgPlusieurs questions se posent sur cette carte et je vous y invite à apporter les réponses. Hormis le fait que je n'ai pas trouvé les raisons de la présence de Marguerite Charpentier à Rocamadour, on peut se demander pourquoi Marguerite s'adresse exclusivement à Denise ? Pas un mot pour Jacques, malade, ni pour Jeanne Rozerot sa mère. Nous savons que les relations des Charpentier ne sont pas au plus beau avec Alexandrine Zola, l'épouse d'Emile. Depuis les relations tumultueuses et la brouille quand Marguerite apprit à Alexandrine le 6 octobre 1898 que son mari, Georges, s'apprêtait à rendre visite à Emile en exil à Londres. Cette annonce produisit entre les deux femmes une vive querelle et Alexandrine chassa Marguerite de chez elle. En fait, elle reprochait à Marguerite et à Georges Charpentier d'avoir à son insu, cautionné la liaison d'Emile avec Jeanne Rozerot. Cette brouille durera assez longtemps pour laisser des traces, à peine dissipées, à la mort de Zola. Cette carte est adressée au moment où Alexandrine Zola tente de construire ses liens avec Jeanne Rozerot et les enfants qu'elle va prendre sous son aile et que les deux femmes appelleront : "nos enfants" . Ceci pourrait expliquer la réserve prudente de Marguerite qui ne souhaite plus froisser Alexandrine mais n'explique pas totalement que Marguerite Charpentier fasse de Denise son unique destinataire. Qu'on me l'explique sera un apport utile à cette note